Les Mauriciens sont-ils fiers du chemin parcouru depuis la proclamation
de l'indépendance ? Quelle est la marche à suivre
pour raviver cette flamme patriotique ? Quelques personnes répondent
à cette question avec un regard pertinent sur la société
mauricienne.
Jerome Ladouceur, commercial chez Apple, 22 ans : "L'indépendance
pour moi signifie une association par rapport à la citoyenneté
d'un seul peuple, pour permettre au pays d'avancer et d'évoluer.
Le pays a réussi à se débrouiller seul, même
s'il a rencontré beaucoup de problèmes en cours
de route. Par rapport à beaucoup de pays, nous pouvons
nous identifier comme étant des Mauriciens et être
fiers d'avoir notre propre nationalité. On ne dépend
pas des grands pays d'Europe, ce qui n'est pas le cas pour l'île
de La Réunion qui est "spoon fed" par
la France. Ceci dit, l'indépendance n'a pas été
atteinte à 100% à Maurice. Beaucoup d'entre nous
quittent le pays pour aller vivre ailleurs. Ce qui entraîne
un certain manque de compétence au pays et pousse certaines
compagnies à employer des étrangers. Si vraiment,
on devait bénéficier de l'indépendance, je
pense qu'aujourd'hui, le gouvernement aurait donné plus
d'aide pour améliorer la vie des Mauriciens et aussi pour
que les gens restent à Maurice. L'indépendance est
une sorte d'illusion pour les gens d'une certaine classe sociale.
Certaines communautés sont laissées pour compte,
ce qui est dommage. "
Reena Sumputh, directrice d'entreprise, 28 ans : "40
ans d'indépendance, c'est quelque chose qu'il faut fêter
puisque c'est extrêmement important de célébrer
cet acte de liberté acquis par nos ancêtres. C'est
à partir de l'indépendance qu'un pays peut se développer.
Le gouvernement a été créé depuis
et cela aide au bon fonctionnement de l'île. Le pays peut
prendre ses propres décisions et n'a pas de comptes à
rendre à personne. Ce qui a été fait en terme
de développement en 40 ans est impressionant, surtout que
Maurice est une île, un petit point sur la mappemonde, éloigné
de tout. Beaucoup de piliers économiques ont été
mis en place. On a commencé avec l'agriculture et maintenant,
on s'attaque à d'autres domaines comme le tourisme, le
sea food hub, le secteur financier et les Integrated Resort Schemes.
Donc, on peut dire qu'en 40 ans, on a fait beaucoup de progrès.
Et Maurice doit être fière de ses expatriés
puisqu'ils réussisent très bien à l'étranger.
Je n'étais pas encore sur cette terre il y a 40 ans, mais
je vois Maurice comme un pays où il fait bon vivre. Je
me sens patriote à fond. Dommage que les immigrés
mauriciens se sentent mauriciens que quand ils sont à l'étranger.
Il y a un cruel manque de patriotisme dans l'île et je pense
que les gens prennent leur nationalité comme un acquis
sans importance."
Darry Koo, étudiant, 18 ans : "C'est grâce
à l'indépendance que l'éducation est devenue
gratuite et je pense que c'est un des points positifs de la société
mauricienne. L'éducation est un des piliers d'un pays et
avec cette mesure du gouvernement, tout le monde a la chance d'apprendre,
mais il ya quelques anomalies dans le système qui est quelque
peu discriminatoire. Les Mauriciens qui vont étudier à
l'étranger doivent revenir au pays pour le servir honorablement.
Si tous les cerveaux mauriciens s'en vont, comment le développement
va se poursuivre ? Déjà là, on voit que le
développement est lent et même si en 40 ans on a
fait beaucoup des progrès, plus d'efforts sont nécessaires
pour assurer un développement durable. Maurice a trop changé
de piliers économiques. Avant, c'était la canne
et maintenant, c'est le tourisme. Il faut stabiliser cette économie.
Concernant le patriotisme, je pense, moi, que nous sommes tous
des Mauriciens, peu importe la couleur ou la religion. Le slogan
"ene sel péi, ene sel nation" reflète
mon état d'esprit vis-à-vis de la chose. Le sport
devrait être plus structuré, mais c'est un plaisir
quand on entend son hymne national lors des événements
sportifs. Le créole est aussi un symbole d'unité
à part entière. Seulement, il faut aider son prochain
qui est dans le besoin. Éliminer les tiraillements entre
communautés. Il faudra aussi revoir le Law & Order.
Il y a trop de violence. L'avenir peut être bien si on sait
comment faire fonctionner le pays."
Nunraj Dhawal, collégien, 19 ans : "L'indépendance
a permis aux Mauriciens d'avoir une nationalité. Il y a
plusieurs religions ici. C'est pas dans tous les pays qu'on voit
ça. Avant l'indépendance, on pouvait classer les
gens d'après leur communauté. Maintenant, tout le
monde est mauricien, même s'il y a toujours des tensions
entre certains individus. On voit que le pays se développe
bien avec le tourisme, le sea food hub. Les grands pays
comme la Chine s'intéressent à nous, désormais.
Le projet Tianli en est un exemple. D'ailleurs, ce projet va booster
l'économie de l'île, en générant beaucoup
d'emplois. Même les régions rurales sont en proie
au développement. Mais, le gouvernement ne doit pas s'arrêter
en si bon chemin. L'inflation est en hausse. Les prix sur les
produits alimentaires flambent. Le système routier a été
mal conçu et c'est un casse-tête pour entrer dans
Port-Louis, ce qui entraîne des pertes considérables.
Tout ceci peut être amélioré avec une meilleure
organisation et plus de volonté de la part de la population.
Beaucoup plus de considération est nécessaire concernant
les toxicomanes, qui sont livrés à eux-mêmes.
L'éducation est à revoir puisqu'un étudiant
ne connaît que ce qui est dans son livre et rien d'autre.
À bas les tabous ! Développer l'enfant intégralement
avec le sport et une exposition aux murs. Le ministère
de l'Éducation devrait introduire des écoles où
le sport-études est pratiqué. Peut-être qu'on
aura une population plus saine par la suite. Éliminer les
leçons et ce "rat race" concernant l'éducation.
La population en sortira gagnante avec une éducation équilibrée."