|
VENDREDI 28 MARS 2008
|
à la une
|
ALBUM : DON PANIK
Les rimes du poète coaltar
On vous le recommande. Vivement, d'ailleurs ! En CD audio et DVD,
Pas Facil, le nouvel album de Steward Nicolas, confirme tout
le bien que l'on pouvait penser de ce poète. Don Panik,
c'est aussi une success story urbaine écrite lor
coaltar.
Et puis soudain, un flot ininterrompu de mots déversés
dans un torrent de phrases qui se lient et s'entremêlent.
Taillée à la serpe, dans une rythmicité rapide,
linéaire et saccadée, l'uvre est dégrossie,
polie ; un poème prend forme. Comme dans une création
longtemps pensée, les mots s'emboîtent, les phrases
prennent sens et puissance. Si Steward Nicolas improvise souvent,
Don Panik reste un maître de la rime. Il procède
d'instinct, dans un acte qui a fini par lui devenir naturel. Habituellement
la tchatche est une occasion pour le grand solitaire de
rapporter ses réflexions sur la vie, la rue, la musique,
presque tout ce qui compose son univers. Enfant de la génération
hip hop reconverti dans le Dancehall, Don Panik croit dans le
pouvoir de la parole et dans la nécessité de communiquer.
Il y a des mots, mais il y a aussi des mouvements, une énergie,
cette force presque électrique qui émane de lui
quand il s'anime sur scène. L'homme bouge, se déhanche,
saute, danse dans une synchro époustouflante. À
l'origine, ce fils de la Résidence Kennedy était
danseur de rap.
Dépassement. Don Panik carbure à la passion,
convaincu que tout être se construit dans l'effort et la
persévérance et que le dépassement de soi
permet d'avancer. D'où un excellent deuxième album
qu'il s'apprête à lancer. Pas Facil devient
la remarquable suite de Lyrical Bad Man, album que nous
vous présentions en 2006. Depuis, artistiquement et philosophiquement,
le Don a grandi et mûri. Ses nombreux contacts avec la scène
et la place qu'il s'est appropriée dans le domaine lui
ont permis de mieux s'affirmer. "Je crois davantage en
ma vision, je suis plus sûr de mes actes et je suis plus
à l'aise dans ce que je fais." Panik peut exploser
Coaltar. On le questionne souvent sur son parcours académique
: "À ce moment je réponds que j'ai fait
l'école primaire et puis le secondaire jusqu'en Form 2."
Quand il lui a fallu redoubler il a compris qu'il ne s'adapterait
jamais dans ce système. "J'ai demandé à
ma mère de me trouver un petit boulot dans un restaurant."
Steward Nicolas marque un temps de réflexion et revient.
La "troisième école" qu'il a fréquentée
a eu un impact beaucoup plus important sur l'adolescent qu'il
était. "La rue a été pour moi une
grande école. Sa cour est grande et vaste. Il y a plusieurs
'élèves', plusieurs possibilités. Tu dois
savoir qui fréquenter, quoi apprendre ! À toi de
choisir où aller." Chaque décision a des
conséquences, chaque pas marque un tournant. C'est ce qu'il
a appris quand il a commencé à fréquenter
la rue.
Trasser. Enfoncé dans un confortable fauteuil,
il se remémore. Dehors, par la porte et la fenêtre
du salon, des cris d'enfants et des bribes de conversations entre
passants rappellent la vie qui bouillonne en ces lieux. À
côté, le sifflement d'une marmite à pression
annonce qu'il sera bientôt l'heure du dîner. Dans
les étroites ruelles, rentrant du travail ou des leçons,
ceux qui se connaissent se saluent. Quelques autres restent, en
apparence oisifs, finissant par faire partie de ce décor
bien urbain. Parmi eux, beaucoup n'ont su faire le bon choix.
Du plaisir des premiers instants ils ont fini par sombrer, se
condamnant à ces incessants trassements qui se font
dans des coins de rues. La présence du véhicule
de la police qui patrouille les rend momentanément discrets.
Et puis, tout reprend. L'on comprend que Don Panik est un rescapé.
Gosse de la rue, il a souvent été confronté
aux pires tentations : "Elle prend différentes
formes et vient à toi de différentes manières.
Pour résister, il te faut avoir la tête sur les épaules
et savoir ce que tu veux." La rue lui avait enseigné
le discernement et lui avait proposé d'autres options.
Comme pour d'autres enfants de la région, Steward Nicolas
avait trouvé ses repères dans la musique et l'art
oral. La rue reste son espace de travail : "Ma maison
est trop étroite pour que je travaille. C'est pourquoi
je préfère la rue. Elle m'inspire, me communique
comme une énergie. J'ai un profond respect pour la rue",
dit Don Panik.
Follet. Aussitôt lancé, il s'était
vite fait remarquer. Il y eut le collectif Union Tribal Clan,
102 Rebellion, des passages dans des concerts - dont celui d'Olivia
- un single Prometter, Fait Divers (de la compilation
Solda + Mwadkka). Au moment de la sortie de Lyrical
Bad Man, Panik avait déjà jeté les assises
d'une carrière prometteuse. Méticuleux, attentif,
pointilleux, il continue à travailler d'instinct et reste
versatile. L'artiste projette désormais l'image de ce feu
follet capable de se connecter à tous les genres et courants.
Trioco, Blakkayo, Kool B, Crossbreed Supersoul, autant de groupes
et d'artistes avec lesquels il a joué.
Ne pas savoir lire les notes et ne jouer à aucun instrument
ne représente aucun obstacle pour ce compositeur. En studio,
pour se faire comprendre il bat le rythme, procède à
des bruitages, etc
C'est ainsi que Pas Facil a été
créé
Entre Don Panik et la musique des liens
mystiques tissés, une réelle conversation : "au
rythme du métronome
" Dans son énergie,
il raconte : "La musique est mystère, pas de
limite ni frontière, elle parcourt l'univers en album ou
concert, elle est anti-guerre. Elle contre la misère. Elle
joue au nom du père du fils du St-Esprit dans nos prières.
La musique est légendaire, elle possède une force
extraordinaire qui peut faire danser la chair, envoyer l'esprit
au pays imaginaire
" Tel est l'hymne de Don Panik.
CD & DVD
Pas Facil sort à la fois en CD audio et en DVD.
En effet Roshan Rajcoomar: de Framework, a voulu, à travers
Don Panik tenté cette nouvelle expérience. En sus
du travail d'enregistrement audio en studio, l'équipe a
aussi procédé à l'enregistrement des vidéos
clips associés à chaque titre. Le tout, dans un
unique coffret qui sera très prochainement disponible dans
les différents coins du pays.
Pas Facil
Six titres pour ce nouvel album : Voulez-Vous danser, Lovely
Gal, Tappe la main, Prometer, Pas facil et Son Énergie.
Don Panik se révèle un artiste accompli qui
a gagné en assurance et en puissance. Adepte du Dancehall,
il lance aussi le séga Dancehall, un genre qui devrait
normalement permettre à Don Panik de toucher un plus large
auditoire. Parallèlement, la qualité des clips qui
accompagnent l'album mérite aussi d'être saluée,
Roshan Rajcoomar ayant voulu que le DVD soit lui aussi un produit
à part entière.