Week-End/SCOPE

VENDREDI 14 MARS 2008 indépendance: maurice par ses enfants d'ailleurs


INDÉPENDANCE

Maurice par ses enfants d'ailleurs

Dans le cadre des 40 ans d'indépendance du pays, Scope s'est intéressé à ceux qui choisirent d'immigrer en terre étrangère, alors que se dessinait pour Maurice un nouveau jour. Aujourd'hui, installés en Europe, au Canada et en Australie, ils nous expliquent les raisons de ce départ, une décision souvent motivée par un avenir incertain et l'espoir d'une vie meilleure sous d'autres cieux.

"C'est dans un climat de tension et de violence que Maurice a proclamé son indépendance le 12 mars 1968. Un sentiment d'incertitude avait envahi bon nombre de nos compatriotes. Je pense que c'est surtout pour cette raison que certains, dont moi-même, ont pensé que l'herbe serait plus verte ailleurs", raconte Edmond Lamarque, 64 ans, immigré en Australie depuis la fin des années 60.

Insécurité. Encore jeune à l'époque, Edmond Lamarque voit son avenir et celle de sa famille plutôt sombre. C'est ainsi qu'il mit le cap sur Sydney, abandonnant tout derrière lui, dans l'espoir de lendemains meilleurs. Comme lui, ils seront plusieurs milliers à prendre cette décision, le sentiment d'insécurité ne cessant alors de croître.

"À force d'avoir jeté de l'huile sur le feu du racisme, certains partis politiques ne contrôlaient plus leurs militants. Les affrontements communalistes avaient éclaté. Les journées d'émeutes firent des morts et des blessés. Des incendies ravageaient maisons et commerces. L'immigration vers l'Australie a surtout commencé avec les bouleversements au sein du Parti Mauricien", dit Edmond Lamarque. Les plus fortes années de l'immigration en Australie furent 1967, 68 et 69. En 1971, Victoria comptait le plus grand nombre d'immigrés mauriciens, soit 3 791 personnes.

Sylvio Larose a aussi été tenté par la vague migratoire, n'estimant pas prudent de rester à Maurice et jugeant qu'il avait plus de chance de réussir au Canada. Enseignant, il avait choisi cette terre adoptive. "Avec l'indépendance, le pays était en pleine mutation. La bagarre raciale de 1968 a déclenché en moi certaines appréhensions. C'est ainsi que j'ai décidé en 1969 de tenter ma chance au Canada", dit-il.

Opposition. Outre le sentiment d'insécurité, certains s'opposent catégoriquement à concevoir Maurice en pays indépendant. "Cela faisait un moment qu'on entendait parler d'indépendance et, à la maison, on étaient tous contre", relate Rita, qui estimait à l'époque que Maurice ne saurait être autonome, dépendant alors que de l'industrie sucrière. "Le sentiment chez ceux qui s'opposaient à l'indépendance était généralement le même : Maurice était finie. Tous doutaient des capacités du gouvernement à faire progresser le pays. Avant même que le pays n'accède à l'indépendance, je suis partie pour la Grande-Bretagne", dit-elle. Des années à travailler dans un hopîtal et à essayer chaque jour de se dire qu'elle avait pris la bonne décision, même quand certains jours, des doutes lui venaient à l'esprit. "Partie en 1966, je me suis rétrouvée seule dans un pays encore étranger jusqu'ici. Nous étions nombreux à partir en Angleterre à cette période. J'étais en train de fuir mon pays. J'étais un déserteur !"

Retour. Retraité et de retour définitivement après 37 ans, Sylvio Larose dit être surpris du parcours écomique qu'a connu le pays. "J'ai toujours été surpris par la capacité de Maurice de surmonter les plus grosses difficultés. Comme moi, nombreux sont ceux qui ont cru, en 1968, que Maurice ne s'en sortirait pas, mais c'est le contraire qui s'est produit." Notre homme dit, toutefois, n'avoir jamais oublié son pays, espérant au plus profond de lui venir y passer ses derniers jours. "Même quand je partais, je savais au fond de moi que je reviendrais un jour. Il m'arrivait là-bas de penser à ma famille, à mon pays. Toutes ces couleurs que mes yeux avaient gardées en mémoire."

Point-mort. Tous, cependant, ne sont pas prêts à envisager un retour définitif, considérant que Maurice a encore trop de chemin à faire en matière de gouvernance et de gestion de l'économie. "La situation économique en cours semble ne pas évoluer vers une issue quelconque. Il y a eu un semblant de progrès à un moment, mais, actuellement, il semblerait que le pays soit arrivé à un point-mort", affirme Edmond Lamarque sur un ton assez dur.

Sans doute a-t-il raison, à en juger par le nombre croissant de nos compatriotes qui continuent d'immigrer vers l'Australie ou le Canada. 40 ans après, on estime toujours que l'herbe est plus verte ailleurs…


Le SS Australis

C'est à bord de l'Australis, qu'un groupe de Mauriciens immigra vers Australie, le lendemain de l'indépendance, soit le 13 mars 1968. Le bateau, baptisé American Star au début, était un paquebot transatlantique, construit en 1939 pour la United States Lines. Vendu pour 1,5 million de dollars à la Okeania SA, une branche d'activité du groupe D&A Chandris. Le SS America a été rebaptisé SS Australis et a été reconstruit à Piräus en un paquebot mono classe pour 2 285 passagers. Le 20 août 1965 il effectuait son premier voyage, entre Piräus et Sydney, pour le compte d'une autre entreprise d'armement maritime. Et à partir du 16 octobre, il a fait un périple autour du monde, depuis Southampton vers l'Australie et la Nouvelle-Zélande en passant par la Méditerranée, puis vers le Mexique par le canal de Panama, et a refait escale aux Caraïbes avant de retourner finalement à Southampton. De 1969 à 1976, il navigua sous le pavillon de Panama, en transportant plus de passagers que n'importe quel autre liner.

En 1994, pris dans une tempête au large des Canaries, les liens de son remorqueur ne tinrent pas le coup et il s'échoua dans une baie sur la côte occidentale de Fuerteventura. Longtemps, la partie de la proue encore visible tenait lieu d'attraction touristique, mais l'épave est depuis mars 2007 presque entièrement sous l'eau. Le paquebot a également porté les noms de SS America, USS Westpoint, SS Italis et SS Alferdoss.


L'émigration sous un nouveau jour

72 Mauriciens se préparent ce mois-ci à quitter Maurice pour le Canada, suite à un partenariat entre l'International Organisation for Migration, l'Empowerment Programme, le ministère du Travail et le ministère des Finances. Employés sous un contrat renouvelable de deux ans, ces derniers seront affectés aux départements charcuterie et volaille.

Une 2e campagne de recrutement est en cours, toujours pour la destination canadienne.