En 1968, c'était évidemment l'avénement de
l'indépendance qui faisait les grands titres des journaux
de l'époque. Scope s'est plongé dans les archives
pour vous ramener ces quelques articles de presse publiés
il y a 40 ans.
Advance du samedi 9 mars 1968: "Sir Seewoosagur Ramgoolam
Architecte de la liberté"
Le 7 août 1967, le peuple de l'île Maurice s'est prononcé
en faveur de l'indépendance et cette date entrera dans
les annales de l'océan Indien. L'homme qui reçoit
aujourd'hui la récompense de trente années d'efforts
incessants pour conquérir la liberté et la souveraineté
de son île natale, garde, le but atteint, toute la clairvoyance
des jeunes années, un sens profond de l'humour et le dynamisme
indispensable à tout créateur.
En ce matin du 12 mars 1968, peut-être cédera-t-il
à la tentation de regarder en arrière. Dans une
destinée exceptionnelle, c'est souvent dans l'enfance qu'a
été pris le départ. Pour lui Sir Seewoosagur
Ramgoolam, une histoire commence le 18 septembre 1900 à
Belle-Rive, dans un petit village de huttes, cerné de banians
séculaires, au milieu de champs de cannes traversées
par un ruisseau, au pied des montagnes dont la couleur change
suivant la course du soleil. C'est dans ce décor qu'il
passe ses premières années, années de dur
labeur
Advance du samedi 9 mars 1968: Message du Premier Ministre
Aucune date n'est plus grande dans l'histoire de notre patrie
bien-aimée que celle de ce 12 mars où, par la volonté
de ses enfants, le drapeau de la liberté sera hissé
au Champ de mars. Aujourd'hui, comme au lendemain des élections
qui ont donné la victoire au Parti de l'Indépendance,
nous affrmons que notre but primordial est de rendre notre pays
plus grand et plus prospère.
C'est du plus profond du cur que nous remercions tous ceux,
hommes et femmes qui, pendant des années, nous ont aidés
jour après jour sur la route difficile de la liberté.
Et c'est avec fierté que nous saluons les hautes personnalités
qui, venues des quatre coins du monde, se réjouiront avec
nous de notre émancipation politique après tant
d'années de lutte.
Je salue aussi, du plus profond de mon cur, la mémoire
de nos camarades Anquetil, Rozemont et Seeneevassen qui ne sont
pas avec nous pour voir ce jour solennel de l'Indépendance.
Libre, indépendante, décidée à travailler
et à coopérer à la paix du monde et à
sa prospérité, l'île Maurice assume enfin
son vrai destin de peuple indépendant. À ses enfants,
je fais le vu de ne pas faillir à la grande tâche
qui nous est aujourd'hui confiée.
Advance du samedi 9 mars 1968: Nous, les jeunes
Le 12 mars, l'île Maurice deviendra indépendante.
Pour beaucoup de Mauriciens, il semble que le drapeau national
hissé et la dernière salve tirée, la vie
recommencera comme avant. Eh ! Bien non ! L'Indépendance,
c'est cela, mais c'est aussi autre chose, surtout pour nous, les
jeunes. Elle signifie à la fois l'abolition d'un passé
odieux en même temps qu'un travail plus suivi, plus intense,
une collaboration de tous les instants dans la joie et l'espoir.
D'abord, il faut que nous fassions en sorte que le préjugé
racial, ce poison qui a fait tant de mal à notre pays et
à d'autres, disparaisse à jamais de cette terre
de beauté. Et c'est d'abord à nous, les jeunes,
qu'il incombe de le faire disparaître. (
) Prenons
la résolution dès aujourd'hui d'aller de maison
en maison prêcher la bonne parole, apporter le baume de
l'amitié
José Patten
L'express du lundi 11 mars 1968: M. Anthony Greenwood : Alexandra
est aussi déçue que vous
"Peu avant mon départ de Londres, la princesse
Alexandra m'a confié qu'elle était extrêmement
navrée de la décision du Gouvernement britannique
et elle m'a prié de transmettre au peuple mauricien l'expression
de sa vive déception." C'est ce qu'a déclaré
samedi matin M. Anthony Greenwood, ministre britannique du logement
et chef de la délégation de la Grande Bretagne,
à sa descente d'avion à Plaisance.
