Week-End/SCOPE

VENDREDI 4 AVRIL 2008 rencontre


RENCONTRE : Hans Bheeka

Mafrika, l'hommage d'un pro

Chanteur professionnel engagé dans le circuit hôtelier, Hans Bheeka lance son premier album intitulé Mafrika. L'artiste décrit sa vie, pas toujours facile, sur cet album grandement influencé par la musique du continent.

Un thème récurrent dans cet album, l'Afrique et ses multiples facettes, d'où le titre Mafrika. Un hommage à la créolité, à cette fierté de parler ce langage des îles. Un hommage au continent noir, terre d'appartenance de beaucoup d'artistes. "Sa mem mama later. Tous les styles musicaux que ce soit de la Salsa ou le R N B trouvent leurs sources en Afrique. La musique a traversé les océans pour fusionner avec d'autres courants musicaux, d'autres cultures." L'Afrique, rappelle Hans Bheeka, est riche en culture, en mélodie, en sonorité. Mais trop souvent l'on ne rapporte que ses misères, ses guerres. L'album se veut une note d'optimisme pour célébrer la beauté du continent. Pour son auteur, il représente l'aboutissement de plus de 15 années passées dans le monde de la musique.

Mafrika, c'est aussi quelque part l'histoire de ce gamin port-louisien qui se découvre une passion pour la musique alors qu'il n'a que 10 ans. C'est l'âge qu'avait Hans Bheeka quand il intègre la chorale de l'Immaculée Conception à Port-Louis. Fan de Michaël Jackson il s'amusait aussi à danser devant son miroir en rêvant sans doute d'aller plus loin. La fibre artistique était innée en lui. Durant son adolescence passée à Cité Richelieu, il s'intéresse à la guitare et veut en savoir plus sur cet instrument. Tous avec amis il joue et laisse libre cours à son imagination. Un apprentissage lor coaltar pour Hans très influencé par la musique locale de l'époque portée par Kaya et Ras Natty Baby. Après sa scolarité il trouve de l'emploi comme chanteur à l'hôtel Le Canonnier et son apprentissage artistique débute à 19 ans. "Il faut être à l'aise dans tous les styles musicaux quand on chante à l'hôtel. Cette expérience m'a permis de m'épanouir artistiquement," raconte-t-il.

Expatrié. En l'an 2000 il quitte le pays pour aller exercer à Dubaï. Un an plus tard, il sera à Bahrein puis aux Seychelles pour continuer son parcours. Après ce périple de deux ans et demi en expatrié, il rentre au bercail pour occuper le poste de responsable d'animation dans des hôtels. Finalement il pose ses valises à l'hôtel Le Paradis au Morne.

C'est dans cet hôtel que lui vient le déclic pour l'écriture. Auparavant il n'avait pas le temps de composer des chansons : "Un an de cela je me suis dit mo seyer. Je prends une plume, un morceau de papier, ma guitare et je me mets à composer. Un flot d'inspiration vient et j'arrive à composer mon premier titre." Il s'empresse de partager sa création à ses collègues qui l'encouragent à persévérer. Un de ces collègues, Nicolas Tabanie, s'intéresse à ce qu'il fait et lui donne ses impressions sur les compositions. Un partage d'opinions qui servira à construire cet album.

Surprise. Une construction inattendue et qui n'était nullement dans ses objectifs. La collaboration avec d'autres artistes se déroule à merveille et la route semée d'embûches peut alors être entamée. Le processus enclenché a nécessité un travail acharné de la part de Hans et de ses collaborateurs. "Les gens ne réalisent pas tout le travail qu'il y a pour arriver au produit final. Au départ je pensais que c'était la composition des morceaux qui serait le plus dur. Mais non, c'est la production qui nécessite plus d'engagement, plus de temps. C'est une suite de complications. Si on s'accroche pas c'est impossible de réussir," nous dit Hans. Le résultat est un mélange de styles musicaux, un ensemble de compositions originales qui délivrent des messages tantôt forts, tantôt sentimentaux.

Visionnaire. Maurice regorge de talents musicaux selon notre interlocuteur, et beaucoup d'entre eux se trouvent dans des hôtels. Il a voulu se démarquer des autres en prenant cette initiative. Certains collègues de travail lui ont filé un énorme coup de main et le mariage des voix sur les titres concernés est parfait. Dans un avenir proche il compte s'associer à la chanteuse rodriguaise Anabelle Bégué pour l'épanouissement de la musique locale. Ce premier album bouclé, il attend la réaction du public avant de lancer, peut-être, un second opus, si les circonstances le permettent.


Mafrika

L'artiste a voulu mettre la beauté de la langue créole en avant. 12 titres pour cet album : Tchek sa l'intro, Mafrika, Sa fer plaisir Sir, Nou sentiman, Kan to santé, Dimandé ki fer, Ti zom, Mazine Konsekanse, Destiné, Anou retourne à l'enfance, Pran kont frer et une version acoustique de Anou retourne à l'enfance. Un langage très terre à terre dans ces chansons pour que les gens comprennent le message du premier coup. Les styles musicaux varient. On retrouve du reggae, du seggae, du séga et deux ballades créoles. Plusieurs artistes ont posé leurs voix sur les chansons. Hans adorant les instruments de percussions, des battements avec une forte influence africaine sont omniprésents et ainsi que des airs jazzy sur quelques titres.


Feats

Les featurings sur la plupart des titres donnent un cachet authentique à cet album. On retrouve Tofer (le petit frère de Blakkayo) du groupe Soldat Kaz Bad sur le morceau Sa fer plaisir Sir, un reggae qui parle des préjugés. "C'est pas parce que c'est du reggae qu'automatiquement c'est un certain type de gens qui en écoute. Tout le monde écoute du reggae. Il ne faut pas dénigrer le reggae. Il y a trop d'hypocrisie concernant les lieux de concert de reggae à Maurice." Des sujets de société sont aussi traités tels que l'alcool, la drogue, la paresse. Des thèmes assez délicats mais qui lui tiennent à cœur. "En traitant des sujets graves il faut respecter ceux qui ont eu la malchance de tomber dedans. Ce n'est pas facile d'écrire sur l'alcool et la drogue. Il ne faut pas froisser les gens et en même temps passer un message fort. Un travail qui demande beaucoup de temps et de discernement," explique Hans.