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VENDREDI 28 MARS 2008
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politique
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POLITIQUE : ASSEMBLÉE NATIONALE
Dans les coulisses du Parlement
Les travaux parlementaires reprennent cette semaine après
de longues vacances. Derrière les débats et les
échanges, souvent vifs, les décisions importantes,
déterminantes pour l'avenir du pays, y sont prises. Arpentons
les coulisses pour mieux comprendre le fonctionnement de l'Assemblée
nationale.
"Mr Speaker, Sir
", Après 3 mois
de silence dû au congé parlementaire, l'hémicycle
reprend vie. C'est avec cette formule emplie de politesse que
les parlementaires s'adressent au Président de la chambre,
même si la suite des débats ne se poursuit pas toujours
dans le même ton. L'Assemblée est, on le sait, le
lieu où sont prises les décisions importantes du
pays. Plus que cela, les travaux parlementaires sont "un
moyen pour le Législatif d'avoir un certain contrôle
sur l'Exécutif", avance Safeena Lotun, Deputy
Clerk de l'Assemblée Nationale. Elle fait référence
à la Constitution de Maurice garantissant la séparation
de pouvoir entre le Législatif (Assemblée), l'Exécutif
(Gouvernement) et le Judiciaire (Cour). Gouvernement et oppostion
étant des adversaires politiques, il n'est pas rare que
le ton monte.
Westminster. L'Assemblée nationale a un caractère
unicaméral, c'est-à-dire qu'elle est composée
d'une seule chambre. Elle est basée sur le modèle
anglais du Westminster. 62 membres élus et 8 membres
choisis sous le Best Loser System y siègent. La
Constitution prévoit que l'Assemblée doit se tenir
régulièrement. Il ne faut pas qu'une période
de 12 mois s'écoule entre la dernière séance
et la première séance de la prochaine session. Actuellement,
le congé parlementaire est de 3 mois. Une période
qu'il faudrait raccourcir, selon Ajay Daby, ancien Speaker. Il
s'explique : "Ces trois mois avaient été
définis par les colons anglais pour des raisons pratiques,
notamment, le transfert des documents - par bateau - vers l'Angleterre
et vice-versa. Aujourd'hui, ce n'est plus d'actualité."
Si, pendant ce temps, les parlementaires sont "au repos",
le travail continue dans les bureaux de l'Assemblée nationale.
"On profite de cette période pour faire tout le
travail administratif que nous n'avons pas le temps de faire les
jours où siège l'Assemblée", ajoute
Safeena Lotun. Et une semaine avant la reprise, les choses s'activent
: "Nous recevons les questions parlementaires. Celles-ci
doivent nous parvenir au plus tard à 14h le mercredi précédent
la tenue de l'Assemblée (mardi). Seule la PNQ du Leader
de l'opposition est acceptée le jour de l'Assemblée,
au plus tard à 9h. Les travaux débutent à
11h30."
Délai. Ce délai est important, explique encore
notre interlocutrice, afin de permettre au bureau du Clerc d'envoyer
les questions aux ministères concernés, de recevoir
les réponses et d'en faire des copies pour les parlementaires
et les membres de la presse, entre autres. Il faut aussi vérifier
si les questions sont conformes aux paramètres prévus
dans le Standing Orders and Rules of the National Assembly,
qui régit la chambre. Soulignons que le poste du Clerc
de l'Assemblée nationale est un poste administratif dans
la fonction publique. Celui-ci est chargé de toute l'administration
de l'Assemblée et veille à sa bonne marche.
Celui qui préside l'Assemblée, en revanche, soit
Le Speaker, est élu ou nommé par le gouvernement
en place. C'est lui qui gère les débats, donne ou
retire la parole aux membres et fait observer les Standing
Orders. "Il s'agit d'un rôle de facilitateur",
poursuit A. Daby. Le Speaker, selon lui, doit imposer le respect.
Sa crédibilité réside dans sa neutralité.
Ce qui n'est pas toujours évident quand on sait que le
Speaker est nommé par le parti politique au pouvoir. "La
neutralité est une vocation. Il ne s'agit pas d'être
neutre dans ses idées, dans son appartenance, mais dans
sa manière de fonctionner", ajoute A. Daby.
