Les étudiants de dernière année en Tourism
Management à l'École hôtelière
Sir Gaëtan Duval préparent la conférence SMILE
(voir hors-texte) pour se préparer à l'objectif
du gouvernement d'atteindre 2 millions de touristes en 2015. Cinq
représentants de cette promotion partagent leurs avis sur
la question. Des défis, la sensibilisation et, surtout,
de l'action : autant d'aspects à considérer pour
atteindre cet objectif.
2 millions de touristes
Reshmee Chuckowree : C'est un gros défi que nous
pourrons relever si nous arrivons à réunir tous
les prestataires de service de la chaîne touristique. Cela
dépendra de la contribution de tout le monde.
Virgil Guerel : Il y a, dans cet objectif, un aspect positif
et un aspect négatif. D'un côté, plus de touristes
signifie plus de revenus avec la création d'emploi. De
l'autre, il y a le risque d'une dégradation de la culture
et celle de l'inflation.
Jessica Ah Kim : Cet objectif est venu en quelque sorte
booster le secteur, surtout en matière de création
d'emploi. Par exemple, les anciens employés de l'industrie
sucrière suivent des cours à l'IVTB pour se recycler
dans l'hôtellerie. Cela veut dire qu'il y aura plus de personnes
qualifiées et la qualité du service sera aussi rehaussée.
Fabienne Lascie. Pour pouvoir accueillir 2 m de touristes,
il faut s'y préparer. Il faut, bien sûr, augmenter
le nombre de chambres, agrandir l'aéroport et améliorer
les infrastructures routières. Par ailleurs, il faut sensibiliser
la population. Car les touristes ne viennent pas que pour les
plages, mais aussi pour l'accueil et le sourire mauricien.
Béatrice Mosimann. Cet objectif permettra de créer
plus d'emplois dans le secteur de l'hôtellerie. Mais, pour
accueillir plus de touristes, il faut nécessairement prévoir
plus de chambres, voire, plus d'hôtels. Ce qui peut restreindre
davantage l'espace public.
Le plus grand défi
Reshmee : Faire de Maurice une destination safe and
secure est devenu une des priorités. Il n'y a qu'à
surfer sur Internet pour se rendre compte des commentaires des
touristes par rapport à la sécurité dans
l'île. Cela donne une mauvaise image et décourage
les visiteurs potentiels.
Virgil : La formation d'un personnel qualifié va
de pair avec l'objectif de 2 m de touristes. Les hôtels
recrutent beaucoup en ce moment parce qu'ils ont besoin de main
d'uvre. Bien sûr, il y a l'École hôtelière,
IVTB, les universités et même les groupes hôteliers
qui ont leur académie : mais, est-ce suffisant ?
Jessica : Garder son environnement propre est un grand
défi. Quand le touriste quitte l'hôtel, il se heurte
souvent à la réalité du pays : un environnement
sale, des déchets jetés partout
La propreté
doit faire partie de l'éducation dès le plus jeune
âge. Par ailleurs, plus de touristes veut aussi dire plus
de déchets. Comment se prépare-t-on à ce
niveau ?
Fabienne : Les infrastructures demeurent un grand défi.
On se dit 2 m de touristes en 2015, mais on ne réalise
pas que ça peut aussi bien arriver avant. Alors, autant
se préparer et s'y mettre tout de suite !
Béatrice : Il y a cette mentalité qui consiste
à croire que le touriste est un pigeon à plumer.
Il se fait détrousser, achète les articles à
3-4 fois plus cher
La population doit changer son regard
sur les touristes. Il faut réaliser qu'en venant ici, ils
contribuent à notre économie et, indirectement,
à notre niveau de vie. L'accueil mauricien doit être
préservé.
Destination Maurice
Reshmee : Il y a toujours des risques partout et pas seulement
à Maurice. Chacun doit faire preuve de responsabilité,
prendre ses précautions et non pas s'exposer.
Virgil : Plusieurs actions ont été prises
suite à des cas d'agression sur les touristes, particulièrement
dans les régions à risques. La sécurité
a été renforcée. Il y a des caméras
de surveillance et différentes unités de police
qui circulent dans ces régions.
Jessica : L'insécurité est partout et pas
juste à Maurice. Il faut une prise de conscience et aussi
savoir où on va, qui on fréquente. Chacun doit prendre
ses précautions.
Fabienne : Si on veut convaincre un touriste de venir à
Maurice, il faut lui donner d'autres options. Il n'y a pas que
l'insécurité, mais, aussi, d'autres facettes positives
à valoriser. Par ailleurs, il faut tenir le touriste au
courant des endroits à risques et des précautions
à prendre.
Béatrice : C'est vrai qu'il existe un problème
au niveau de la sécurité, mais il ne faut pas généraliser.
Il y a certains endroits qui sont plus à risques que d'autres
et le touriste doit être informé. De même,
il doit se comporter de manière responsable. Dans son pays,
également, il doit y avoir des endroits à risques.
Sensibiliser
Reshmee : Le tourisme est aujourd'hui le pilier de l'économie.
La population doit être consciente de cela et faire en sorte
que les touristes continuent à venir chez nous. C'est nous-mêmes
qui en profiterons. Il ne faut pas commencer à cracher
dans l'assiette. Nous en serons les plus grands perdants.
Virgil : Il faudrait monter des ateliers par région
pour expliquer aux gens le rôle que les touristes jouent
dans notre économie. Les chauffeurs de taxi, les vendeurs
de plage
, toutes ces personnes doivent être intégrées
à la formation, voire à l'éducation.
Jessica : Le sourire et l'accueil des Mauriciens font partie
de nos atouts. Il faut en prendre conscience afin de les préserver.
L'école doit inculquer les valeurs, tel le respect. En
apprenant à se respecter l'un l'autre, on apprendra aussi
à respecter le touriste.
Fabienne : Il faut sortir de ce cliché que le touriste
est riche et qu'il faut lui réclamer plus d'argent. À
Grand-Baie, une mangue se vend à Rs 200 et une part d'ananas
à Rs 100 ! En plus, le marchand vous demande si vous êtes
Mauricien avant de vous servir. C'est très grave.
Béatrice : Il y a une éducation générale
à faire, tant au niveau de l'accueil qu'à celui
de la préservation l'environnement, par exemple. Cela commence
à l'école.