Questionné au sujet de la décision du gouvernement
de Londres d'annuler la visite de la princesse, M. Greenwood a
ajouté : "Alexandra désirait vivement venir
chez vous. Le gouvernement dont je fais partie avait toutefois
espéré que l'état d'urgence aurait pu être
levé avant son arrivée, mais comme cela s'était
avéré impossible, l'annulation de cette visite a
paru inévitable."
Cernéen du 9 mars 1968:Le message du pape
Message personnel de Sa Sainteté le pape Paul VI à
l'occasion de l'indépendance de l'île Maurice.
Chers Fils,
Au moment où, unis à tous vos compatriotes, vous
inaugurez dans la joie votre indépendance politique, nous
désirons partager votre fierté, vous exprimer notre
particulière affection, vous encourager avec une bienveillance
paternelle et vous adresser les vux fervents que nous formons
pour vous et votre noble patrie.
N'est-il pas, en effet, dans le plan divin que chaque société
ayant acquis la maturité nécessaire accède
un jour à la responsabilité et prenne place dans
le concert des nations ? Mais, voici que vous assumez vous-mêmes
les choix de votre politique et des moyens de la réaliser.
C'est assurément une heure grave de votre histoire, qui
suscite à la fois fierté et appréhension
: pour notre part, nous voulons y reconnaître une étape
chargée de promesses.
Votre île, qui apparaissait à certains visiteurs
comme, "l'étoile et la clef de la mer des Indes",
est devenue le creuset où des civilisations européennes,
africaines, asiatiques, ont été amenées à
se rencontrer, à collaborer, pour créer une patrie
nouvelle. (
)
Le Mauricien - Numéro commémoratif : 12-14 mars
1968 - La Cérémonie du Drapeau : Enthousiasme populaire
et acclamations pour le premier ministre
Des dizaines de milliers de Mauriciens ont applaudi frénétiquement,
mardi, lorsqu'au son de midi, le drapeau national a été
hissé au haut du mât par l'inspecteur R. Palmyre,
de la S.M.F. Une minute auparavant, l'Union Jack avait
été abaissé par le lieutenant D. E Wenn,
du H.M. S Mauritius.
Des centaines de personnes se dirigent vers le Champ de Mars dès
le début de la matinée. Une heure avant la cérémonie,
elles arrivent par milliers dans des autobus, des camions, des
fourgons et des autos.
10 hres : Les invités arrivent en flot continu. On entend
des acclamations : c'est l'auto IND 1 dans laquelle ont pris place
le premier ministre et Lady Ramgoolam.
La garde d'honneur, composée des hommes de la Special
Mobile Force, vient prendre pace au centre même de la
carte géographique de Maurice, tracée sur la pelouse
face aux tribunes.
10 hres 54 : Les défilés commencent. C'est la garde
d'honneur qui passe, au son d'une marche militaire, devant la
loge de leurs excellences.
Les musiciens de la Police font ensuite une parade qui est très
applaudie. Le dragon et le loup chinois viennent danser devant
la loge du gouverneur général. Une pétarade
éclate.
Après une parade de musiciens militaires britanniques,
deux hélicoptères du K.S.L. I se livrent,
face à la loge du gouverneur général, à
des numéros d'acrobatie qui tiennent la foule en haleine.
11 hres 57 : Le moment tant attendu par Sir Seewooagur et ses
amis est arrivé. Lentement le gouverneur génénral,
Sir John Shaw Rennie, et le premier ministre se dirigent vers
la pelouse. Ils sont au pied du mât et font face à
l'Union Jack.
11 hres 59 : Le drapeau britannique est abaissé tandis
que l'orchestre de la Police et les musiciens britanniques exécutent
le God save the Queen. S.S.R. est au garde à vous.
Sir John fait le salut militaire.
Midi : Le drapeau mauricien est hissé au haut du mât.
L'hymne national retentit. Les canons de la S.M.F. tirent
une salve de 31 coups pour saluer cette accession.