Week-End/SCOPE

VENDREDI 14 MARS 2008 indépendance: dans la presse


IL Y A 40 ANS

L'indépendance dans la presse

En 1968, c'était évidemment l'avénement de l'indépendance qui faisait les grands titres des journaux de l'époque. Scope s'est plongé dans les archives pour vous ramener ces quelques articles de presse publiés il y a 40 ans.

Advance du samedi 9 mars 1968: "Sir Seewoosagur Ramgoolam Architecte de la liberté"

Le 7 août 1967, le peuple de l'île Maurice s'est prononcé en faveur de l'indépendance et cette date entrera dans les annales de l'océan Indien. L'homme qui reçoit aujourd'hui la récompense de trente années d'efforts incessants pour conquérir la liberté et la souveraineté de son île natale, garde, le but atteint, toute la clairvoyance des jeunes années, un sens profond de l'humour et le dynamisme indispensable à tout créateur.

En ce matin du 12 mars 1968, peut-être cédera-t-il à la tentation de regarder en arrière. Dans une destinée exceptionnelle, c'est souvent dans l'enfance qu'a été pris le départ. Pour lui Sir Seewoosagur Ramgoolam, une histoire commence le 18 septembre 1900 à Belle-Rive, dans un petit village de huttes, cerné de banians séculaires, au milieu de champs de cannes traversées par un ruisseau, au pied des montagnes dont la couleur change suivant la course du soleil. C'est dans ce décor qu'il passe ses premières années, années de dur labeur…

Advance du samedi 9 mars 1968: Message du Premier Ministre

Aucune date n'est plus grande dans l'histoire de notre patrie bien-aimée que celle de ce 12 mars où, par la volonté de ses enfants, le drapeau de la liberté sera hissé au Champ de mars. Aujourd'hui, comme au lendemain des élections qui ont donné la victoire au Parti de l'Indépendance, nous affrmons que notre but primordial est de rendre notre pays plus grand et plus prospère.

C'est du plus profond du cœur que nous remercions tous ceux, hommes et femmes qui, pendant des années, nous ont aidés jour après jour sur la route difficile de la liberté. Et c'est avec fierté que nous saluons les hautes personnalités qui, venues des quatre coins du monde, se réjouiront avec nous de notre émancipation politique après tant d'années de lutte.

Je salue aussi, du plus profond de mon cœur, la mémoire de nos camarades Anquetil, Rozemont et Seeneevassen qui ne sont pas avec nous pour voir ce jour solennel de l'Indépendance. Libre, indépendante, décidée à travailler et à coopérer à la paix du monde et à sa prospérité, l'île Maurice assume enfin son vrai destin de peuple indépendant. À ses enfants, je fais le vœu de ne pas faillir à la grande tâche qui nous est aujourd'hui confiée.

Advance du samedi 9 mars 1968: Nous, les jeunes

Le 12 mars, l'île Maurice deviendra indépendante. Pour beaucoup de Mauriciens, il semble que le drapeau national hissé et la dernière salve tirée, la vie recommencera comme avant. Eh ! Bien non ! L'Indépendance, c'est cela, mais c'est aussi autre chose, surtout pour nous, les jeunes. Elle signifie à la fois l'abolition d'un passé odieux en même temps qu'un travail plus suivi, plus intense, une collaboration de tous les instants dans la joie et l'espoir.

D'abord, il faut que nous fassions en sorte que le préjugé racial, ce poison qui a fait tant de mal à notre pays et à d'autres, disparaisse à jamais de cette terre de beauté. Et c'est d'abord à nous, les jeunes, qu'il incombe de le faire disparaître. (…) Prenons la résolution dès aujourd'hui d'aller de maison en maison prêcher la bonne parole, apporter le baume de l'amitié…

José Patten

L'express du lundi 11 mars 1968: M. Anthony Greenwood : Alexandra est aussi déçue que vous

"Peu avant mon départ de Londres, la princesse Alexandra m'a confié qu'elle était extrêmement navrée de la décision du Gouvernement britannique et elle m'a prié de transmettre au peuple mauricien l'expression de sa vive déception." C'est ce qu'a déclaré samedi matin M. Anthony Greenwood, ministre britannique du logement et chef de la délégation de la Grande Bretagne, à sa descente d'avion à Plaisance.

