Week-End/SCOPE

VENDREDI 29 FEVRIER 2008 reportage


REPORTAGE : LOISIR

Pêche à la ligne

La pêche à la ligne dans le lagon est une activité de loisir qui accroche. Alvin et Ashley Beeharry, deux frères férus de pêche, nous font découvrir cette activité dans leur village natal, Pointe aux Sables.

Pas une semaine ou presque sans qu'Ashley et Alvin Beeharry, 15 et 17 ans respectivement, ne partent pêcher. Deux frères pour qui cette activité est une vraie passion. Surtout en cette période où les rougets ont abondants. À mi-février, ces petits poissons roses et autres carangues pullulent dans le lagon. Avec eux, viennent les pêcheurs. Ni soleil, ni pluie, Alvin et Ashley ne se soucient guère du temps qu'il fait, du moment qu'ils peuvent pêcher. Le week-end dernier, malgré un temps instable, ils étaient à Débarcadère, quartier de Pointe aux Sables.

Appâts. Première étape : chercher l'appât. Et là, le choix est large. L'appât le plus utilisé en cette période est le ver. Deux façons s'offrent aux pêcheurs pour en trouver : fouiller le sable, surtout sous les couches d'algues qui sont souvent entraînées sur la plage par les vagues, ou alors utiliser une fourchette pour en trouver dans l'eau. Ces vers-là, on les appelle ver san pied. Munis de leur fourchette, les deux frères commencent à piquer le sable, essayant de trouver ce si précieux appât. Aussi faut-il souligner qu'en ce faisant, ils créent une sorte de nid, amorçage aussi appelé mouillage à Maurice. Les poissons y viendront pour bécoter des vers ou des morceaux de vers sortis hors du sable résultant de la fouille. Il faut alors y envoyer quelques vers de temps à autre pour que le banc y reste, "jette la pipi", disent les pêcheurs.

Mais, très vite, Ashley et Alvin se rendent compte que les conditions ne sont pas propices pour trouver des vers. La mer étant un peu houleuse en raison au cyclone Ivan. Pas d'inquiétude, cependant, les deux frères ont tout prévu, ayant en leur possession des petits millions et de menus poissons conservés au réfrigérateur. On peut aussi, disent-ils, utiliser de la chair d'ourite, du tec tec, entre autres.

Technique. La technique de pêche dépend du poisson recherché. La marée étant houleuse, les rougets semblent frileux. Ashley et Alvin jettent leur dévolu sur les carangues. Étant des chasseurs innés, les carangues, adultes ou petits, attrapent les appâts en mouvement qui ressemblent aux petits poissons. Il faut donc accrocher l'appât tout au bout de l'hameçon et lancer sa ligne, puis tirer la ligne dans un sens, en donnant de petites impulsions pour exciter ces prédateurs, technique qu'on appelle la traîne.

À peine quelques lancées et déjà la première prise. Une petite carangue n'a pas résisté à l'appât d'Ashley. C'est de bon augure. Le sourire est au rendez-vous. Malgré sa petite taille, le poisson donne du fil à retordre au pêcheur. "Ils tirent très fort sur la ligne, c'est toujours comme ça, il faut juste avoir le bon timing pour réussir à les sortir de l'eau convenablement", dit Ashley.

Les deux frères déchantent vite : pas une seule touche en 15 minutes. C'est l'heure de changer de place. Les petits rougets et carangues vivent en groupe et aussitôt qu'on a trouvé le banc, on peut en attraper plusieurs, à condition qu'ils mordent à l'hameçon.

Fructueuse. Direction le Wharf de Débarcadère, entouré de bateaux appartenant à la Fisheries Unit du ministère de la Pêche et de l'Agro-Industrie. Une quinzaine de personnes s'y trouvent, certaines en train de pêcher, d'autres venues prendre l'air, alors que quelques enfants jouent au chat et à la souris. Le Wharf a la forme d'un T, ce qui laisse assez de place à ces activités. Les deux frères repèrent rapidement un banc de petites carangues. La moisson est vite fructueuse. Pas moins d'une quinzaine prises en moins de trente minutes. "C'est quand le poisson mord et qu'on doit le ferrer que l'on ressent le plus de plaisir. C'est un peu comme une lutte", disent les deux frères. À côté, un jeune pêche des poissons aiguille avec comme appât des petits millions vivants accrochés à l'hameçon. Il en attrape un.

Satisfaction. Pour Ashley et Alvin, l'heure est venue d'attaquer de plus belles prises. Si beaucoup pêchent ces petits poissons pour faire de la friture, d'autres préfèrent s'en servir comme appât pour de plus grands prédateurs. Ainsi, une petite carangue ou un petit rouget peut vous faire prendre une grosse carangue - parce qu'elle est cannibale - ou un batardé. Il suffit d'accrocher le poisson vivant à un gros hameçon, type no. 10 à 15, monté sur une ligne plus épaisse, (30 à 40 livres). Ashley a enroulé sa ligne autour d'une bouteille et lance, avec un peu d'élan, sa ligne vers le large. Il ne reste plus qu'à attendre la touche. Bien sûr, cette pêche peut se pratiquer à l'aide d'une canne à pêche munie d'un moulinet.

Malheureusement, aucune prise ne sera faite ce jour-là à cause des caprices de la mer. Ceci dit, les deux frères sont satisfaits de leur journée. "On en a pris un peu et on a pris du bon temps, c'est l'essentiel."


Pêche illégale

La venue de si nombreux petits poissons dans les lagons mauriciens incite souvent d'aucuns à s'adonner à la pêche illégale. Ainsi, certains n'hésitent pas à employer des filets et à capturer des centaines de poissons en un coup, activité défendue par les lois locales. D'autres s'amusent à fabriquer des filets à l'aide de lianes trouvées sur certaines plages. Selon une source de la National Coast Guard, si pêcher à la ligne de si petits poissons n'est pas considéré comme une offense, l'utilisation de filet n'est pas autorisée.


Toxiques

Carangue désigne toute espèce de poisson de la famille des Carangidae du genre Caranx. La famille des carangues comporte ainsi une multitude d'espèces dont certaines sont toxiques et peuvent provoquer la ciguatera (intoxication résultant de la consommation de certains poissons des récifs ayant accumulé de la ciguatoxine dans leur chair). Ainsi, apprend-on, les carangues font partie des espèces les plus touchées par cette toxicité résultant directement de la chaîne alimentaire dans certaines régions particulières, notamment Tahiti. Le responsable est une algue unicellulaire benthique. Cette microalgue est ingérée par les poissons herbivores. Par bioaccumulation le long de la chaîne alimentaire, les toxines initialement produites par la microalgue vont se concentrer dans les poissons pour atteindre dans les plus âgés des taux susceptibles d'intoxiquer les humains. Tous les grands poissons des récifs coralliens sont donc susceptibles d'être toxiques et, plus particulièrement, les poissons carnivores en bout de chaîne alimentaire (barracudas, loches, gueules rouges, anglais, carangues, murènes, requins, etc.).