Les allusions sexuelles sont très présentes dans
notre quotidien. Les médias notamment la publicité
atteste fortement cet état de choses. Si tant, que l'imaginaire
lié au sexe tend à être utilisé comme
un élément de promotion. Une écoute de certains
spots radiophoniques suffit à s'en convaincre. Des observateurs
notent un changement de comportement.
La société est exposée à des évocations
suggestives tous azimuts. Certains illustrent cette situation
notamment par des productions bollywoodiennes affichant
maintenant une affriolante sensualité. Ce qui de prime
abord donne à penser que le sexe est une question abordée
sans complexe ? D'aucuns analysent que les allusions sexuelles
sont effectivement très présentes dans notre société.
Sauf que la sexualité souffre encore et toujours de non-dits
intergénérationnels (lire plus loin).
Visibilité. D'aucuns se remémorent ce temps
pas très lointain où ce qui se rapportait au sexe
était entouré de gêne, pas complètement
passé sous silence. "Les préservatifs en
ce temps étaient dans les tiroirs des pharmacies ; maintenant
les boîtes sont sur les rayons des supermarchés,"
observe avec justesse Jason Gunness, marketing manager chez
Unicorn, représentant de Durex à Maurice.
Coquines. Des produits lubrifiants sont de nos jours disposés
de manière évidente dans certains supermarchés.
Les formes coquines de leur contenant interpellent. "Le
lubrifiant est un produit développé depuis pas très
longtemps pour aider à une relation sexuelle épanouie
et répondre à un besoin
Ça ajoute aussi
du spice dans les relations." Jason Gunness avance
que le sexe est rendu davantage visible afin de contribuer, dans
une certaine mesure, à casser les tabous persistants.
Questionnaire. Le Durex on-line sex survey s'insérerait
dans cette même démarche. La pub radiophonique pour
le moins aguicheur du sondage n'a d'ailleurs pas dû manquer
de titiller. Le but de la présente initiative est de recueillir
des informations sur le comportement sexuel des Mauriciens par
le biais d'un questionnaire. Cet exercice est mené sur
Internet suivant un mode qui garantit l'anonymat.
Constat. La parole s'est libérée progressivement
autour des questions liées à la sexualité
dans le milieu des années 90, avec l'avènement de
PILS. Les radios privées y ont aussi contribué à
leur niveau, relate Nicolas Ritter qui concède néanmoins
"ne pas être convaincu que cette parole soit totalement
libérée au niveau des familles et encore moins au
niveau des structures pédagogiques" (écoles
ou universités). En ce point réside le problème.
Le sexe est devenu familier à une jeunesse davantage en
contact avec des images et sous-entendus à caractère
sexuel. Reste que les informations essentielles pour une sexualité
épanouie lui sont souvent inaccessibles. Ce qui conduit
Nathalie Ahnee à l'observation suivante : "On parle
un peu plus de sexe à Maurice mais pas nécessairement
de sexualité." La porte-parole du collectif Arc-en-ciel
déplore l'absence d'une éducation à la sexualité
à un moment où la jeunesse en démontre un
réel besoin. Le besoin de non seulement comprendre son
corps, mais aussi de savoir comment se protéger des maladies
sexuellement transmissibles (MST) ou encore connaître les
méthodes de contraception.
Danger. La déficience d'informations constitue aussi
un danger certain au niveau relationnel, quand les jeunes associent
pornographie et sexualité ; quand des images dégradantes
et de non respect de la personne prennent le pas sur les aspects
émotionnels et psychologiques des rapports garçons-filles.
Nathalie Ahnee rappelle que la sexualité est aussi sentiment
et pas que du sexe. Ne pas en prendre conscience peut dès
lors aboutir à des relations tronquées et à
des situations de soumission ou d'abus.
Tabous. L'impact de la violence sexuelle autant que les
dysfonctionnements relationnels et émotifs ne pourront
être limités dans notre société qu'à
travers une jeunesse mieux informée, suggère en
substance Nicolas Ritter. Et de faire valoir la présence
d'énormes tabous autour de la sexualité dans la
société mauricienne. Le contexte socioculturel dont
une forte religiosité est évoqué à
cet effet. Des facteurs qui concourent grandement à une
situation de malaise.
Responsabilité. "Les adultes n'ont pas été
formés, ni éduqués pour aborder ces sujets
de façon libre et libérée," élabore
Nicolas Ritter soulignant qu'entre-temps la jeunesse accède
aisément à la pornographie via Internet. Des images
qui renvoient une vision pervertie à une jeunesse ayant
résolument besoin d'informations quant à la sexualité.
Adultes et parents continueraient cependant à se voiler
la face dans un assourdissant silence.
Ce qui amène Nathalie Ahnee à une très pertinente
réflexion : "Parler de sexualité, c'est
aussi admettre que son enfant a une sexualité. C'est difficile
pour un parent de franchir cette étape. Parce que c'est
admettre que son enfant est en train de devenir adulte. Ce qui
implique renoncer un peu à son rôle de parent."
Et de conclure que celui-ci doit accepter que son enfant devient
adulte et de perdre un peu le contrôle sur lui. Sans doute
est-ce là une nécessité autant qu'une responsabilité
dans un monde où le sexe est de plus en plus présent.