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VENDREDI & MARS 2008
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classe moyenne
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SOCIÉTÉ : CLASSE MOYENNE
Entre extravagances et sacrifices
Ils ne sont pas pauvres. La majorité d'entre eux ont une
voiture, une maison, leurs enfants sont suivis par des pédiatres
particuliers et fréquentent des écoles privées
Pourtant, on n'arrête pas de parler des difficultés
de la classe moyenne, allant des syndicalistes, au Premier ministre.
Enseignants, infirmiers, employés de bureau, fonctionnaires
on trouve parmi la classe moyenne, une panoplie de "white
collar jobs". Autrefois, rien que l'évocation
de ces métiers auraient fait rêver de nombreux jeunes,
mais aujourd'hui, le salaire d'un citoyen de la classe moyenne
est loin d'être alléchant. "La majorité
des personnes de la classe moyenne touchent dans la fourchette
de Rs 10 000 à Rs 30 000", indique l'économiste
Éric Ng.
Ainsi retrouve-t-on, aujourd'hui, beaucoup d'employés poursuivant
des études en parallèle, dans le but d'obtenir une
promotion, ou un emploi plus rémunérateur. C'est
le cas de Rajiv, sapeur pompier de Plaine des Papayes, dont le
salaire actuel est de Rs 12 000. "Avec un tel revenu,
on n'est pas à l'aise. Je fais des études tertiaires
à l'université de Maurice juste pour avoir une promotion
et plus de sous pour ma famille", dit-il.
Basic needs. Ce dernier, dont la femme ne
travaille pas, a également à sa charge, la famille
de son frère aîné, au chômage, vivant
sous le même toit. De son budget, Rs 2 500 sont consacrées
à sa fille de 8 ans, pour ses études et autres besoins
quotidiens. Les dépenses alimentaires représentent
presque le quart du budget pour sa famille de trois personnes.
"Et on constate que les produits alimentaires deviennent
de plus en plus chers. Mais ceux sont les basic needs.
On ne peut pas faire des sacrifices concernant les produits alimentaires".
L'augmentation des prix, est la principale cause de l'"appauvrissement"
de la classe moyenne, selon la syndicaliste Jane Ragoo. Elle cite
le cas d'une famille, qui, dans le passé en allant faire
les provisions, donnait un panier à chacun de leurs deux
enfants, afin qu'ils choisissent les produits qu'ils veulent.
"Aujourd'hui, non seulement ils ne laissent plus les enfants
choisir, mais les parents confient qu'ils doivent consulter
les promotions avant de décider où ils feront leurs
provisions." Ceux qui touchent dans la fourchette de
Rs 8 000 à Rs 25 000 sont les plus concernés par
de telles situations, selon elle.
La différence entre les citoyens pauvres et ceux de la
classe moyenne, indique la syndicaliste, c'est que, parmi ces
derniers, on retrouve des personnes qui ont un certain niveau
d'éducation ; donc, ils savent protester et faire entendre
leurs voix. Ce qui n'est pas le cas pour les plus pauvres qui,
eux, doivent subir en silence.
Folie. On trouve aussi parmi la classe moyenne, les extravagants,
ceux qui vivent au-dessus de leurs moyens et qui n'hésitent
pas, par exemple, à contracter de gros emprunts pour acheter
une voiture dernier cri ou s'offrir le dernier écran LCD.
Mais pour la grande majorité, la préoccupation majeure
reste l'éducation des enfants. Comme le témoigne
Jean-Pascal, infirmier habitant Vacoas. Son salaire (Rs 10 000)
sert principalement à rembourser le prêt pour la
construction de la maison. Pour le reste, il doit compter sur
celui de son épouse. "Les dépenses pour
l'éducation sont prioritaires dans le budget de ma famille.
Je peux pas négliger mes enfants, car l'éducation
c'est l'avenir." Ajouté à cela, il y a
les dépenses médicales, sans compter qu'il faut
parfois faire plaisir aux enfants en les emmenant au restaurant
ou au cinéma. "On ne peut pas non plus négliger
les loisirs. Mes enfants sont petits et ils ont besoin de s'amuser.
Ils ne peuvent pas comprendre la situation familiale et on n'arrive
même pas à les refuser parfois."
Ailleurs. Jean-Pascal ajoute que, si il était célibataire,
il envisagerait d'immigrer, mais avec les enfants c'est un peu
difficile. Il voit l'avenir de ses progénitures sombre
et estime que "les enfants qui sont considérés
comme l'avenir du pays auront beaucoup à sacrifier pour
leur futur."
D'autres préfèrent prendre les risques, avec les
enfants, d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs. L'avenir
des enfants demeure la principale motivation. Lorsque ce n'est
pas toute la famille qui immigre, on fait de son mieux pour envoyer
les enfants étudier à l'étranger avec les
consignes d'y rester, si l'opportunité se présente.
"Les parents de la classe moyenne, qui, eux-mêmes
ont un certain niveau d'éducation, veulent que leurs enfants
aillent plus loin. Certains s'endettent pour envoyer leurs enfants
étudier à l'étranger, toujours dans le but
d'avoir un avenir meilleur" fait ressortir Jane Ragoo.
Enjeux politiques
Le fait que le Premier ministre vienne prendre position en faveur
de la classe moyenne sur la question de ciblage n'est pas tout
à fait anodin, selon la syndicaliste Jane Ragoo. Elle fait
ressortir que la classe moyenne représente une certaine
majorité et qu'il y a des enjeux politiques à considérer.
"La classe moyenne leur fait gagner les élections
et je crois qu'ils commencent à prendre conscience de cela."
30% du budget à l'alimentation
Selon le Household Budget Survey, pour la période
2006-2007, la moyenne en matière de salaire mensuel d'un
Mauricien tourne autour de Rs 19 000. Le budget familial est de
Rs 15 000 en moyenne. 30% de cette somme est consacrée
à l'alimentation et aux boissons non alcoolisées.
Suivent dans l'ordre : transport (15,2%) ; location, eau, électricité,
gaz etc (9,8%) ; boissons alcoolisées et cigarettes (9,5%).
Durant cette même période, le budget consacré
à l'éducation a connu une hausse de 87% et celui
de la communication, 58%. Boissons alcoolisées et cigarettes
ont, elles, enregistré une hausse de 48%. En revanche,
une baisse a été notée dans l'achat des meubles
et appareils électroménagers.
Comparé à la période 2001-2002, les revenus
d'un Mauricien au bas de l'échelle a chuté par 6,4%,
tandis que ceux se situant au sommet ont enregistré une
augmentation de 20%. Le nombre de foyers pauvres, est passé
de 23 700 en 2001-2002 à 26 900 en 2006-2007. Le poverty
line est placée à Rs 3 818.