Maurice fête cette année son 40e anniversaire, l'occasion
de peser les pour et les contre émanant de cet acquis.
Interrogés sur ce sujet, Benjamin Moutou (historien), Vishal
Ragoobur (économiste) et Jean-Claude Bibi (avocat) nous
brossent un portrait de Maurice post-indépendance.
À l'époque où Maurice militait pour obtenir
son indépendance, l'Angleterre était entré
dans une politique de décolonialisation. Cela rendait cette
démarche presque inévitable. Pour nos intervenants,
une île Maurice dépendante est tout simplement inimaginable.
"Il était hors de question que nous ne soyons pas
indépendants. C'est comme ci on se demandait qu'est ce
qui serait arrivé si on ne passait pas l'âge de puberté",
souligne Benjamin Moutou, historien. Propos approuvés par
Vishal Ragoobur, économiste à la Mauritius Employers'Federation,
qui soutient, "la question ne se pose pas, ça n'aurait
pas été possible." De son côté
Jean-Claude Bibi, avocat, exprime que l'indépendance est
un droit absolu et pas négociable, et que c'était
une question de principe tout en soutenant que cela n'implique
aucun désavantage.
Social. Voilà donc 40 ans que nous sommes indépendants
et les bénéfices sont légion selon nos intervenants.
"Je pense que l'indépendance a permis à
Maurice d'avoir une stabilité politique et sociale. Stabilité
sociale parce que, si on se compare à d'autres pays, on
n'a pas eu de conflits majeurs et pas de guerre", dit
Vishal Ragoobur. Benjamin Moutou ajoute "nous ne sommes
pas plus mal lotis et Maurice a effectué un parcours sans
trop de heurts." Qui plus est, Vishal Ragoobur fait ressortir
que cela a rendu possible une certaine liberté politique
et civile et a contribué à installer le droit d'expression.
De plus, il soutient que l'éducation et la santé
gratuite sont des preuves de notre progrès post-indépendance.
Économie. Un autre aspect qui a découlé
de l'indépendance est la liberté économique.
"Avec l'indépendance, on a su se débrouiller.
Ça a permis au secteur privé de se développer.
De part le monde entier, la croissance économique est driven
par le secteur privé. Et si on regarde le long terme on
a eu des politiques assez cohérentes. Et si nous n'étions
pas indépendants, nous aurions pu ne pas l'avoir",
dit Vishal Ragoobur. Et de poursuivre, "avant nous dépendions
d'une seule industrie, le sucre. C'était idéal pour
les Anglais. Quand on a eu l'indépendance, on a essayé
de diversifier. On a bougé vers d'autres marchés.
Quant aux Anglais ils auraient été more than happy
avec le sucre. Mais on ne sait pas comment ça aurait évolué.
Prenons l'exemple de La Réunion, ils sont peut-être
un peu plus riches mais en terme de développement économique,
nous sommes devant." Jean-Claude Bibi est lui d'avis
que notre structure économique "empêche une
grande majorité d'avoir accès aux richesses venant
de leur propre travail. Tous ceux qui produisent, doivent avoir
le pouvoir politique de déterminer comment on les distribuent."
Développements. Là où Maurice a faillit,
si l'on en croit Benjamin Moutou, c'est dans le développement
de beaucoup de nos ressources. "C'est honteux de voir
ce qu'on a fait de notre élevage à Maurice. De même,
notre agriculture doit être repensée complètement.
En Angleterre, quand vous visitez un supermarché, vous
constaterez que 5 à 10% seulement des produits ont été
importés. À Maurice, 95 % sont importés,
le reste est fait localement. Il nous faut utiliser nos ressources.
Il y a possibilité de développement et aujourd'hui
on ne peut pas dire que nous avons fait notre homework. La quantité
de conserverie à faire et que nous ne faisons pas est étonnante,
il y a des mangues qui pourrissent sur les arbres et nous importons
des mangues de l'Afrique du sud. Dans l'agro-industrie il y a
beaucoup de possibilités." De même, l'historien
déplore la non-exploitation des ressources marines dont
nous disposons. "Nous avons une vaste zone économique
marine et nous n'avons jamais investi dans des navires de pêche.
Nous devons faire attention avec nos acquis. Le pire pourrait
venir si nous n'apportons pas des corrections et le meilleur peut
encore venir si nous faisons de l'autocritique."
Lacunes. Ce qui pose problème, selon les intervenants,
c'est la mentalité qui s'est dégagée de l'obtention
de l'indépendance. "Les gens abusent de la démocratie.
Pour beaucoup, être indépendant signifie que nous
pouvons dire n'importe quoi sur n'importe qui et n'importe quand",
soutient Benjamin Moutou. Quant à Jean-Claude Bibi, il
est d'avis que notre constitution n'est pas la meilleure et qu'elle
doit être revue. "Le système électoral
est perverti, tout comme un bon nombre d'institutions."