Week-End/SCOPE

VENDREDI 28 MARS 2008 reportage


REPORTAGE : SUCCESS STORY

Sarjua : entre tradition et modernisme

Le succès de la Conserverie Sarjua repose avant tout sur ses achards et confits de fruits et légumes fabriqués selon les bonnes vieilles recettes de grand-mère avec un zeste de modernisme. Visite guidée.

Les ouvrières s'activent. Autant de mains qui sélectionnent, épluchent, sèchent, mélangent et scellent en pots des achards, de l'ail mariné dans un mélange d'huile et d'épices, ou encore préparent à la vieille recette létan lontan des confits de limon, carambole, bilimbi. Une méthode à l'ancienne qui a fait le succès de Danesswar Sarjua, directeur de Sarjua International.

Fusion. Dans la conserverie de Plaine Lauzun, Danesswar Sarjua veille au grain. Sa motivation première avec les années a été d'essayer ce subtil mariage entre tradition et modernisme. "J'ai gardé la recette de mes aînés tout en travaillant scientifiquement d'autres recettes, dont le dernier en date : le massala à base de mangue. C'est une innovation. La mangue est coupée en morceaux, on enlève le noyau et c'est légèrement épicée. Mon but était de mettre au point des produits pas trop salés, trop pimentés ou trop épicés et qui permettraient à tout le monde de se retrouver." L'homme a du flair…

Saveur mauricienne. Chaque année, il innove. Pour l'instant, son équipe et lui travaillent sur la recette d'épices de briani à base de feuilles de coriandre et de menthe. Tout en répondant à nos questions, il s'arrête un moment et nous explique qu'il vient de créer une nouvelle farine. "C'est une farine à base de trois différents légumes : patate, manioc et fruit à pain. Dans quelques mois, ce produit sera sur le marché local."

Inspiration. La trouvaille Danesswar Sarjua, en créant la conserverie, a été de diversifier la production agricole. À partir des fruits et des légumes bien de chez nous, il trouve son inspiration. "J'ai toujours voulu créer une alimentation dans un style très mauricien, avec ses couleurs, ses épices et sa saveur." Aujourd'hui, la conserverie produit 7 variété d'achards avec 5 000 pots quotidiennement. Également, des achards de cœur de palmistes, achards de légumes (chou, carotte, haricot). Dans son usine, on peut aussi assister à la fabrication de confits, dont le dernier à base de gingembre et miel. Sans oublier du curry en poudre qui fait sa réputation. "Nous produisons à la fois pour le marché local et pour l'exportation. À titre d'exemple, le massala est très prisé en Europe et à La Réunion."

Déclic. À écouter l'homme parler avec passion de son métier, on se demande comment il a eu l'idée de s'approprier un tel marché. Danesswar Sarjua se raconte. "Je viens d'une famille de planteurs. J'ai acquis ma connaissance en fruits et légumes locaux, surtout dans les champs, avec mes parents." Il se revoit à 7 ans accompagnant son père dans les plantations familiales. C'est à partir de là qu'il apprend la méthode traditionnelle. "Je voyais mon père prendre une mangue verte, la faire saler, la déshydrater sur le toit de la maison pendant 5 à 6 jours, avant d'en faire une salade de mangue. Il faisait de même avec les bilimbis, les fruits de cythère, les caramboles. Ensuite, je le voyais préparer des achards de légumes et des confits." C'est le déclic. Danesswar Sarjua a sa petite idée.

À 14 ans, il emprunte Rs 5 à sa mère. "Je la revois hésitante, puis retirant les Rs 5 cachées dans le nœud formé à une extrémité de son sari. Avec ces Rs 5, j'ai acheté au rabais quelques kilos de légumes que j'ai revendus avec un profit de Rs 8. Au fil des années, les Rs 8 ont augmenté. De Rs 100 à Rs 1 000 et plusieurs petits 0. Moi, je dis toujours que c'est avec 8 roupies que j'ai bâti la Conserverie Sarjua dont le chiffre d'affaires aujourd'hui dépasse largement les millions."

Vers les gens. Danesswar Sarjua reconnaît que la success story de son entreprise repose avant tout sur sa vision d'avoir voulu être différent des autres entrepreneurs. "Lorsque j'ai mis au point le massala, je savais qu'il y avait de la concurrence. Le curry en poudre existait déjà. J'ai fait une réunion avec une soixantaine d'employés et je leur ai demandé d'acheter à crédit chaque mois Rs 100 de curry en poudre. Le concept a eu du succès. Ma vision première est d'aller vers les gens. À chaque création, j'organise des séances de dégustation. Ma stratégie de marketing, c'est comme cela que je la conçois : mettre le produit à la disposition d'un maximum de gens avant son lancement officiel."

En termes d'innovation, l'intervenant reconnaît qu'il n'est jamais à court d'idées. En 1995, la Conserverie Sarjua s'est même dotée d'une unité - ripening room - de mûrissement de fruits "Cette unité a été mise sur place pour le traitement de la banane qui est un produit périssable. On a mis au point des bananes en sachets." La gamme de ses produits se multiplie et se diversifie sans arrêt. L'homme en est conscient. Fièrement, il nous montre tous ses pots étiquetés renfermant la recette savoureuse d'un achard ou de confits : "Ces pots, vous les retrouvez partout dans les supermarchés. Même les grands hôtels utilisent cette marque."


Distinction

Diversifier ses activités pour mieux se préparer aux changements, c'est ce qui a fait la réussite de Sarjua International. Pour produire de manière industrielle, l'entreprise a entamé une phase d'extension et travaille sur un projet de 10 arpents dans le nord de l'île. Entre-temps, Danesswar Sarjua savoure un autre succès : celui d'avoir eu 2 distinctions au Salon International de l'Alimentation, en France, pour 2 de ses produits : le thé médicinal aux feuilles de bétel ainsi que le filet de thon au piment, citron et baies de roses. C'était lors de Tendances et Innovations, du 22 au 26 octobre 2007, à Paris.

Son prochain défi : "Probablement l'ouverture d'un restaurant qui, encore une fois, adaptera les vieilles recettes de grand-mère aux nouveautés du moment." De plus : "Je travaille aussi sur une alimentation en concertation avec un médecin permettant aux gens de réduire leur taux de cholestérol, leur diabète, leur tension. La feuille de bétél, à titre d'exemple, est idéale pour ceux ayant de l'embonpoint ou qui souffrent de cholestérol."