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VENDREDI & MARS 2008
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à la une
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INTERVIEW : GÉRARD LOUIS
"Je n'ai pas appris la musique pour rien"
Après Pourtan tou rekomansé, le producteur-arrangeur
remonte à la charge avec Si to kapav vini
Un
opus résolument festif de 9 titres. L'auteur-compositeur
y raconte son enfance passée dans une chaumière
à Tranquebar. Et n'oublie pas un cher disparu
En
attendant la sortie, prévue pour le 14 mars, le grand Gérard
Louis répond à nos questions et nous livre le secret
du son qui lui est si caractéristique.
Gérard Louis, votre 2e album solo s'intitule Si to
kapav vini
Quel est le sens de ce titre ?
C'est aussi le titre de la chanson-phare de l'album. Sur ce morceau,
je raconte l'histoire d'une fille qui aime danser et qui lance
un défi à d'autres personnes d'essayer de danser
avec elle. En sous-titre, il y est écrit Bambolé,
qui est une chanson invitant toujours à faire la fête
sur des airs festifs.
Sur un autre morceau, je raconte une partie de mon enfance passée
dans une case en paille à Tranquebar. Une maison au sol
maçonné de bouse de vache. On faisait cuire à
manger dans un foyer à l'extérieur. Je me rappelle
cette fumée qui monte quand le bois est trempé après
une averse
Ce sont des choses que j'ai connues et que je
raconte.
Des souvenirs personnels présents sur votre album ?
Je crois que le moment le plus poignant est cet hommage que je
rends à Sylvio Ravina dans une chanson que j'ai composée
pour lui. Sylvio était le premier à avoir révolutionné
la musique mauricienne à travers l'harmonica
notamment au sein de Cassiya.
Je l'ai invité à jouer sur Marlène.
Avant, nous avions travaillé ensemble dans un hôtel
du Nord. Il était alors mon chef de groupe. Deux ans après
sa mort, je lui rends un hommage, chanté en compagnie des
artistes qui l'ont côtoyé : Sandra Mayotte, Natty
Jah, Désiré François, Alain Ramanissum, Maïsta,
Bruno Malcolm, Meera Mohun et Edward Doyal.
Quelle est la part de Gérard Louis dans cet hommage
?
Je suis l'auteur-compositeur et arrangeur de Nou pa pou blié
toi. Je ne me suis pas mis de l'avant dans ce morceau. Comme
tous les chanteurs participant à ce titre, je ne chante
que des petites mesures. Je conclus, cependant, la chanson. Le
clip est déjà prêt.
Ce départ vous a beaucoup touché
Quand il y a eu une cassure entre Cassiya et moi, certains musiciens
ont continué avec le groupe et d'autres sont venus avec
moi. Sylvio était de ceux-là. La reconnaissance
est très importante à mes yeux.
Revenons à Si to kapav vini
quelle est
sa couleur musicale ?
C'est un album qui reflète le son Gérard Louis.
Mon premier solo était un peu nostalgique, à l'exception
de la chanson-titre qui était festive. Or, mon 2e album
est à 90% festif. Le morceau-titre Si to kapav vini
a un rythme malgache, mais la langue est mauricienne. Le reste
est du séga ambiance. J'ai aussi fait une reprise de la
Rivière Tanier de la défunte Rosemay Nelson.
La nostalgie semble très présente chez vous
Je suis né dans une case en paille le soir. Ça a,
d'ailleurs, donné le morceau Né asoir. Je
repense souvent aux choses liées à cette période
de ma vie, dont La Rivière Tanier. C'est pour ça
que j'ai repris ce morceau.
Comment procédez-vous pour écrire les paroles
de vos chansons ?
La première chose qui me vient à l'esprit est la
mélodie du refrain. À partir de là, tout
le reste suit : le refrain, d'abord, qui doit me toucher. Souvent,
le texte vient en même temps. Tout découle de la
mélodie et de ce qu'elle m'inspire comme thème pour
les paroles. Une fois le refrain en tête, je cherche l'introduction.
Je commence toujours par le refrain quand j'écris. Si ça
m'accroche, je l'utilise ; sinon, je le mets dans un coin.
D'où puisez-vous votre inspiration ?
Chaque matin, je fais une petite marche. L'inspiration me vient
souvent lors de ces balades matinales. Pour la chanson en hommage
à Sylvio Ravina, je suis parti de chez moi à 5h
du matin pour rentrer à 6h10. Et 7h30, j'avais déjà
complètement écrit le texte. La tâche n'était
pas très difficile puisque je connaissais très bien
la personne.
Qu'est-ce qui fait la spécificité sonore Gérard
Louis ?
Les phrases de mes chansons comprennent presque toujours 11 syllabes.
Ce nombre de syllabes correspond à mes mélodies.
C'est presque un tic chez moi et c'est ce qui fait mon style.
C'est quelque chose qui est en moi comme un format que j'ai dans
la tête.
Un ami, Mario Potiron, m'écrit parfois des paroles. Je
lui demande toujours de me donner des phrases en 11 syllabes.
Je sais que ma mélodie collera toujours dans cette longueur
de phrase. Quand je compose la musique pour Sandra Mayotte, par
exemple, je dois enlever beaucoup de mots de son texte. Car quand
Sandra écrit une chanson, c'est souvent comme une lettre.
