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VENDREDI 29 FEVRIER 2008
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interview
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INTERVIEW : 40 ANS D'INDÉPENDANCE
GASTON VALAYDEN : "Pour moi, l'indépendance
est une désillusion"
Autour des 40 ans d'indépendance, nous accueillons dans
nos colonnes Gaston Valayden. L'homme de théâtre
porte un regard critique sur les événements qui
ont entouré l'accession à l'indépendance.
La politique et l'éducation sont également évoquées
dans cet entretien.
Que vous inspirent les 40 ans d'indépendance du pays
?
J'avais 20 ans en 1968 et même si j'y croyais, je n'avais
pas voté pour l'indépendance car je n'avais pas
l'âge légal. Je me souviens qu'à cette époque,
le PMSD avait monté une campagne de terreur autour de l'indépendance.
Cette campagne avait divisé le pays et abouti à
une bagarre raciale qui a profondément traumatisé
le peuple. J'avais toujours cru que Maurice était un pays
paisible. Les événements de 1968 ont été
un des traumas qui m'ont profondément marqué. J'ai
eu peur pour le pays.
J'étais pro-indépendance et croyais que ça
apporterait une forme de liberté, que les Mauriciens seraient
à même de décider de leur avenir. J'étais
jeune et ne comprenais pas. J'ai fermement cru au discours des
politiciens qui disaient que l'indépendance nous permettrait
de nous regarder et de regarder notre prochain en tant que Mauricien
Qu'en est-il aujourd'hui ?
C'est totalement différent. Le pays est divisé.
Chacun regarde les différences et non les similitudes de
son prochain. Certains ont érigé des barrages dans
l'esprit des gens pour les séparer. Nous ne sommes, d'ailleurs,
pas libres. Car notre économie est tributaire des décisions
prises à un niveau international. ToutE notre économie
dépend de ce que le Fonds Monétaire International
(FMI) et la Banque Mondiale décident. Nous sommes toujours
sous une forme de colonialisme.
Je ne suis pas, non plus, en train de dire que j'aurais souhaité
que le pays se retrouve encore une fois sous gouvernance anglaise.
À mon avis, les Anglais nous regardaient de haut. Nous
étions des colonisés et n'avions pas toujours les
mêmes droits qu'eux. Pour moi, l'indépendance est
une désillusion. Je ne pense pas que ça a apporté
beaucoup de choses au pays
si ce n'est un statut d'État
et un drapeau.
Peut-on affirmer qu'il existe une nation mauricienne ?
D'après la Constitution, oui. La nation mauricienne existe
sur papier. On ne parlera de mauricianisme que dans la période
entourant le 12 mars. Sinon, on n'en parle pas du tout. Sauf,
peut-être, lors de match de foot international ou lors des
Jeux des îles de l'océan Indien. Mais, même
à ce niveau, la ferveur diminue car les gens ne s'intéressent
plus autant au sport. Quand l'économie ne va pas bien,
le sport ne marche pas bien.
Quel est votre regard sur le Law and Order ?
Tout dépend de comment on considère la question.
On assiste à une sorte de voyeurisme de la part des médias.
Je trouve dégoûtant les détails avec lesquels
des crimes sont rapportés. Il est d'autant plus révoltant
qu'un journal affiche la photo d'un meurtrier. Au point où
ça fait appel à des émotions qui pourraient
influencer mon jugement quant à, par exemple, la réintroduction
de la peine de mort. Je pense qu'un des rôles des médias
est d'éduquer la population.
Parlons justement d'éducation
J'ai lu dans un journal que Sir Seewoosagur Ramgoolam est le père
de l'éducation gratuite. C'est une foutaise ! Car SSR a
annoncé l'éducation gratuite à la veille
des élections de 1976 sans aucune planification. Le ministre
qui a avalisé cette mesure a démissionné
juste après. Il y a eu tellement de magouilles que le système
d'éducation gratuite s'en est retrouvé complètement
faussé dès le départ.
Aujourd'hui, le A+ de Gokhool est une honte pour notre système
éducatif. On aurait dû démocratiser l'éducation,
donner une vraie égalité des chances à tous
pour éliminer les disparités. Est-ce qu'un enfant
peut étudier avec le ventre vide ? Est-ce qu'un enfant
peut étudier s'il n'a pas le matériel adéquat
? Pourra-t-il apprendre sans un bon pupitre, si le toit de sa
classe fuit, si les toilettes sont sales ? Dans quel état
d'esprit sont les étudiants qui vont à ces écoles
?