Immunité. L'ancien Speaker est d'avis que celui
qui occupe ce poste doit être doté d'un sens d'intervention
rapide et d'humour, afin d'éviter que les conflits au niveau
des idées ne dégénèrent en conflits
de personnalité. À ce sujet, nous connaissons tous
les échanges de propos vifs, souvent suivis de walk-out
ou de renvois de l'Assemblée.
Si les "batiara" et autres quolibets peuvent
être prononcés par les parlementaires, c'est parce
qu'ils jouissent d'une immunité à l'intérieur
de l'hémicycle. Ajay Daby ajoute qu'il s'agit là
d'une disposition importante, car l'Assemblée est "un
théâtre de conflits." Contrairement à
une Cour de justice où la conduite est très stricte,
l'Assemblée permet de rassembler les "débats
de coin de rue en un seul lieu." L'immunité, poursuit
encore A. Daby, est liée à la liberté de
fonctionner et facilite la qualité de l'expression.
Ajay Daby ouvre une parenthèse pour expliquer que c'est
sur ce même principe de liberté qu'il avait introduit
la caméra dans l'hémicycle, quelques années
de cela. "Cela a provoqué un tollé à
l'époque, mais j'estime que le citoyen doit savoir ce qui
se passe à l'intérieur de l'hémicycle."
Dans ce même esprit, il dit préférer que les
sièges publics soient réservés à des
étudiants du HSC, à qui les débats pourraient
servir pour leur G.P., plutôt qu'aux agents politiques.
Leader de l'Opposition
L'opposition est constituée de parlementaires élus
ou nommés d'après le Best Loser System, mais
dont les partis sont minoritaires par rapport à ceux formant
le gouvernement. Le Chef de l'Opposition est nommé par
le président de la République. Généralement,
le parti de l'Opposition ayant le plus grand nombre de députés
à l'Assemblée est nommé. Si ce critère
n'est pas rempli, le Président peut alors nommer un membre
qui, de son avis, serait le mieux accepté par les chefs
des partis de l'opposition.
Le Chief Whip
Un Chief Whip et Deputy Chief Whip est nommé de chaque
côté de la chambre. Ce rôle consiste à
agir comme médiateur entre le Premier ministre, le leader
de l'Opposition et le Speaker de l'Assemblée. Lorsqu'un
projet de loi doit être présenté, par exemple,
le Chief Whip s'assure qu'un nombre égal d'intervenants
participent aux débats des 2 côtés de la chambre.
Il peut aussi animer des réunions sur la question et fait
respecter la discipline dans son camp.
Un quota pour les femmes
En plusieurs occasions, la nécessité d'appliquer
un quota pour les femmes à l'Assemblée a été
évoquée. Cette disposition existe déjà
dans certains pays. Ajay Daby ne se dit pas en faveur de ce genre
de débats : "Je préfère qu'une femme
siège à l'Assemblée parce qu'on reconnaît
ses compétences et non parce qu'elle est une femme."
Interrogée aussi sur la question, la députée
Mireille Martin, parlant en son nom personnel, va dans le même
sens : "À quoi servira un quota si, à la
fin du jour, on n'a pas des personnes compétentes ?",
se demande-t-elle.
Témoignage : Mireille Martin : "Un long apprentissage"
Mireille Martin, du MSM, est parmi les plus jeunes députés
de l'Assemblée. Parlant de son expérience, elle
avance que l'Assemblée est un monde qui a des règles
bien définies. "C'est un long apprentissage, je
suis toujours en train d'apprendre." Elle dit constater
que même ceux ayant 3 mandats ne maîtrisent pas tous
les aspects du Standing Orders. Siéger à
l'Assemblée nationale pour elle, c'est parler au nom de
toutes les personnes qui l'ont élue. "Cela me permet
de discuter et d'interpeler le gouvernement sur les sujets qui
concernent les Mauriciens." Quant à savoir si
le rôle d'un parlementaire consiste principalement à
s'asseoir à l'Assemblée, Mireille Martin répond
par la négative. "C'est beaucoup plus que cela.
Il faut recevoir les mandants, participer aux réunions,
aller à la rencontre des gens
"