Week-End/SCOPE

VENDREDI 4 AVRIL 2008 à la une


INTERVIEW : Doushan Sewtohul

Être une nouvelle star

Lauréat de l'édition 2007 du concours Rêve de Star, Doushan Sewtohul s'est rapidement positionné dans les premiers rangs sur la scène musicale locale. Avec l'album Woh Kaun Hain ? à son actif, le chanteur se lance bel et bien dans une carrière où il espère surtout promouvoir l'art. Rencontre avec une nouvelle star…

En quelques mois, vous êtes passé du parfait anonymat au statut de personnalité de la chanson. Quel effet cela fait-il d'être une " nouvelle star " ?

Je ressens la fierté d'avoir accompli quelque chose. C'est agréable d'être reconnu pour un bon travail. Aujourd'hui, sur la route, on m'arrête souvent pour me féliciter… Je préfère rester simple, continuer ma vie comme avant. Il s'est passé beaucoup de choses, mais je me considère toujours le même. J'ai pris part à Rêve de Star en tant qu'artiste. Je n'espérais pas gagner, je voulais surtout promouvoir mon genre musical : le style Bollywood, ce qui n'avait jamais été fait à Maurice jusqu'ici. Je voulais aussi démontrer ce que l'on peut faire dans le pays. J'étais le seul inscrit dans la catégorie orientale et quand je suis arrivé en finale, c'était déjà une grande victoire pour moi. Ensuite, je me suis donné à fond, le meilleur de moi-même…

L'enregistrement de votre album a été une 2e étape…

Exactement ! Et dans cette 2e étape, grâce à Rêve de Star, les choses ont été plus faciles pour moi. J'ai eu le soutien financier de IBL de même qu'un grand soutien moral et technique. L'occasion m'a été donnée de travailler avec le Studio Capricorne. J'ai eu un bon encadrement grâce aux musiciens du groupe ZotSa, Jean-Michel Ah Youn, Kris Joe, Elvis et Didier. Mon arrangeur musical était Clévio Friquin. J'ai eu l'occasion de travailler avec des professionnels et cela m'a rendu la tâche plus facile.

Comment le public vous a-t-il accueilli ?

L'accueil a été positif. Le public apprécie ce que je fais, il aime m'écouter à la radio et réclame mes chansons. Cela ne veut pas forcément dire qu'il achète mes CD. Comme je suis nouveau dans le domaine, j'ai essayé de comprendre ce phénomène qui touche plusieurs artistes. C'est évident que peu de personnes achètent des CD orientaux originaux. Pourtant, cette musique est très appréciée par un grand nombre. Ces derniers préfèrent acheter des copies, télécharger ou se rabattre sur la radio. Ça devient un problème pour l'artiste.

Serait-ce parmi les raisons expliquant que peu d'artistes mauriciens se sont engagés dans la voie de la musique bollywoodienne ?

C'est sans doute le cas, mais je pense aussi qu'ils n'ont pas été suffisamment encadrés. La radio et la télé ont-elles des émissions spécialement dédiées aux nouveaux talents ? Ou se contentent-elles de ceux qui sont déjà là ? Souvent, les chanteurs sont invités à prendre part à des compétitions où l'on n'entend que des reprises de chansons qui ont marché. Il n'y a aucune originalité et c'est ce qui manque. C'est pourquoi je n'avais jamais pris part à l'un de ces concours dans le passé.

Qu'est-ce qui vous a encouragé à aller de l'avant avec un genre nouveau dans le contexte local, en prenant en considération les risques que cela pouvait représenter ?

J'étais enseignant en art dans un collège à Flacq. Chaque vendredi, je permettais à mes élèves de faire une chose qui leur plaisait beaucoup : la musique. Ils venaient dans ma classe avec leurs guitares, jouaient et chantaient. Un jour, je les ai entendus chanter Largue mwa laisse mwa aller, de Blakkayo. J'ai pris un papier et, en me basant sur la musique, j'ai écrit un morceau en hindi. Et je l'ai chanté. Les élèves m'ont salué et encouragé, me disant que j'avais une bonne voix. Cette anecdote est pour dire que les choses se sont un peu faites par hasard pour moi. Du moment que je me suis mis à écrire, je n'ai jamais arrêté. Je me suis retrouvé avec une dizaine de morceaux.

Mais, c'était évident que je n'avais pas les moyens pour aller de l'avant. Je ne savais quoi faire, comment affronter le public, comment aller à la rencontre de la presse, etc. Un jour, j'ai revu l'un de mes anciens élèves, Kevin Duthy. Il m'a expliqué qu'il avait ouvert un studio, qu'il avait un groupe de musiciens et m'a encouragé à venir. Je l'ai rejoint et le travail a commencé avec Clévio Friquin. Même Rêve de Star a été un hasard. J'ai pris connaissance du concours dans la presse. J'ai voulu essayer pour voir si je parviendrais au moins à me qualifier. Je me suis mis à la recherche d'une équipe de musiciens et j'y suis allé.