Les bonnes écoles sont aujourd'hui réservées
à un certain groupe d'étudiants. Ceux qui sont en
mesure de décrocher des A+. Et qui sont ceux qui décrochent
ces A+ ? Est-ce que ce sont, de manière générale,
des gens qui vivent dans des régions défavorisées
? D'où, d'ailleurs, une de mes pièces intitulée
Fil mo servolan.
Il y a aussi eu Les Chiommes qui parle de la déportation
chagossienne. Quelle est votre position sur la question à
la veille des 40 ans d'indépendance ?
Les Chagossiens ont été largement trahis par les
hommes politiques mauriciens. Depuis Sir Seewoosagur Ramgoolam
jusqu'à ceux d'aujourd'hui. Je ne pense pas que les politiciens
se sont réellement battus pour la cause chagossienne. À
l'époque, on laissait entendre que l'excision des Chagos
du territoire mauricien était une condition posée
par la Grande-Bretagne pour nous donner l'indépendance.
J'avais cru que Ramgoolam a été obligé de
donner les Chagos aux Anglais pour avoir l'indépendance.
Ce qui, du reste, pour moi était une démarche plutôt
opportuniste, dont le but était de devenir à tout
prix le premier Premier ministre. Il est faux d'affirmer que c'était
un freedom fighter. La Grande-Bretagne donnait à
l'époque l'indépendance à ses colonies. SSR
ne s'est pas battu comme un freedom fighter contre l'excision
des Chagos du territoire mauricien.
Après avoir vu le film de John Pilger, je me suis dit que
je dois aussi faire quelque chose. Mon combat pour Maurice passe
par la culture, le théâtre. J'ai choisi de montrer
un moment précis de la déportation chagossienne
où les chiens des déportés furent brûlés
dans des calorifères. Un moment dramatique qui suscite
davantage de réflexion sur ce qui est arrivé aux
Chagos.
Quel est, selon vous, l'avenir de la jeunesse mauricienne ?
L'avenir de la jeunesse dépend de l'éducation, de
l'économie et de la culture. Je ne désespère
pas car il doit toujours y avoir une solution quelque part. Je
crois que les jeunes ont besoin d'un idéal. Il faut leur
donner les moyens de créer cet idéal. Les jeunes
n'ont aucun modèle à suivre, de nos jours. Est-ce
que Navin Ramgoolam est un modèle pour la jeunesse ? Est-ce
que Paul Bérenger est un modèle pour la jeunesse
? Est-ce qu'il y a des jeunes qui sont des modèles pour
la jeunesse ?
Quels sont les défis à être relevés
par le pays, selon vous ?
Recréer une nation mauricienne, d'où l'importance
d'avoir un idéal. La jeunesse ne croit plus en rien. Même
les religions foutent le camp ! Les jeunes aujourd'hui ont perdu
tout repère. Sans idéal ni repère, on est
déboussolé. Cette situation peut amener à
commettre des choses répréhensibles.
Que dire des crimes perpétrés sur fond de sorcellerie
?
Que certains croient encore en la sorcellerie donne une indication
du niveau d'éducation qui prévaut à Maurice.
On a l'impression que ceux qui croient en Dieu sont aussi ceux
qui croient en la sorcellerie. Peut-être que quelque chose
s'est cassé dans notre société et que ça
fait vaciller des gens autour de ces pratiques.
L'éducation reste un gros problème qui, d'ailleurs,
est aussi à la base de la pauvreté ?
La pauvreté découle de problèmes économiques
et de problèmes d'éducation. Si l'éducation
permet à une personne de travailler et de gagner sa vie,
c'est tant mieux. Mais, que fait-on si l'éducation est
une faillite et que la personne ne peut se servir de ce qu'elle
a appris ? On entend dire que 70% de réussite ont été
enregistrés au CPE. Combien parmi ces enfants savent vraiment
lire et écrire ? Combien n'ont obtenu que le niveau minimal
de réussite
?
Votre île Maurice idéale
Une île Maurice comme dans les années 70, comme quand
les jeunes avaient un idéal mauricien et croyaient dans
la justice sociale. Aujourd'hui, ce rêve s'est brisé.