Week-End/SCOPE

VENDREDI 4 AVRIL 2008 métier


SOCIAL : MÉTIER

Une vie au service des autres

Pour certaines personnes, travailler au service des autres relève de la vocation. Beaucoup ont choisi cette voie, n'hésitant pas à faire les sacrifices qu'elle implique, parfois au détriment de leur vie de famille. Incursion chez quelques-uns de ces bienfaiteurs.

Shehzaad Peerbocus, 27 ans, a choisi de travailler avec les enfants. C'est ainsi qu'on le retrouve au Centre Idriss Goomany, à Plaine-Verte, aux côtés de ceux de 11 à 16 ans. Son rôle : les encadrer tout en s'assurant qu'ils apprennent un métier et, surtout, éviter qu'ils ne sombrent dans les fléaux sociaux. Il y œuvre pour le projet Teen Hope. En parallèle, il donne un coup de main pour le traitement et la réhabilitation des toxicomanes. "On s'occupe d'enfants qui n'ont pas réussi le CPE Cycle. D'ordinaire, on les prend en charge pour une période de trois ans."

Détentrice d'un diplôme d'aide médico-psychologique, Margaret Zamudio, 56 ans, a voué sa vie professionnelle aux enfants handicapés. Voilà 32 ans qu'elle est dans le domaine et son envie de s'occuper des nécessiteux est toujours aussi ardente. Être au secours de l'être humain, c'est ainsi qu'elle décrit sa vie professionnelle.

L'envie d'aider les autres est, de même, une grande motivation pour Francine Perrumall-Ramdin, 28 ans. Éducatrice au CEDEM, c'est son premier métier et, dit-elle, son dernier.

Protégés. Un sentiment de responsabilité s'empare des trois intervenants quand, souriants, ils évoquent leurs protégés. "Je me sens à l'aise dans ce métier. J'essaye de me mettre dans la peau de ces enfants et, ainsi, de mieux les comprendre. Je les connais bien", indique S. Peerbocus.

Francine P.-Ramdin avoue être heureuse du métier qu'elle exerce. "Je me suis liée à ces enfants. Je leur offre de l'amour, de la compassion et j'en obtiens en retour. C'est formidable, ce métier ! J'essaie d'identifier les besoins de chacun des enfants et d'y remédier. Je dois avouer qu'au début, c'était difficile et ça l'est toujours un peu. Mais, je sais que les enfants à notre charge iront vers une bonne direction et je suis fière du travail que je fais."

Margaret Zamudio parle d'un besoin d'aider les autres. "C'est, sans doute, venu de mon éducation auprès des religieuses au Couvent de Lorette. On était souvent appelées à aller vers les nécessiteux et de voir ce qu'on pouvait faire pour les aider."

Anecdotes. C'est également avec émotion que S. Peerboccus nous conte une anecdote vécue et qui a engrangé en lui un sentiment de satisfaction. "J'avais un petit garçon à ma charge qui était handicapé physique et mental. Toujours dans son coin, il ne parlait pas et ne voulait absolument pas entrer dans la piscine. Il lui arrivait également de manquer les classes. Plusieurs fois, je suis allé le chercher chez lui pour l'emmener en classe. Avec acharnement, j'ai réussi à le libérer de ce blocage. Aujourd'hui, c'est lui qui encourage les autres à entrer dans la piscine… Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens. C'est, en tout cas, très émouvant."

Margaret Zamudio se souvient de ses deux premières semaines de travail comme si c'était hier. "Je venais d'être embauchée quand ma collègue est tombée malade. Je me suis retrouvée avec une quinzaine d'enfants handicapés à ma seule charge. Quand je suis rentrée à la maison dans l'après-midi, j'ai dit à ma maman que je ne referais plus jamais ce métier. Mais, le lendemain, j'étais la première à arriver à l'institut…"

Parcours. Si travailler avec les enfants a toujours été son rêve, œuvrer à leur réhabilitation n'avait jamais traversé l'esprit de Shehzaad Peerbocus quand il était encore étudiant au Islamic College. "Je voulais être enseignant, en tout cas, absolument travailler avec les jeunes parce que je me sentais à l'aise dans ce domaine." Après un premier emploi de store keeper dans une usine textile, il rejoint en 2001 le Centre Idriss Goumany. Au début, il sera sur le terrain, repérant les enfants de rues pour les référer aux institutions concernées, mais reviendra vite en tant qu'animateur et coordinateur au Centre.

Ayant débuté sa carrière professionnelle en tant qu'aide-soignante, Margaret Zamudio éprouve rapidement le besoin de changer d'air et de s'occuper d'enfants handicapés. Son désir devient réalité lorsqu'elle est nommée éducatrice. Aujourd'hui, une des responsables de la Fondation Georges Charles, à Pointe aux Sables, elle a fait son apprentissage à l'APEIM où elle a œuvré pendant 23 ans.

De son côté, Francine P.-Ramdin a débuté sa carrière en répondant à une annonce dans la presse. Elle obtient un stage d'une année au CEDEM et s'y plaît illico. "J'ai toujours voulu être enseignante, même si je ne pensais pas forcément travailler avec des enfants dans le besoin", dit-elle.

Disponibilité. Margaret Zamudio soutient que c'est un métier où il faut être disponible totalement. "On peut être là physiquement, mais avoir la tête ailleurs. Quand je réussis à faire un enfant aboutir à un projet ou une activité, cela me fait quelque chose à l'intérieur. Je me souviens d'une fois où j'essayais d'enseigner le macramé à une fille handicapée : au bout de six semaines, elle put assimiler et ce fut une grande satisfaction… C'est inexprimable ce que l'on ressent dans ces moments-là !" La vie de famille est souvent bouleversée et M. Zamudio évoque là la compréhension des proches. "Tout comme mes enfants, mon mari m'a toujours soutenue dans ce que je fais. Je crois que c'est le plus important : il faut que la personne comprenne et qu'elle accepte le métier de l'autre."


Échange mauriciano-sénégalais

Das le cadre d'une corporation Sud-Sud entre l'Unesco, le CEDEM et l'Agence de la case des tous petits, basée au Sénégal, Rita Venkatsamy et une petite équipe de l'ONG mauricienne ont participé à un échange pendant 21 jours au Sénégal. L'Agence des tous petits a profité de l'appui technique de la directrice du CEDEM et son équipe qui, lors du voyage, a visité les écoles du pays, alors que Yukime, Youth Officer à l'ONG, a présenté un numéro de danse pour la partie culturelle. Un membre de l'agence des tous petits sera à Maurice en décembre prochain pour suivre un stage auprès du CEDEM.