Week-End/SCOPE

VENDREDI 14 MARS 2008 indépendance: l'inspiration de l'hymne expliquée


INDÉPENDANCE

L'inspiration de l'hymne expliquée

Gloire à la mère patrie ! (Inspiration de l'hymne national…) C'est avec ce livret, dont la publication est prévue ces jours-ci, que Jean-Georges Prosper et Philippe Gentil marquent le 40e anniversaire de l'Indépendance. Ils ont, par la même occasion, écrit et interprété une chanson en hommage à Sir Seewoosagur Ramgoolam.

Page après page, 40 ans après et malgré l'âge, le Dr Jean-Georges Prosper prend la peine de coucher sur papier ses souvenirs du Motherland. Pas ces interviews de presse données à chaque 12 mars, mais un petit livret, où avec la collaboration du compositeur Philippe Gentil, ils évoquent leurs inspirations de l'époque. "Chaque année nous faisons aux journaux, à la radio, à la télé, la même réponse sur l'essentiel et trop brièvement, hélas !" Jean-Georges Prosper explique ainsi ses motivations et dit, vouloir profiter du fait que l'auteur et le compositeur soient encore en vie, pour le faire.

Concours. L'intérêt pour la lutte politique du Parti Travailliste et des travailleurs pour gagner les élections et ainsi proposer l'accession à l'indépendance, est la première motivation. Pour rappel, le texte fut retenu lors d'un concours national. Jean-Georges Prosper raconte avoir reçu un appel de la MBC. Au bout du fil, Marie-Josée Baudot, déjà animatrice distinguée à l'époque qui l'annonce que ses paroles ont été retenues pour l'hyme national. "Troublé, abasourdi, je m'engouffre dans le véhicule de la MBC. Philippe Gentil s'y trouvait déjà."

Dans son livret, l'auteur explique, phrase après phrase, la signification qu'il a voulu y donner. "Glory to thee/Motherland o motherland of mine", est ainsi décryptée comme marquant l'honneur et la gloire du pays "d'abord, pour avoir gagné son indépendance en paix. Car d'autres pays ont dû faire la guerre pour cela."

Sweet is thy beauty et Sweet is thy fragrance évoquent la beauté de l'île, ses vertes campagnes, ses jolis paysages et ses odeurs agréables de grands champs de cannes, d'herbes et de plantes. Around thee we gather/As one people/As one nation se veut être un sentiment de fidélité à la patrie "La promesse de tous les mauriciens, mauriciennes, d'être comme unis autour du drapeau quadricolore", précise Jean-Georges Prosper.

Unité. Ce même sentiment d'unité, de paix, de respect de la différence et de liberté est exprimé dans la phrase suivante, à savoir, In peace justice and liberty. Et Maurice étant un pays où la pratique religieuse est très présente, c'est entre les mains de Dieu que l'auteur remet le destin de son pays. Les dernières phrases de l'hyme national se veulent ainsi être comme "une prière".

40 ans après ces inspirations sont toujours intactes. Jean-Georges Prosper reconnaît, toutefois, que "les sentiments, pensées, émotions, réactions qu'il inspire et suscite, doivent évoluer." L'auteur du Motherland estime qu'il est important de se rappeler, comme l'ont souligné certains dirigeants politiques, que "notre patrie ne doit pas seulement avoir une politique, elle doit avoir une âme" . Une mise en garde qui s'avère nécessaire, dans le contexte postmoderne de la mondialisation. Maurice, promue au rang élevé de centre financier régional, doit pouvoir relier l'économie au social et à l'environnement.

En même temps que le livret d'explications sur les inspirations du Motherland, Jean-Georges Prosper a écrit une chanson patriotique, aussi, un hommage à Sir Seewoosagur Ramgoolam. Ce texte, dit-il décrit ses inspirations d'aujourd'hui et vient donner une 2e dimension, un nouveau souffle, au Motherland. Gloire à la mère patrie… paraîtra aux éditions Le Printemps.


IL Y A 25 ANS… - L'hymne en mauricien

En 1983, une version en langue mauricienne de l'hymne national, avec les arrangements de Philippe Oh-San, avait été programmée pour la cérémonie officielle. Mais, celle-ci a été annulée quelques heures seulement avant la cérémonie. "Il y a eu une mauvaise interprétation, un faux procès de la phrase Enn sel lepep enn sel nation", se souvient Rama Poonoosamy, ministre de la culture d'alors et auteur du texte. En effet, "les adversaires politiques" en avaient vu là une tentative d'uniformiser les cultures et les religions. Rama Poonoosamy rappelle que la traduction en créole, donc en langue mauricienne, date de 1975. De l'époque où il était encore étudiant à l'Université de Maurice, et en présence de ses amis, Nikhil Treeboohun, Ahmad Jahangeer, ainsi que Rajiv et Naresh Servansingh. À cette période, rappelle-t-il, la revendication unitaire et le mauricianisme étaient très forts. "Malheureusement, dans l'histoire d'un pays, il y a des moments où cette tendance d'unité nationale domine, et d'autres où elle est frippée." 25 ans après l'expérience de 1983, Rama Poonoosamy est d'avis que 25 ans plus tard, beaucoup d'obstacles sont tombés par rapport à la langue nationale. "La moyenne et grande bourgeoisie se sont réconciliées avec la langue créole qui, pour moi, est le ciment de l'unité nationale. Tandis que dans la classe ouvrière et dans la petite bourgeoisie, cette relation s'est renforcie. Il y a très peu de préjugés."

Selon Rama Poonoosamy, si le Mauricien veut exprimer son patriotisme, il n'y a pas de meilleur façon de le faire qu'à travers sa langue. "Si, dans la vie de tous les jours, nous pouvons exprimer nos différents sentiments dans notre langue, pourquoi ne pouvons-nous pas en faire de même pour chanter notre pays ?"

Il ouvre une parenthèse pour dire qu'il n'est pas question ici de bannir l'utilisation de l'anglais. "J'ai toujours dit qu'il faut encourager l'utilisation de l'anglais qui, contrairement au français, n'a pas une bonne exposition, particulièrement dans les médias. Mais, il ne faut pas, non plus, ignorer le créole, qui est notre langue nationale."


Hommage à SSR

(extrait)

Ils sont venus du Gange

Ancêtres au cœur serré

Avec des rêves étrangers

De leurs sorts d'engagés

Ils ont atteint le sport

Et marché vers les campus

Au berceau d'un village

Est né avec le siècle

Celui qui de tout âge

Marqua ce 20e siècle