Week-End/SCOPE

VENDREDI & MARS 2008 marionnettisme


REPORTAGE : MARIONNETTISME

Un art méconnu

Souvenirs des personnages de Pat Marimootoo, Titen, Ti Rolo et autres vedettes de la télévision des années 70-80. Si, voilà quelques années, Hans Ramduth nous a fait revivre ce bonheur avec une émission semblable, l'aventure a été éphémère. Pourtant, le marionnettisme est un art qui demande à être mieux connu et apprécié.

Des jeunes adultes émerveillés comme des enfants… la classe d'animation du département Fine Arts du MGI change subitement d'atmosphère. Juchée sur la main de Hans Ramduth, son créateur, Cosette, fait son entrée dans la salle. Avec sa robe rose et ses cheveux bouclés, il faut dire qu'elle ne manque pas d'allure. "Je vous l'avais promis, je l'ai emmenée", dit le professeur. Ce personnage fait partie d'une série de marionnettes réalisées par Hans Ramduth et son épouse, pour une émission de télévision, Tizan rakont zistwar, diffusée en juillet 2005. Un grand succès auprès des enfants et une cascade de souvenirs pour les adultes… Car déjà, dans les années 70-80, le couple Pat et Ghian Marimootoo avait fait une émission semblable.

Avantages. Qu'il s'agisse de Cosette, de Dadi ou de Tizan, les personnages de Hans Ramduth sont venus nous rappeler que le marionnettisme est un art méconnu et qui se perd. "Cela aurait dû être enseigné au département Arts dans les collèges." S'il parle en ces termes, c'est parce que Hans Ramduth reconnaît les multiples avantages associés à la pratique de cet art. "C'est un formidable outil pédagogique pour les petits comme les grands. À Maurice, il y a trop de talk and chalk et nous perdons ainsi, beaucoup d'aspects de l'éducation elle-même."

Plus que cela, manier une marionnette permet de développer sa propre personnalité. "La marionnette agit comme une transition pour les gens qui n'osent pas parler. Ils s'expriment à travers le personnage. C'est un bon moyen de casser la timidité."

Talents. Mais n'est pas marionnettiste qui veut. Fabriquer une marionnette est une chose et la manier, est une autre chose. Marionnette à gaine, ou à fils, il faut connaître les techniques, mais "cela demande aussi un talent supplémentaire. Il faut savoir travailler la voix, l'intonation etc…" Hans Ramduth regrette ainsi, que nous n'ayons pas à Maurice, des spectacles de marionnettes, comme ceux que nous présentent les troupes étrangères, de temps à autres. Il fait ressortir que l'absence de cet art à Maurice relève aussi d'une question culturelle. "Dans certains pays, particulièrement ceux de l'Europe de l'est, cette pratique est ancrée dans leur culture. Ce qui n'est pas le cas pour nous."

Pour combler ce vide, Hans Ramduth compte transmettre ses connaissances en la matière à ses élèves de la classe d'animation. Ceux-ci travaillent, en ce moment sur une histoire animée, avec des personnages en pâte à modeler. La création de marionnettes s'inscrit comme une suite logique à ce travail. Hans Ramduth souhaite y parvenir, dans le courant de l'année.

Pédagogique. Ailleurs, au centre de l'OMEP (Organisation Mondiale pour l'Education Préscolaire) à Curepipe, la fabrication et l'utilisation des marionnettes est un module à part entière proposé aux stagiaires. Il ne s'agit pas ici d'une fabrication professionnelle, à base de papier mâché, colle… comme c'est le cas pour Hans Ramduth, mais le plus souvent de matériel de récupération. Le plus important est d'en faire un outil pédagogique efficace. Maryline Roussel et Francess Nanette ont été formées à cette méthode, et s'en servent auprès des enfants de l'école Le Petit Poucet. "Dès le premier jour de classe, la marionnette entre en jeu. Elle est là pour accueillir les enfants et calmer leurs pleurs." Les différents personnages intègrent toutes les activités de l'école, que ce soit pour raconter une histoire, apprendre les couleurs ou les parties du corps…

Huguette Rousseau anime les cours sur la fabrication et l'utilisation des marionnettes en milieu scolaire. Une boule de papier journal fixée sur un bâton qu'elle recouvrira de tissus par la suite, avant de donner les traits et l'habiller… le tour est joué. La magie de l'animation fera le reste. Comme le témoigne cette adaptation de la Petite poule rousse que les enfants de l'école La Coccinnelle prennent plaisir à regarder. Dans la classe, l'apprentissage à l'aide d'une marionnette "donne du plaisir à l'enfant", souligne-t-elle. Que ce soit pour apprendre le vocabulaire, pour inculquer les règles de disciplines, pour consoler un enfant qui pleure ou pour faire passer un message, par exemple, comment utiliser convenablement les toilettes. "Avec la marionnette, les enfants assimilent mieux."


RADA VALAYDEN : "Un art thérapeutique"

Si l'école La Coccinnelle est connue pour ses spectacles, c'est parce que cette notion est intégrée dans sa pédagogie. "J'ai toujours utilisé les marionnettes dans ma pédagogie. C'est un puissant outil pour développer le langage à la fois chez les enfants. Mais c'est aussi un art thérapeutique, surtout là où il y a un blocage au niveau de la communication." La directrice de La Coccinelle cite l'exemple d'un enfant, qui n'avait jamais parlé en classe, mais qui un jour, s'est mis à parler à sa marionnette. "Cela nous démontre en même temps, nos limites, en tant qu'adulte." Rada Valayden ajoute que la marionnette stimule l'imaginaire de l'enfant et l'aide à développer sa créativité.