Week-End/SCOPE

VENDREDI 4 AVRIL 2008 conflits


SOCIÉTÉ : CONFLITS

Gérer avant que survienne la violence

Un simple accrochage sur l'autoroute qui se termine en bagarre, une dispute conjugale menant à une agression mortelle, des élèves qui s'en prennent à la voiture d'un prof à cause d'une remarque… La violence semble, de nos jours, être partout. Une situation qui touche tous les pays et qui a nécessité la création d'organismes spécialisés dans l'approche non violente des conflits. À Maurice également.

Apprendre à mieux gérer nos conflits. Et si derrière cette phrase, il y avait une réponse aux problèmes de violence affectant notre société ? Car la violence n'est pas toujours pathologique et résulte souvent d'une incapacité à s'exprimer, à canaliser sa colère, d'une frustration… (voir hors-texte). Depuis 8 ans, une formation en gestion des conflits est proposée aux Mauriciens. D'abord animée par Étienne Chomé, spécialiste étranger, elle est aujourd'hui assurée par une équipe de Mauriciens, formés à cet effet. "La gestion des conflits est une méthode pour apprendre un nouveau langage", dit Georgina Corson, qui fait partie de l'équipe. Elle poursuit, en insistant sur une "nouvelle manière de s'exprimer, de voir l'autre, afin d'obtenir sa collaboration, en cas de conflits et d'intérêts divergents."

Expérimenter. Pendant 10 semaines, le stagiaire revoit ainsi sa manière de communiquer et de réagir. Pour cela, la formation propose un outil, chaque semaine, que le stagiaire est appelé à mettre en pratique avant la prochaine session. Un des premiers outils consiste à fixer une rencontre. Dépendant de la situation de chacun - couple, famille, entreprise -, il s'agit de réunir les personnes concernées en choisissant le bon moment, le bon endroit et la bonne approche pour aborder les questions délicates. "Toutes ces pistes sont des manières de prévenir qu'un désaccord ne finisse pas en violence ou en frustration", renchérit Georgina Corson.

S'ârrêtant sur le mot "conflit", elle fait remarquer qu'il y a une connotation de violence qui y est attachée. Or, le conflit n'est pas nécessairement négatif. Au contraire. "Souvent, quand des personnes ont des vues divergentes sur une question, elles choisissent de se taire et faire comme ci tout va bien." Ce qui est très dangereux, dit-elle, car cela engendre la frustration et provoque la violence intérieure.

Enjeux sociaux. À force d'accumuler des frustrations, on s'expose à ruminer de la colère, des rancunes, des envies de vengeance… Cela conduit à la haine des autres et au dégoût de soi. Tout en reconnaissant que ce n'est pas toujours évident d'exprimer son désaccord de manière efficace, Georgina Corson souligne qu'il y a, là, des enjeux sociaux.

Pour cette raison, notre interlocutrice est d'avis qu'il faut agir le plus tôt. L'équipe est ainsi intervenue dans certaines écoles primaires. De même, des enseignantes du préprimaire ont été formées à la gestion des conflits. "Les enseignants jouent un rôle important dans notre société. Ils sont en contact avec les enfants, les familles et les conflits des familles."

À un autre niveau, l'équipe intervient auprès des organisations spécialisées, accueillant des enfants en difficultés. De même, elle est de plus en plus sollicitée par les entreprises pour leurs projets sociaux. Pour la formation ouverte au public, elle va dans toutes les régions de l'île, en fonction de la demande. "Étant donné les enjeux sociaux, comme je l'ai mentionné, nous voulons être accessibles à tous. Nous avons un challenge : donner la formation à ceux qui ne peuvent pas payer."

Dans les entreprises, l'enjeu est différent. Le programme aussi. Il n'y a pas ici les liens fraternels comme dans une famille, ou l'affection comme dans un couple : il y a la compétition et le stress. Les outils y sont adaptés. "Je crois que les entreprises réalisent de plus en plus l'importance d'une bonne gestion des conflits. Car quelqu'un qui se réveille le matin et n'a pas envie d'aller travailler à cause de l'ambiance ne peut pas accomplir un bon travail."


Les 3 types de violence

Dans son livre Apprendre à mieux gérer nos conflits, Etienne Chomé identifie 3 types de violence :

- La violence provoquée par une difficulté à communiquer et à exprimer ses frustrations. Apprendre à dire le mal que l'on vit est une piste pour s'en sortir.

- La violence par provocation. Ce type de violence est surtout présente chez les adolescents. Elle peut aussi découler d'une situation d'injustice.

- La violence pour dominer. Il y a un désir de pouvoir sur l'autre. Menaces et chantages sont utilisés pour parvenir à ses fins. Dans ce cas précis, ce n'est pas la communication qu'il faut travailler, mais la définition et le respect des règles.


Où s'adresser ?

Le secrétariat de la Gestion des conflits est située à Rose-Hill. Pour s'inscrire, les intéressés peuvent téléphoner au 288 1553 pendant les heures de bureau ou envoyer un courriel à gdconflits@intnet.mu


EXERCICE : Comment accepter une critique

"Franchement, comment peux-tu porter un chemisier aussi bizarre quand nous sortons ensemble ?", vous lance votre mari. C'est le moment de vous entraîner à la Communication Non Violente (CNV), d'après le psychologue américain Marshall Rosenberg.

1. Calmez-vous. Observez sans juger.

2. Devinez le sentiment et le désir cachés derrière les mots. Vérifiez votre impression avec une question : "Est-ce que tu te sens irrité parce que tu voudrais me voir avec un vêtement classique ?" Et maintenez le dialogue sur ce registre jusqu'à ce que l'autre se sente apaisé.

3. Exprimez vos propres sentiments et besoins : "Je me sens agacée parce que j'ai besoin que mon goût soit respecté."

4. Exprimez votre demande, concrète et réaliste : "À l'avenir, pourrons-nous prendre cinq minutes ensemble pour que je choisisse une tenue qui nous plaira à tous les deux ?"