Un simple accrochage sur l'autoroute qui se termine en bagarre,
une dispute conjugale menant à une agression mortelle,
des élèves qui s'en prennent à la voiture
d'un prof à cause d'une remarque
La violence semble,
de nos jours, être partout. Une situation qui touche tous
les pays et qui a nécessité la création d'organismes
spécialisés dans l'approche non violente des conflits.
À Maurice également.
Apprendre à mieux gérer nos conflits. Et si derrière
cette phrase, il y avait une réponse aux problèmes
de violence affectant notre société ? Car la violence
n'est pas toujours pathologique et résulte souvent d'une
incapacité à s'exprimer, à canaliser sa colère,
d'une frustration
(voir hors-texte). Depuis 8 ans,
une formation en gestion des conflits est proposée aux
Mauriciens. D'abord animée par Étienne Chomé,
spécialiste étranger, elle est aujourd'hui assurée
par une équipe de Mauriciens, formés à cet
effet. "La gestion des conflits est une méthode
pour apprendre un nouveau langage", dit Georgina Corson,
qui fait partie de l'équipe. Elle poursuit, en insistant
sur une "nouvelle manière de s'exprimer, de voir
l'autre, afin d'obtenir sa collaboration, en cas de conflits et
d'intérêts divergents."
Expérimenter. Pendant 10 semaines, le stagiaire
revoit ainsi sa manière de communiquer et de réagir.
Pour cela, la formation propose un outil, chaque semaine, que
le stagiaire est appelé à mettre en pratique avant
la prochaine session. Un des premiers outils consiste à
fixer une rencontre. Dépendant de la situation de chacun
- couple, famille, entreprise -, il s'agit de réunir les
personnes concernées en choisissant le bon moment, le bon
endroit et la bonne approche pour aborder les questions délicates.
"Toutes ces pistes sont des manières de prévenir
qu'un désaccord ne finisse pas en violence ou en frustration",
renchérit Georgina Corson.
S'ârrêtant sur le mot "conflit",
elle fait remarquer qu'il y a une connotation de violence qui
y est attachée. Or, le conflit n'est pas nécessairement
négatif. Au contraire. "Souvent, quand des personnes
ont des vues divergentes sur une question, elles choisissent de
se taire et faire comme ci tout va bien." Ce qui est
très dangereux, dit-elle, car cela engendre la frustration
et provoque la violence intérieure.
Enjeux sociaux. À force d'accumuler des frustrations,
on s'expose à ruminer de la colère, des rancunes,
des envies de vengeance
Cela conduit à la haine des
autres et au dégoût de soi. Tout en reconnaissant
que ce n'est pas toujours évident d'exprimer son désaccord
de manière efficace, Georgina Corson souligne qu'il y a,
là, des enjeux sociaux.
Pour cette raison, notre interlocutrice est d'avis qu'il faut
agir le plus tôt. L'équipe est ainsi intervenue dans
certaines écoles primaires. De même, des enseignantes
du préprimaire ont été formées à
la gestion des conflits. "Les enseignants jouent un rôle
important dans notre société. Ils sont en contact
avec les enfants, les familles et les conflits des familles."
À un autre niveau, l'équipe intervient auprès
des organisations spécialisées, accueillant des
enfants en difficultés. De même, elle est de plus
en plus sollicitée par les entreprises pour leurs projets
sociaux. Pour la formation ouverte au public, elle va dans toutes
les régions de l'île, en fonction de la demande.
"Étant donné les enjeux sociaux, comme je
l'ai mentionné, nous voulons être accessibles à
tous. Nous avons un challenge : donner la formation à ceux
qui ne peuvent pas payer."
Dans les entreprises, l'enjeu est différent. Le programme
aussi. Il n'y a pas ici les liens fraternels comme dans une famille,
ou l'affection comme dans un couple : il y a la compétition
et le stress. Les outils y sont adaptés. "Je crois
que les entreprises réalisent de plus en plus l'importance
d'une bonne gestion des conflits. Car quelqu'un qui se réveille
le matin et n'a pas envie d'aller travailler à cause de
l'ambiance ne peut pas accomplir un bon travail."