Week-End/SCOPE

VENDREDI 4 AVRIL 2008 sexualité


SOCIÉTÉ : SEXUALITÉ

Le sexe se décoince…

Les allusions sexuelles sont très présentes dans notre quotidien. Les médias notamment la publicité atteste fortement cet état de choses. Si tant, que l'imaginaire lié au sexe tend à être utilisé comme un élément de promotion. Une écoute de certains spots radiophoniques suffit à s'en convaincre. Des observateurs notent un changement de comportement.

La société est exposée à des évocations suggestives tous azimuts. Certains illustrent cette situation notamment par des productions bollywoodiennes affichant maintenant une affriolante sensualité. Ce qui de prime abord donne à penser que le sexe est une question abordée sans complexe ? D'aucuns analysent que les allusions sexuelles sont effectivement très présentes dans notre société. Sauf que la sexualité souffre encore et toujours de non-dits intergénérationnels (lire plus loin).

Visibilité. D'aucuns se remémorent ce temps pas très lointain où ce qui se rapportait au sexe était entouré de gêne, pas complètement passé sous silence. "Les préservatifs en ce temps étaient dans les tiroirs des pharmacies ; maintenant les boîtes sont sur les rayons des supermarchés," observe avec justesse Jason Gunness, marketing manager chez Unicorn, représentant de Durex à Maurice.

Coquines. Des produits lubrifiants sont de nos jours disposés de manière évidente dans certains supermarchés. Les formes coquines de leur contenant interpellent. "Le lubrifiant est un produit développé depuis pas très longtemps pour aider à une relation sexuelle épanouie et répondre à un besoin… Ça ajoute aussi du spice dans les relations." Jason Gunness avance que le sexe est rendu davantage visible afin de contribuer, dans une certaine mesure, à casser les tabous persistants.

Questionnaire. Le Durex on-line sex survey s'insérerait dans cette même démarche. La pub radiophonique pour le moins aguicheur du sondage n'a d'ailleurs pas dû manquer de titiller. Le but de la présente initiative est de recueillir des informations sur le comportement sexuel des Mauriciens par le biais d'un questionnaire. Cet exercice est mené sur Internet suivant un mode qui garantit l'anonymat.

Constat. La parole s'est libérée progressivement autour des questions liées à la sexualité dans le milieu des années 90, avec l'avènement de PILS. Les radios privées y ont aussi contribué à leur niveau, relate Nicolas Ritter qui concède néanmoins "ne pas être convaincu que cette parole soit totalement libérée au niveau des familles et encore moins au niveau des structures pédagogiques" (écoles ou universités). En ce point réside le problème.

Le sexe est devenu familier à une jeunesse davantage en contact avec des images et sous-entendus à caractère sexuel. Reste que les informations essentielles pour une sexualité épanouie lui sont souvent inaccessibles. Ce qui conduit Nathalie Ahnee à l'observation suivante : "On parle un peu plus de sexe à Maurice mais pas nécessairement de sexualité." La porte-parole du collectif Arc-en-ciel déplore l'absence d'une éducation à la sexualité à un moment où la jeunesse en démontre un réel besoin. Le besoin de non seulement comprendre son corps, mais aussi de savoir comment se protéger des maladies sexuellement transmissibles (MST) ou encore connaître les méthodes de contraception.

Danger. La déficience d'informations constitue aussi un danger certain au niveau relationnel, quand les jeunes associent pornographie et sexualité ; quand des images dégradantes et de non respect de la personne prennent le pas sur les aspects émotionnels et psychologiques des rapports garçons-filles. Nathalie Ahnee rappelle que la sexualité est aussi sentiment et pas que du sexe. Ne pas en prendre conscience peut dès lors aboutir à des relations tronquées et à des situations de soumission ou d'abus.

Tabous. L'impact de la violence sexuelle autant que les dysfonctionnements relationnels et émotifs ne pourront être limités dans notre société qu'à travers une jeunesse mieux informée, suggère en substance Nicolas Ritter. Et de faire valoir la présence d'énormes tabous autour de la sexualité dans la société mauricienne. Le contexte socioculturel dont une forte religiosité est évoqué à cet effet. Des facteurs qui concourent grandement à une situation de malaise.

Responsabilité. "Les adultes n'ont pas été formés, ni éduqués pour aborder ces sujets de façon libre et libérée," élabore Nicolas Ritter soulignant qu'entre-temps la jeunesse accède aisément à la pornographie via Internet. Des images qui renvoient une vision pervertie à une jeunesse ayant résolument besoin d'informations quant à la sexualité. Adultes et parents continueraient cependant à se voiler la face dans un assourdissant silence.

Ce qui amène Nathalie Ahnee à une très pertinente réflexion : "Parler de sexualité, c'est aussi admettre que son enfant a une sexualité. C'est difficile pour un parent de franchir cette étape. Parce que c'est admettre que son enfant est en train de devenir adulte. Ce qui implique renoncer un peu à son rôle de parent." Et de conclure que celui-ci doit accepter que son enfant devient adulte et de perdre un peu le contrôle sur lui. Sans doute est-ce là une nécessité autant qu'une responsabilité dans un monde où le sexe est de plus en plus présent.


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Parler de sexualité et communiquer les informations nécessaires relèvent aujourd'hui de la responsabilité des adultes envers la jeune génération. Ne pas aller à l'encontre des tabous et du silence peut avoir d'importantes répercussions. Partagez votre opinion à ce sujet par SMS au 8150 (Emtel) et 8208 (Cellplus) ou par courriel sur wes@lemauricien. com