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VENDREDI 28 MARS 2008
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dossier
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DOSSIER : CULTURE
Lumière sur l'underground
L'underground mauricien est un vivier pour les musiques
nouvelles et autres propositions artistiques. Loin du "commercialement
correct" s'est constitué un réseau d'artistes
qui, outre la musique ou la peinture, a en commun une philosophie.
Celle d'un avancement social qui emprunterait les voies des arts.
Immersion dans un circuit marginal.
La mouvance des musiques actuelles a initié une certaine
dynamique dans le giron culturel mauricien. Loin du circuit lucratif
s'est constitué un réseau se donnant pour objectif
la promotion et la diffusion de productions artistiques nouvelles.
Essentiellement des créations musicales se distinguant
par un cachet anticonformiste. Ces points correspondent aux principales
caractéristiques qui émergent de l'underground
mauricien.
Ébullition. Nous sommes en présence d'un
mouvement culturel en plein processus de structuration. L'underground
mauricien est constitué d'une communauté de créatifs
issus de divers horizons, réunis par un idéal commun
d'avancement tant social qu'artistique. Une certaine ébullition
est notée dans cet univers. Un microcosme bouillonnant
de créativité.
Ce bouillonnement se matérialise par des soirées
ponctuelles où le bouche à oreille reste le moyen
de communication le plus usité. Des soirées au public
intime et au cours desquelles se côtoient artistes en voie
de professionnalisation et artistes confirmés. Ceux-là
trouvent dans des pubs urbains précis (lire plus loin)
un public d'initiés. Pas beaucoup de monde ne s'intéressait
aux genres non-commerciaux avant que ne se manifeste une musicalité
mauricienne se démarquant par son originalité.
Contraste. Cette expression artistique s'inscrit résolument
en décalage avec les tendances qui monopolisent l'espace
culturel. Quoi qu'il en soit, des scènes ouvertes, méconnues
du grand public, sont un moyen de diffusion pour les musiques
peu conventionnelles. Des propositions artistiques innovantes,
à un moment où nombre d'initiatives culturelles
riment avec business.
L'underground se distingue par son petit moyen financier
et ses démarches pointues. La mouvance est en pleine expansion,
souligne Geordie Piseri Diaz, musicien et responsable du projet
culturel Les Classes de Charles. "Le Centre culturel français
Charles Baudelaire essaie aussi de faire partie des structures
qui amènent du neuf culturellement. " Bien des
groupes et des jeunes talents ont effectivement été
révélés par le biais du tremplin précité.
Lieux. Un certain nombre évolue cependant dans ce
circuit parallèle évoqué plus haut. L'underground
est en effet polarisé par deux lieux spécifiques
: Le Laribluz niché en plein cur de Curepipe
et Le Sapin, sis rue Ratsitatane à Camp Levieux.
Les gérants du deuxième établissement cité,
Yann et Yannick Durhone, expliquent que leur démarche d'accueillir
des artistes revêt un caractère social et artistique.
Le Sapin a commencé par offrir aux jeunes musiciens de
Camp Levieux l'occasion de jouer devant un public. Yann Durhone
remarque que le quartier compte de nombreux talents. Des équipements
sont alors mis à leur disposition tandis que se structure
une scène ouverte. Aussi, des musiciens issus de différents
horizons ont commencé à se donner rendez-vous régulièrement
au Sapin pour des jams. Ce qui devait donner lieu à
un frottement entre débutants et professionnels.
Quartier. Parmi ces professionnels, on retrouve notamment
ceux du circuit hôtelier qui sur cette scène ouverte
laissent libre cours à leur créativité. Le
but est de promouvoir les arts en général, sans
en tirer un quelconque profit financier, concède Yann Durhone,
rejoint dans son propos par Yannick qui précise que "des
musiciens de haut niveau sont souvent issus des quartiers chauds.
Le Sapin offre la possibilité d'avoir une musique autant
qu'un lieu de qualité sans que le public ait forcément
à se rendre à Grand-Baie ou dans d'autres régions
côtières." Et de poursuivre que non seulement
assiste-t-on à un "retour au quartier" de ces
musiciens, mais aussi à un mouvement du public qui maintenant
se déplace vers des zones littorales pour goûter
à ce melting pot culturel. Ce qui n'enlève
rien au caractère underground du lieu. Le Sapin
reste un lieu où se rencontrent autour des musiques, chanteurs
à texte aussi bien qu'instrumentistes de haut niveau et
jeunes talents. "Ça suscite des vocations chez
les jeunes et sert la promotion artistique autant que la cause
sociale. Public et artistes y trouvent leur compte."
Philosophie. Le terme melting pot culturel n'est
pas ici galvaudé. Les pôles underground sont
essentiellement fréquentés par un public d'artistes
ou ayant une sensibilité d'artiste et qui partagent un
idéal commun. Rencontré au Sapin, Stephan Gua président
de l'association Jammers nous éclaire sur ce point. Cette
association uvre pour la promotion artistique et culturelle
et se donne aussi pour but d'apporter de la joie à ceux
qui en ont besoin. Cela passe par plusieurs médiums notamment
peinture, théâtre et musique.
Stephan Gua poursuit que les jams sessions des Jammers
sont des espaces de partage et de création entre les musiciens
qui épousent la philosophie "partaz twa"
prôné par ce regroupement d'artistes dans une dynamique
d'échange. L'attention est de fait attirée sur l'absence
d'une scène séparant les artistes du public tant
au Laribluz qu'au Sapin. "Les artistes qui s'y produisent
ne sont pas nécessairement dans une action performative,
mais privilégient l'occasion de faire de l'art pour l'art.
C'est un prélude à un mouvement culturel autre."
