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VENDREDI & MARS 2008
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jeunes
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JEUNES : REPORTAGE
Tchat'ons hip hop
La vague hip-hop a touché Maurice. Plus qu'une mode, ses
adeptes parlent de philosophie et de culture : celle de la rue.
Elle ne s'arrête pas avec la musique, mais englobe d'autres
disciplines, dont le graffiti, la tenue vestimentaire
La
rue a aussi son langage, ses codes. Pour nous guider dans les
méandres de cette faune urbaine les North Side Zoo, diplômés
de la Street Academy, deviennent nos guides.
Grand-Baie, capitale du tourisme et du luxe. C'est dans une ruelle
poussiéreuse non loin de la plage publique, que Skom, Fanatic,
Bizaroïd, Demental Pyroman et les autres membres de North
Side Zoo se rencontrent régulièrement, pour partager
leur passion du hip-hop, et conter sur les murs, à coups
de bombes aérosols, l'ambiance des cités et leur
dure réalité.
Philosophie. Mouvement artistique apparu aux États-Unis
avant de déferler de par le monde entier, le hip-hop est
issu des ghettos new-yorkais. Pour ces jeunes, au style casquette
et jean trop large, le hip-hop est avant tout un moyen de délivrer
un message. "Le hip-hop est pour nous une porte de sortie
face à la violence des quartiers, l'alcool et la drogue.
Le hip-hop est une culture pacifiste qui prône la paix,
l'amour, le respect d'autrui et le dépassement de soi",
explique Fanatic. En effet, il existe un élément
implicite, contenu dans la pratique du hip-hop : le dépassement
de soi. Que ce soit dans la danse, le graffiti ou la musique,
l'exécutant est invité à s'améliorer
pour obtenir chaque fois un résultat meilleur, plus satisfaisant,
et repousser ses propres limites chaque fois plus loin. Le hip-hop
signifie donc progresser d'un point de vue créatif, mais
aussi social.
Energie. "Le hip-hop est la seule musique qui raconte
la réalité des cités. C'est l'énergie
du quartier", confie Skom, le graffeur du groupe. Une
énergie que ses adhérents tentent de canaliser au
profit d'une expression artistique, mélangeant aspects
festifs et revendicatifs. Le hip-hop c'est aussi ce sentiment
de liberté que ressentent les adeptes. Rien n'est bon ou
mauvais quand il s'agit de s'exprimer, l'importance est de donner
libre cours à ses envies, comme le dit si bien Bizaroïd.
"Dans le hip-hop, chacun fait ce qui lui plaît à
la manière qu'il veut. C'est la libre expression qui est
prônée."
Culture. Hip-hop rime également avec code vestimentaire
et street-language, l'utilisation de code et du verlan,
forme de jargon qui consiste à inverser les syllabes d'un
mot. Quartier deviendra alors, le tierquar. Demental Pyroman
soutient pour sa part, avoir grandi dans cette culture. "Pour
moi, le séga n'est pas ma culture. Je me sens beaucoup
plus proche de la culture hip-hop, culture à laquelle je
m'identifie plus facilement." Une culture qui malheureusement
subit beaucoup de préjugés, souvent associée
à la délinquance, à la racaille. Même
s'ils ont su s'imposer à Grand-Baie, les membres de North
Side Zoo déplorent l'attitude critique de certains. "On
nous juge par rapport à notre façon de nous habiller,
de parler
mais sans le hip-hop, les gens ne sauraient pas
ce qui se passe dans les ghettos. Les idées préconçues
autour du hip-hop relèvent d'avantage de l'ignorance."
Pas qu'une affaire de mecs, le hip-hop passionne aussi les filles,
à l'instar de Karina Marie, danseuse au sein du groupe.
"Je pratique la culture hip-hop parce-que je me sens à
l'aise avec la philosophie qu'il exhorte. On n'est pas beaucoup
de filles à le pratiquer à Maurice, mais ça
viendra."
Contexte local. À Maurice, le hip-hop est surtout
considéré comme une danse. Une danse très
pratiqué certes, mais sont peu nombreux ceux qui comme
les North Side Zoo, considèrent le hip-hop comme un mode
de vie. "On ne souhaite pas être qu'un groupe de
hip-hop. Notre but est de faire connaître l'ensemble de
la culture hip-hop aux mauriciens. Beaucoup de jeunes s'habillent
hip-hop sans forcément avoir à coeur la culture
hip-hop", explique Fanatic, optimiste quant à
la reconnaissance de cette expression artistique à Maurice
dans un futur proche. Leur souhait : que le hip-hop puisse dépasser
le coté vestimentaire et soit avant tout un moyen de se
développer.
Le graff, signe de révolte
Phénomène omniprésent dans le paysage urbain,
le graffiti permet au grapheur de marquer son empreinte et de
s'approprier son environnement, en réalisant à la
bombe de peinture des lettrages complexes ou des représentations
de personnages. Sa pratique nécessite adresse et entraînement
et constitue une véritable technique artistique. Skom,
le seul graffeur de North Side Zoo, explique : "Le graffiti
demande beaucoup de pratique. Tout comme la musique hip hop est
porteur d'un message. On parle de la misère. Et dans tous
les ghettos du monde, c'est la même misère."
Le graff est un signe de révolte. Il faut distinguer graff
et tag. Le tag étant une simple signature qui peut être
soit associée à un graff. Il s'agit simplement d'une
écriture, le plus souvent un pseudonyme, stylisée.
L'Origine du mot hip-hop
Il pourrait signifier selon certains le fait d 'évoluer
grâce à l'intelligence (hip signifiant en
argot américain l'intelligence dans le sens de débrouillardise
et hop étant l'onomatopée du saut). Le terme
hip-hop aurait été trouvé par DJ Luv Bug
Starski qui l'utilisait souvent dans ses rimes.