40 années de progrès économique ont fait
de Maurice une référence dans la région.
Parallèlement, nous avons assisté graduellement
à une dégradation au niveau social. Le Dr Ibhoo
Mansoor plonge dans ses souvenirs pour nous rappeler les valeurs
qui unissaient l'île Maurice d'antan, tandis que Manda Boolell
jette un regard critique sur le développement.
D'un ton calme, comme pour évoquer la sagesse, le Dr Ibhoo
Mansoor nous reçoit dans sa consultation à la rue
Desforges, connue de tous les malheureux en quête de réconfort.
D'emblée, il avance que nous avons toujours le choix :
de vivre dans l'unité et la paix ou de vivre dans le conflit.
Pour lui, les valeurs, ce sont les choses positives qui nous permettent
de vivre en paix et heureux. Malheureusement, fait-il ressortir
- et cela a été scientifiquement prouvé -,
inconsciemment, sur chaque 5 pensées, il y a 4 qui sont
négatives. "Il nous faut, donc, être très
vigilants. Dès que nous commençons à juger,
c'est le signal qu'il s'agit d'une pensée négative."
Tout comme cette mauvaise habitude de voir toujours ce qui
est mal. "On ne prend pas suffisamment de temps pour voir
ce qui est bien."
Solidarité. Les souvenirs de l'île Maurice
pré-indépendante du Dr Mansoor sont marqués
par l'élan de solidarité qui existait entre les
voisins. "Quand il y avait une mortalité dans une
famille, par exemple, tous les voisins contribuaient, apportaient
un demi-quart de thé ou de sucre pour la veillée
mortuaire. Cela, parce que les gens étaient pauvres. Dans
la pauvreté, il y avait la solidarité, la sympathie."
Si la solidarité est toujours présente, elle se
manifeste à un autre niveau, comme le témoignent
les différents exercices de collectes de dons dans le pays.
Mais, dans leur vie de tous les jours, les gens sont devenus plus
individualistes. "Aujourd'hui, les gens ont beaucoup d'argent.
Chacun veut garder sa position." C'est pour cela aussi,
dit le Dr Mansoor, qu'on monte les communautés l'une contre
l'autre. Chacun voulant préserver ses acquis. Faisant un
parallèle avec la question de ciblage, il souligne que
certains ont interprété que la communauté
hindoue était visée. Il interpelle également
sur le système éducatif : "La compétition
n'encourage pas le partage et la solidarité."
Développement. Jetant un regard sur les 40 dernières
années, Manda Boolell, présidente du MACOSS, est
d'avis que beaucoup d'accent a été mis sur l'économie
et pas suffisamment sur le social. Cela, à tous
les niveaux. Du côté du gouvernement et du secteur
privé, "on n'a pas pris le temps de voir les problèmes
qui allaient émerger avec le développement",
dit-elle. Le travail des ONG n'ont pas suffi pour contrer les
effets que nous ressentons aujourd'hui : violence, drogue, alcool,
libéralisation des murs, matérialisme
Mais, la plus grande valeur que nous ayons perdue au fil des années,
selon Manda Boolell, est la discipline. "C'est un des
grands maux du pays." Elle explique cela du fait que
beaucoup de Mauriciens cherchent toujours un processus pour contourner
la discipline, à tous les niveaux. "Vous avez un
problème avec une association, vous essayez de la ramener
à l'ordre. Elle vous menace d'aller voir plus haut et vous
recevez un appel de quelqu'un vous dictant la marche à
suivre. Il y a un problème avec un étudiant au collège,
c'est la même chose : les parents vont voir plus haut
"
Dans ce contexte précis, ajoute Manda Boolell, les
enfants perdent leurs repères.
École. Ainsi, pense-t-elle, la discipline est, sans
conteste, une des valeurs à retrouver et à transmettre
à nos enfants. Un travail qui passe inévitablement
par l'école. "Les ONG parlent, mais il faut de
l'action. L'école ne prépare pas les parents et
les enfants à réagir devant les difficultés,
ni à cultiver le sens critique." La présidente
du MACOSS soutient que le sens de la discipline engendrera le
respect, la tolérance et la solidarité.
Les valeurs à encourager dans notre société,
avance, pour sa part, le Dr Mansoor, sont la solidarité
et le partage. Il est d'avis que le ciblage est un pas dans ce
sens. Mais, prévient-il, 20% de la population sont très
pauvres et 20% sont très riches. 60% - soit la majorité
- sont de la classe moyenne. Il faut, donc, savoir où commence
le ciblage. "Un premier pas dans ce sens serait de hausser
le seuil du salaire taxable à Rs 25 000, comme annoncé
dans le manifeste électoral."
Parlant de la politique, le Dr Mansoor ajoute que le système
de best loser est venu fausser la notion qu'un député
doit servir tous les Mauriciens. Le communalisme, selon lui, ressemble
à l'histoire de la poule et de l'uf : "On
ne sait pas si, comme on le dit, ce sont les politiciens qui le
veulent ou si c'est le peuple qui en demande." Il constate
tout de même que l'indépendance a apporté
la liberté d'expression, permettant de discuter, de contester,
comme c'est le cas actuellement.