Vous n'aviez pourtant pas une grande notion technique de la musique ?

Je n'ai aucune notion de musique, je n'ai suivi aucun cours, je ne sais que chanter. Ma chance a été de travailler avec Clévio Friquin, qui a eu beaucoup de mal. Je lui ai expliqué ce que je voulais en sifflant ou par des bruitages. Il a fait le reste en donnant forme à ce que je souhaitais. Par la suite, j'ai rencontré un gourou de la musique qui, après m'avoir écouté, m'a dit qu'il n'avait rien à m'enseigner. Il m'a dit que je risque de perdre mon originalité si je me mets à suivre des cours. Et c'est peut-être cela qui a été mon avantage.

Bien qu'elle soit encore brève, qu'est-ce que votre carrière vous a appris jusqu'ici ?

Il faut croire en ses rêves et croire en soi. Il faut surtout avancer honnêtement.

En tant qu'enseignant et artiste, quel peut être à votre avis l'apport de l'art dans la vie d'un individu ?

Je prépare actuellement ma thèse universitaire sur cette interrogation : comment utiliser l'art pour développer le creative thinking chez les jeunes. Je suis allé à la rencontre de ces derniers, des adultes, etc. Le problème est que l'art n'est pas reconnu à Maurice. On ne voit toujours pas son importance, on le considère comme une matière banale. Alors que l'art contribue au développement intégral de l'individu, on considère à Maurice que ce dernier perd son temps s'il s'adonne à la musique ou à la peinture. Que vaut un individu qui n'a qu'une connaissance académique s'il n'a pas de culture ? Par ailleurs, je lance un appel pour la création d'un espace d'expression pour les artistes engagés dans la musique et le théâtre. Je pense aussi que le gouvernement doit investir dans des studios pour encourager les jeunes.

Votre participation au concert marquant les 40 ans de l'indépendance a sans doute été un grand moment pour vous ?

Au fait, j'avais approché le ministère pour que l'occasion me soit donnée de participer à un des concerts marquant l'événement. Il était prévu que je chante à Quatre-Bornes. Entre-temps, un ami avait remis un de mes CD à Sanedhip Bhimjee qui travaillait sur le spectacle du 12 mars. Il m'a donné rendez-vous au Théâtre Serge Constantin. J'y ai assisté aux répétitions et sur scène, il y avait de grands artistes : Éric Triton, Menwar, Véronique Zuel… Il y avait des instruments traditionnels, des guitares acoustiques, ce n'était pas mon style. Sanedhip Bhimjee m'a dit de trouver un moyen pour m'intégrer. Je suis monté sur scène, j'ai essayé et je suis arrivé à quelque chose. Le soir même, Sanedhip Bhimjee, après avoir écouté Desh Mera (Mon Pays), m'a demandé de composer un titre patriotique pour le lendemain… C'est l'un des morceaux que j'avais présentés lors du spectacle. Ça a été un grand moment de chanter pour son pays devant les invités et la nation. Nous avions chanté pour le pays, pour l'unité, pour l'humanité. La fusion que nous avions faite a été un moment fantastique ! Et tout s'est fait naturellement, je dois dire.

Quelle suite comptez-vous donner à votre carrière ?

Bien que les choses soient parfois difficiles, je ne vais pas m'arrêter là. Je vais définitivement continuer. Mon but est de promouvoir l'art. Je suis avant tout un artiste, je fais de la peinture, j'ai fait du théâtre, j'ai joué dans un film, j'aime tout ce qui touche à l'art. J'ai déjà écrit quelques morceaux qui devraient faire plaisir au public, mais je ne viendrai peut-être pas avec un album de sitôt. Je veux encore comprendre le public et voir comment il perçoit mon travail. À travers mon album et par mon travail, j'espère permettre à de nouveaux talents de s'exprimer.


Kaun Hain ?

En 2007, le jury fit de Doushan Sewtohul le grand gagnant du concours Rêve de Star. À 27 ans, l'enseignant saisit l'occasion au vol pour vivre ses rêves et revient avec Woh Kaun Hain ? en février 2008. Sur cet album de 8 titres, il chante l'amour et dévoile davantage ses talents de compositeur et de chanteur. Depuis, Doushan Sewtohul est davantage sollicité sur la scène pour des live qu'il donne naturellement. Il a été l'un des artistes à prendre part au spectacle donné au Champ-de-Mars le jour des 40 ans de l'indépendance du pays. Passionné d'art, Doushan Sewtohul est convaincu que les jeunes talents ont besoin d'encadrement pour émerger. D'où l'aide proposée par le studio Effuzion (787 0707) avec lequel il collabore.