Questionné au sujet de la décision du gouvernement de Londres d'annuler la visite de la princesse, M. Greenwood a ajouté : "Alexandra désirait vivement venir chez vous. Le gouvernement dont je fais partie avait toutefois espéré que l'état d'urgence aurait pu être levé avant son arrivée, mais comme cela s'était avéré impossible, l'annulation de cette visite a paru inévitable."

Cernéen du 9 mars 1968:Le message du pape

Message personnel de Sa Sainteté le pape Paul VI à l'occasion de l'indépendance de l'île Maurice.

Chers Fils,

Au moment où, unis à tous vos compatriotes, vous inaugurez dans la joie votre indépendance politique, nous désirons partager votre fierté, vous exprimer notre particulière affection, vous encourager avec une bienveillance paternelle et vous adresser les vœux fervents que nous formons pour vous et votre noble patrie.

N'est-il pas, en effet, dans le plan divin que chaque société ayant acquis la maturité nécessaire accède un jour à la responsabilité et prenne place dans le concert des nations ? Mais, voici que vous assumez vous-mêmes les choix de votre politique et des moyens de la réaliser. C'est assurément une heure grave de votre histoire, qui suscite à la fois fierté et appréhension : pour notre part, nous voulons y reconnaître une étape chargée de promesses.

Votre île, qui apparaissait à certains visiteurs comme, "l'étoile et la clef de la mer des Indes", est devenue le creuset où des civilisations européennes, africaines, asiatiques, ont été amenées à se rencontrer, à collaborer, pour créer une patrie nouvelle. (…)

Le Mauricien - Numéro commémoratif : 12-14 mars 1968 - La Cérémonie du Drapeau : Enthousiasme populaire et acclamations pour le premier ministre

Des dizaines de milliers de Mauriciens ont applaudi frénétiquement, mardi, lorsqu'au son de midi, le drapeau national a été hissé au haut du mât par l'inspecteur R. Palmyre, de la S.M.F. Une minute auparavant, l'Union Jack avait été abaissé par le lieutenant D. E Wenn, du H.M. S Mauritius.

Des centaines de personnes se dirigent vers le Champ de Mars dès le début de la matinée. Une heure avant la cérémonie, elles arrivent par milliers dans des autobus, des camions, des fourgons et des autos.

10 hres : Les invités arrivent en flot continu. On entend des acclamations : c'est l'auto IND 1 dans laquelle ont pris place le premier ministre et Lady Ramgoolam.

La garde d'honneur, composée des hommes de la Special Mobile Force, vient prendre pace au centre même de la carte géographique de Maurice, tracée sur la pelouse face aux tribunes.

10 hres 54 : Les défilés commencent. C'est la garde d'honneur qui passe, au son d'une marche militaire, devant la loge de leurs excellences.

Les musiciens de la Police font ensuite une parade qui est très applaudie. Le dragon et le loup chinois viennent danser devant la loge du gouverneur général. Une pétarade éclate.

Après une parade de musiciens militaires britanniques, deux hélicoptères du K.S.L. I se livrent, face à la loge du gouverneur général, à des numéros d'acrobatie qui tiennent la foule en haleine.

11 hres 57 : Le moment tant attendu par Sir Seewooagur et ses amis est arrivé. Lentement le gouverneur génénral, Sir John Shaw Rennie, et le premier ministre se dirigent vers la pelouse. Ils sont au pied du mât et font face à l'Union Jack.

11 hres 59 : Le drapeau britannique est abaissé tandis que l'orchestre de la Police et les musiciens britanniques exécutent le God save the Queen. S.S.R. est au garde à vous. Sir John fait le salut militaire.

Midi : Le drapeau mauricien est hissé au haut du mât. L'hymne national retentit. Les canons de la S.M.F. tirent une salve de 31 coups pour saluer cette accession.