Si je n'enlève pas des mots, la musique ne reflétera
pas le son Gérard Louis.
Qu'est-ce qu'une belle mélodie pour vous ?
Une mélodie doit impérativement avoir des sentiments.
Si un artiste me demande de faire un arrangement pour une de ses
chansons, la mélodie doit m'accrocher et renfermer des
sentiments. Sinon, je ne peux pas le faire.
Vous êtes aujourd'hui un producteur et un arrangeur de
renom. Quel regard portez-vous sur votre cheminement dans la musique
?
Je me dis que je n'ai pas appris la musique pour rien. Je dois
dire que j'ai appris la musique par obligation pour pouvoir intégrer
un orchestre d'hôtel. J'étais au chômage, j'avais
des enfants et pas de quoi manger. Avant, je jouais comme ça
dans une chorale. Étudier la musique devenait une obligation.
Je me suis fixé un but à mes débuts : celui
d'arriver au niveau où je suis actuellement.
J'ai commencé comme un simple musicien dans un hôtel
; après, je suis devenu le responsable du groupe. J'ai
aussi joué au sein de Windblows, un groupe professionnel
du séga, et je commençais aussi à réaliser
des arrangements pour Cassiya. Après, je me suis lancé
dans la production et j'ai commencé à arranger des
chansons pour des grands chanteurs de l'océan Indien. Je
n'ai pas travaillé pour rien. J'ai commencé à
apprendre la musique en 1991 et essaye d'en vivre.
Que pense Gérard Louis le producteur-arrangeur du 2e
album de Gérard Louis le musicien-chanteur ?
Vous êtes en train de me demander ce que ce pense de mon
travail
Je n'ai pas honte de dire que je ne suis pas un
chanteur. J'ai dû chanter deux chansons au sein de Cassiya
car je sais que nous avons un lead singer, que je respecte
et qui a une belle voix. J'ai dû commencer à chanter
sur mon album solo Pourtan tou rekomansé pour honorer
un contrat passé avec un promoteur
Comment qualifiez-vous l'artiste que vous êtes ?
Auteur-compositeur-arrangeur. On doit comprendre qu'un chanteur
n'est pas forcément être un auteur-compositeur. De
même qu'un auteur-compositeur n'est pas forcément
un chanteur.
Mon 2e solo a été réalisé avec un
certain "contentement" dans l'idée de faire un
album qui mette l'ambiance. Je me ferai réellement plaisir
avec l'album essentiellement instrumental que je compte sortir
prochainement. Cet opus comprendra seulement 3 chansons à
voix : celles de Sandra Mayotte, Bruno Malcolm et Gervais Grivon.
Pour ce qui est des musiciens, on retrouvera Meddy Gerville, Noël
Jean, Philippe Thomas, Dario Mannick, Jean-Michel Ah Yong et mon
orchestre.
Beaucoup de ceux qui ont travaillé avec vous laissent
entendre que vous êtes sévère pour tout ce
qui touche à la musique
Je préfère le mot "sérieux" à
"sévère." Parfois, j'entends des arrangeurs
qui travaillent dans le studio dire "pa bizin zot per,
mo pa Gérard Louis !" Il n'y a pas lieu d'avoir
peur de moi. Mais, il est vrai que je ne fais pas de cadeau. Si
une personne ne peut pas chanter, je le lui dis. Si une autre
ne peut pas faire une chose convenablement, je le lui dis aussi.
Ça évite de perdre du temps. À l'étranger,
quand un musicien ne peut pas jouer quelque chose, on paye un
autre musicien pour le faire à sa place. Pourquoi on ne
pourrait pas en faire autant ici ? Le travail de studio, ce n'est
pas de la rigolade ! On doit être professionnel dans ce
qu'on fait !
Qu'est-ce que vous écoutez en ce moment ?
J'écoute beaucoup de musiques africaines
bien qu'à
un moment, j'ai longtemps écouté bien des artistes
américains : Earl Clugh, Dave Crusin, Bob James, George
Benson et Michel Petruccianni. Mon chanteur préféré
est Yves Duteuil. Après avoir emmagasiné tout ça,
je me tourne vers la musique africaine. D'ailleurs, avoir une
autre orientation est un plus pour faire des arrangements.
Je ne suis pas en train de dire que je n'écoute pas du
tout de séga. Je suis pour la musique mauricienne. J'aime
l'artiste mauricien qui crée. Quand j'entends un séga
à la radio, ça doit m'apporter quelque chose. Je
dois pouvoir me dire que c'est beau, que c'est intéressant.
Je n'écoute pas trop pour ne pas avoir à critiquer.
Je ne veux pas être de ceux qui critiquent de manière
négative.
La plus belle mélodie à vos oreilles
Pour les enfants du monde entier, d'Yves Duteuil. C'est
comme des pleurs en silence
Gérard Louis en concert
Gérard Louis sera en concert de promotion de son album
le samedi 10 mai. Ce concert se tiendra dans le cadre intimiste
de la salle des fêtes Le Grand Bleu, à Albion. L'artiste
présentera son tout dernier album Si to kapav vini
Gérard Louis et son orchestre seront en live
à partir de 23h. Sandra Mayotte et Negro Pou Lavi seront
aussi de la partie ce soir. Réservations et informations
aux 774 6324 / 238 4162.