Week-End/SCOPE

VENDREDI 14 MARS 2008 indépendance: les avantages de la liberté


INDÉPENDANCE

Les avantages de la liberté

Maurice fête cette année son 40e anniversaire, l'occasion de peser les pour et les contre émanant de cet acquis. Interrogés sur ce sujet, Benjamin Moutou (historien), Vishal Ragoobur (économiste) et Jean-Claude Bibi (avocat) nous brossent un portrait de Maurice post-indépendance.

À l'époque où Maurice militait pour obtenir son indépendance, l'Angleterre était entré dans une politique de décolonialisation. Cela rendait cette démarche presque inévitable. Pour nos intervenants, une île Maurice dépendante est tout simplement inimaginable. "Il était hors de question que nous ne soyons pas indépendants. C'est comme ci on se demandait qu'est ce qui serait arrivé si on ne passait pas l'âge de puberté", souligne Benjamin Moutou, historien. Propos approuvés par Vishal Ragoobur, économiste à la Mauritius Employers'Federation, qui soutient, "la question ne se pose pas, ça n'aurait pas été possible." De son côté Jean-Claude Bibi, avocat, exprime que l'indépendance est un droit absolu et pas négociable, et que c'était une question de principe tout en soutenant que cela n'implique aucun désavantage.

Social. Voilà donc 40 ans que nous sommes indépendants et les bénéfices sont légion selon nos intervenants. "Je pense que l'indépendance a permis à Maurice d'avoir une stabilité politique et sociale. Stabilité sociale parce que, si on se compare à d'autres pays, on n'a pas eu de conflits majeurs et pas de guerre", dit Vishal Ragoobur. Benjamin Moutou ajoute "nous ne sommes pas plus mal lotis et Maurice a effectué un parcours sans trop de heurts." Qui plus est, Vishal Ragoobur fait ressortir que cela a rendu possible une certaine liberté politique et civile et a contribué à installer le droit d'expression. De plus, il soutient que l'éducation et la santé gratuite sont des preuves de notre progrès post-indépendance.

Économie. Un autre aspect qui a découlé de l'indépendance est la liberté économique. "Avec l'indépendance, on a su se débrouiller. Ça a permis au secteur privé de se développer. De part le monde entier, la croissance économique est driven par le secteur privé. Et si on regarde le long terme on a eu des politiques assez cohérentes. Et si nous n'étions pas indépendants, nous aurions pu ne pas l'avoir", dit Vishal Ragoobur. Et de poursuivre, "avant nous dépendions d'une seule industrie, le sucre. C'était idéal pour les Anglais. Quand on a eu l'indépendance, on a essayé de diversifier. On a bougé vers d'autres marchés. Quant aux Anglais ils auraient été more than happy avec le sucre. Mais on ne sait pas comment ça aurait évolué. Prenons l'exemple de La Réunion, ils sont peut-être un peu plus riches mais en terme de développement économique, nous sommes devant." Jean-Claude Bibi est lui d'avis que notre structure économique "empêche une grande majorité d'avoir accès aux richesses venant de leur propre travail. Tous ceux qui produisent, doivent avoir le pouvoir politique de déterminer comment on les distribuent."

Développements. Là où Maurice a faillit, si l'on en croit Benjamin Moutou, c'est dans le développement de beaucoup de nos ressources. "C'est honteux de voir ce qu'on a fait de notre élevage à Maurice. De même, notre agriculture doit être repensée complètement. En Angleterre, quand vous visitez un supermarché, vous constaterez que 5 à 10% seulement des produits ont été importés. À Maurice, 95 % sont importés, le reste est fait localement. Il nous faut utiliser nos ressources. Il y a possibilité de développement et aujourd'hui on ne peut pas dire que nous avons fait notre homework. La quantité de conserverie à faire et que nous ne faisons pas est étonnante, il y a des mangues qui pourrissent sur les arbres et nous importons des mangues de l'Afrique du sud. Dans l'agro-industrie il y a beaucoup de possibilités." De même, l'historien déplore la non-exploitation des ressources marines dont nous disposons. "Nous avons une vaste zone économique marine et nous n'avons jamais investi dans des navires de pêche. Nous devons faire attention avec nos acquis. Le pire pourrait venir si nous n'apportons pas des corrections et le meilleur peut encore venir si nous faisons de l'autocritique."

Lacunes. Ce qui pose problème, selon les intervenants, c'est la mentalité qui s'est dégagée de l'obtention de l'indépendance. "Les gens abusent de la démocratie. Pour beaucoup, être indépendant signifie que nous pouvons dire n'importe quoi sur n'importe qui et n'importe quand", soutient Benjamin Moutou. Quant à Jean-Claude Bibi, il est d'avis que notre constitution n'est pas la meilleure et qu'elle doit être revue. "Le système électoral est perverti, tout comme un bon nombre d'institutions."


Room for improvement

Vishal Ragoobur explique que la bureaucratie à Maurice est perçue par beaucoup comme très lourde et que, conséquemment, cela freine le développement. "Il nous faut une réforme gouvernementale. Il y a toujours cette idée de corruption présente et on est pas très satisfaits des institutions publiques." De même, l'économiste estime que le marché du travail n'est pas suffisamment flexible. "Ce n'est pas facile pour une entreprise de licencier ou de recruter. À mon avis, on a un peu de retard sur ces sujets-là."