Week-End/SCOPE

VENDREDI 14 MARS 2008 indépendance: vibration zen


VIBRATION ZEN

Esprit patriotique, es-tu là ?

Les Mauriciens sont-ils fiers du chemin parcouru depuis la proclamation de l'indépendance ? Quelle est la marche à suivre pour raviver cette flamme patriotique ? Quelques personnes répondent à cette question avec un regard pertinent sur la société mauricienne.

Jerome Ladouceur, commercial chez Apple, 22 ans : "L'indépendance pour moi signifie une association par rapport à la citoyenneté d'un seul peuple, pour permettre au pays d'avancer et d'évoluer. Le pays a réussi à se débrouiller seul, même s'il a rencontré beaucoup de problèmes en cours de route. Par rapport à beaucoup de pays, nous pouvons nous identifier comme étant des Mauriciens et être fiers d'avoir notre propre nationalité. On ne dépend pas des grands pays d'Europe, ce qui n'est pas le cas pour l'île de La Réunion qui est "spoon fed" par la France. Ceci dit, l'indépendance n'a pas été atteinte à 100% à Maurice. Beaucoup d'entre nous quittent le pays pour aller vivre ailleurs. Ce qui entraîne un certain manque de compétence au pays et pousse certaines compagnies à employer des étrangers. Si vraiment, on devait bénéficier de l'indépendance, je pense qu'aujourd'hui, le gouvernement aurait donné plus d'aide pour améliorer la vie des Mauriciens et aussi pour que les gens restent à Maurice. L'indépendance est une sorte d'illusion pour les gens d'une certaine classe sociale. Certaines communautés sont laissées pour compte, ce qui est dommage. "

Reena Sumputh, directrice d'entreprise, 28 ans : "40 ans d'indépendance, c'est quelque chose qu'il faut fêter puisque c'est extrêmement important de célébrer cet acte de liberté acquis par nos ancêtres. C'est à partir de l'indépendance qu'un pays peut se développer. Le gouvernement a été créé depuis et cela aide au bon fonctionnement de l'île. Le pays peut prendre ses propres décisions et n'a pas de comptes à rendre à personne. Ce qui a été fait en terme de développement en 40 ans est impressionant, surtout que Maurice est une île, un petit point sur la mappemonde, éloigné de tout. Beaucoup de piliers économiques ont été mis en place. On a commencé avec l'agriculture et maintenant, on s'attaque à d'autres domaines comme le tourisme, le sea food hub, le secteur financier et les Integrated Resort Schemes. Donc, on peut dire qu'en 40 ans, on a fait beaucoup de progrès. Et Maurice doit être fière de ses expatriés puisqu'ils réussisent très bien à l'étranger. Je n'étais pas encore sur cette terre il y a 40 ans, mais je vois Maurice comme un pays où il fait bon vivre. Je me sens patriote à fond. Dommage que les immigrés mauriciens se sentent mauriciens que quand ils sont à l'étranger. Il y a un cruel manque de patriotisme dans l'île et je pense que les gens prennent leur nationalité comme un acquis sans importance."

Darry Koo, étudiant, 18 ans : "C'est grâce à l'indépendance que l'éducation est devenue gratuite et je pense que c'est un des points positifs de la société mauricienne. L'éducation est un des piliers d'un pays et avec cette mesure du gouvernement, tout le monde a la chance d'apprendre, mais il ya quelques anomalies dans le système qui est quelque peu discriminatoire. Les Mauriciens qui vont étudier à l'étranger doivent revenir au pays pour le servir honorablement. Si tous les cerveaux mauriciens s'en vont, comment le développement va se poursuivre ? Déjà là, on voit que le développement est lent et même si en 40 ans on a fait beaucoup des progrès, plus d'efforts sont nécessaires pour assurer un développement durable. Maurice a trop changé de piliers économiques. Avant, c'était la canne et maintenant, c'est le tourisme. Il faut stabiliser cette économie. Concernant le patriotisme, je pense, moi, que nous sommes tous des Mauriciens, peu importe la couleur ou la religion. Le slogan "ene sel péi, ene sel nation" reflète mon état d'esprit vis-à-vis de la chose. Le sport devrait être plus structuré, mais c'est un plaisir quand on entend son hymne national lors des événements sportifs. Le créole est aussi un symbole d'unité à part entière. Seulement, il faut aider son prochain qui est dans le besoin. Éliminer les tiraillements entre communautés. Il faudra aussi revoir le Law & Order. Il y a trop de violence. L'avenir peut être bien si on sait comment faire fonctionner le pays."

Nunraj Dhawal, collégien, 19 ans : "L'indépendance a permis aux Mauriciens d'avoir une nationalité. Il y a plusieurs religions ici. C'est pas dans tous les pays qu'on voit ça. Avant l'indépendance, on pouvait classer les gens d'après leur communauté. Maintenant, tout le monde est mauricien, même s'il y a toujours des tensions entre certains individus. On voit que le pays se développe bien avec le tourisme, le sea food hub. Les grands pays comme la Chine s'intéressent à nous, désormais. Le projet Tianli en est un exemple. D'ailleurs, ce projet va booster l'économie de l'île, en générant beaucoup d'emplois. Même les régions rurales sont en proie au développement. Mais, le gouvernement ne doit pas s'arrêter en si bon chemin. L'inflation est en hausse. Les prix sur les produits alimentaires flambent. Le système routier a été mal conçu et c'est un casse-tête pour entrer dans Port-Louis, ce qui entraîne des pertes considérables. Tout ceci peut être amélioré avec une meilleure organisation et plus de volonté de la part de la population. Beaucoup plus de considération est nécessaire concernant les toxicomanes, qui sont livrés à eux-mêmes. L'éducation est à revoir puisqu'un étudiant ne connaît que ce qui est dans son livre et rien d'autre. À bas les tabous ! Développer l'enfant intégralement avec le sport et une exposition aux mœurs. Le ministère de l'Éducation devrait introduire des écoles où le sport-études est pratiqué. Peut-être qu'on aura une population plus saine par la suite. Éliminer les leçons et ce "rat race" concernant l'éducation. La population en sortira gagnante avec une éducation équilibrée."