Synergie. Il est certes trop tôt pour anticiper l'orientation
ou la dimension que prendra ce mouvement en gestation. Toujours
est-il que présentement les plates-formes d'échange
suscitent des rencontres hétéroclites, aboutissant
à des créations sortant des sentiers battus. De
cette synergie émane une proposition en marge des mouvements
médiatisés.
L'underground jouit de suffisamment d'énergie pour
faire avancer la chose artistique. Une volonté émanant
de personnes qui se mettent au service de la culture
bien
que certaines parmi elles préfèrent rester dans
une ombre anonyme. Nous assistons aussi à l'émergence
d'associations agissant pour la promotion des arts et des artistes
mauriciens. Notamment pour encadrer ceux n'ayant pas nécessairement
les moyens logistiques de se produire devant un public.
"Pas besoin de beaucoup pour rendre les choses meilleures",
affirme Ian North-Coombes président de Metson. Association
qui organise des soirées favorisant les rencontres et les
échanges entre artistes. Ce regroupement en structuration
se veut une plate-forme pour les orienter et les aider dans leur
projet.
Genres. Emily Yue Sik Kin, également de Metson,
dit noter un foisonnement de styles nouveaux et de talents qui
ne demandent qu'à être connus. Tandis que Lionel
Permal constate que le paysage musical est inondé par le
commercial. Ce qui ne laisse pas énormément de place
aux genres nouveaux. Or la mission de Metson est précisément
d'aider à la promotion de cette créativité.
"Nous prenons nos responsabilités en tant que jeunes
citoyens
Nous voulons apporter notre contribution à
l'épanouissement culturel du pays. On ne peut pas toujours
attendre que les choses se fassent toutes seules."
Le relooking du Laribluz dans le cadre d'une soirée sous
le thème Psychédélik atteste de cette volonté.
L'association s'attache à créer des ambiances selon
le message ou la musique. À cela s'ajoute un souci d'accueil
de l'artiste et du public. Lionel Permal soutient que la personne
qui se produit doit être bien encadrée pour être
à même de donner le meilleur d'elle-même.
Artistes. Nous avons rencontré quelques-uns de ceux
se produisant dans l'underground. Tout d'abord Tortue génial.
Un projet live fusionnant musique et arts plastiques. À
l'origine de ce projet, Geordie Piseri Diaz. Ce musicien autodidacte
aux influences diverses mélange post rock et math rock
aux influences mauriciennes. L'autre membre du projet est Émilie
Carosin, artiste alliant peinture, installation et chant pour
dresser le portrait d'une musique métissée. Émilie
Carosin peint pendant que le musicien compose.
Peinture sur plastique ou cellophane au son d'un rock énergique
aux couleurs atmosphériques. Ce projet artistique se décline
en une performance musicale et plastique live. La musique
est créée en direct par Geordie Piseri Diaz à
l'aide d'une pédale de sample. Appareil permettant de s'enregistrer
et de superposer les sons. L'unique musicien peut ainsi passer
de la basse à la batterie et incorporer des séquences
électro sans aucune interruption. Des invités sont
aussi conviés à poser leur voix sur ces compositions.
Une nouvelle proposition artistique.
Métissage. Dans le registre des nouveautés,
se retrouve la sonorité métissée distillée
par le combo Ekzilaïus. Un rock qui parle de blues avec un
accent reggae et une allure jazz. Dylan Gooriah explique que le
groupe peut difficilement cataloguer sa musicalité étant
donné son large mélange d'influences et de styles.
"Au public de décider comment qualifier notre musique.
Le plus important pour nous est de faire entendre cette sonorité
nouvelle."
Les prestations d'Ekzilaïus au Laribluz ont permis au groupe
d'exposer ses créations musicales auprès d'un public
sensible. Le chanteur précise que cette scène ouverte
donne l'occasion aux artistes de faire montre de leur talent.
Et d'ajouter que l'univers underground comprend aussi des
"monstres" de la musique mauricienne et pas que
des artistes en voie de professionnalisation. Dylan Gooriah de
conclure cependant sur une note tristement réaliste : "Personnellement,
je ne pense pas qu'Ekzilaïus ira bien loin. On ne se rend
pas suffisamment compte du potentiel des artistes qui montent
actuellement à Maurice."
Les Classes de Charles II
Quatre concerts sont prévus dans les jardins du Centre
culturel français aux mois d'avril et mai 2008. 16 sélectionnés
se produiront sur la scène de ce tremplin musical. Les
Classes de Charles, lors de sa première édition
en 2007, a effectivement uvré pour la promotion et
la diffusion de nouveaux talents de la scène locale. Un
CD et un DVD ont été produits à l'issue de
ce dispositif d'accompagnement. Un outil de promotion qui a été
remis à 7 des participants. Le but étant de permettre
à ces groupes en voie de professionnalisation de se structurer
et d'aller plus loin dans leur démarche artistique. Cette
aide à la promotion s'étend pour la présente
édition à Rodrigues. De plus, un des lauréats
de cette édition aura l'occasion de se produire au Bato
Fou, à La Réunion. Le jury de la 2e édition
des Classes de Charles sera composé de Philippe Thomas,
Neshen Teeroovengadum, Miselaine Soobraïdoo, Jean André
Viala et Geordie Piseri Diaz. Bruno Raya devrait probablement
être aussi parmi les jurés.
Info Metson
Joindre des bouts de société qui ne souhaitent plus
vivre dans un désert culturel. Metson poursuit sa démarche
de levée de fonds dans cette optique et pour concrétiser
ce projet. Jusqu'à maintenant, si 2 soirées ont
été organisées, d'autres suivront prochainement.
Pour prendre contact avec l'association, appeler Roberto au 739
6822 ou Lionel au 773 4217.