Week-End/SCOPE

VENDREDI 18 JANVIER 2008 environnement


ENVIRONNEMENT : FAUNE ET FLORE

Les défis de 2008

Les scientifiques sont unanimes : nombre de mesures doivent être prises pour la sauvegarde de la faune et la flore mauriciennes. Vikash Tatayah, de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), et Jacqueline Sauzier, de la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS), dressent la liste des priorités pour 2008 et au-delà.

Maurice a toujours une riche biodiversité, malgré sa destruction progressive au fil des années. Même si considérablement diminuées, nos forêts abritent encore des espèces indigènes importantes qu'il nous faut sauvegarder à tout prix aussi bien qu'au niveau de la faune que de la flore. "Ce qu'il nous faut à Maurice, c'est une meilleure gestion de nos ressources", souligne Vikash Tatayah, de la MWF. Il ajoute que "notre pays a les possibilités de pousser la conservation à une étape supérieure." Il prend pour exemple le fait que la Grosse Cateau Verte a été Downlisted l'année dernière, indiquant une amélioration conséquente du nombre d'individus de l'espèce. "Si on adopte une politique nationale et sérieuse, on peut faire beaucoup de progrès."

Introduction. Question gestion, l'introduction d'espèces exotiques à Maurice demeure d'actualité. Certaines d'entre elles peuvent s'avérer invasives et détruire des plantes ou animaux indigènes. "Depuis des années, Maurice aurait dû être plus à cheval sur ce sujet. Il nous faut être très vigilant et strict. Certaines espèces peuvent même être dangereuses pour la sécurité du public. Il y a deux ans, un python fut introduit chez nous, preuve que nous ne sommes pas à l'abri d'une récidive qui pourrait nous coûter cher. Récemment, des apple snails ont été introduits. Cette espèce d'escargot, que font venir les propriétaires d'aquariums, est connue de par le monde pour être invasive. D'ailleurs, les planteurs de songes et d'arouille l'ont constaté à leurs dépens. Il n'y a pas suffisamment de contrôle. Il est grand temps que Maurice adopte une politique contre l'introduction des espèces", dit Vikah Tatayah.

Le scientifique soutient que nous avons les possibilités de combattre cela. Il rappelle que lorsqu'il y a eu le problème lié au ver blanc à La Réunion, nous avons pris des dispositions pour le contrer à Maurice, et cela avait été une grande réussite.

Dolphin Watching. Du côté de l'environnement marin, plusieurs défis guettent les ONG aussi bien que les autorités. Jacqueline Sauzier, présidente de la MMCS et représentante de Earth Island Institute (ONG américaine), soulève des points vitaux pour que notre faune et notre flore marines soient conservées dans le long terme. "Au niveau du Dolphin Watching, ce qui est très important par rapport à la suite de notre projet est de mettre en place un cadre légal pour l'activité. À ce jour, nous n'avons que des guidelines et ce n'est pas suffisant. Il n'y a rien de concret qui permette aux autorités de sévir. On en a parlé à plusieurs reprises à la Tourism Authority depuis 2007. On s'est réuni avec plusieurs partenaires et avons même fait un Steering Committee où nous avons trouvé un consensus sur le fait qu'il faut absolument mettre en place un cadre légal, mais, jusqu'à ce jour, cela n'a pas abouti. Je trouve aberrant qu'il faille attendre six mois pour avoir une réponse !", dit Jacqueline Sauzier.

Licences. Elle soutient également qu'il faut absolument définir l'activité et créer un système de licence pour les opérateurs. "Il faudrait que les skippers et les propriétaires de bateau aient des certificats. De plus, il faut avoir la possibilité d'enlever sa licence à un opérateur qui ne respecte pas la loi ou de le suspendre pendant X nombre de jours. Ce n'est que comme ça qu'ils agiront correctement." Jacqueline Sauzier voudrait qu'une formation théorique et pratique soit dispensée aux opérateurs de Dolphin Watching. Par-là même, la présidente de la MMCS souhaiterait qu'il y ait une autorité sur l'eau. "Si on met des lois sans qu'il y ait une autorité agissant comme chien de garde, les offenses continueront. Je pense que les garde-côtes devraient eux-mêmes avoir une plus grande importance à ce sujet."

Éducation. Depuis des années, si un gros travail de sensibilisation est entrepris auprès des Mauriciens, il demeure un vrai manquement dans l'éducation au sujet de la mer. Ainsi, explique Jacqueline Sauzier, "il faut revoir le cursus scolaire de certains cours. Nous avons un axe sur la mer qui devient de plus en plus important. Les autorités veulent implanter l'Aquatic Bill. Même si on n'est pas totalement pour, c'est quand même quelque chose. C'est la génération future qui va travailler sur la mer. Se sont ces jeunes-là qu'il faut éduquer pour l'avenir. Je ne connais pas énormément le cursus scolaire, mais je peux mettre ma main droite sur le feu qu'il n'y a pas suffisamment d'axe sur la mer."

Par ailleurs, la MMCS fera des interventions dans une dizaine d'écoles de la région ouest. La biologiste voudrait aussi tirer la sonnette d'alarme sur la pollution marine. Elle souligne qu'il y a une surutilisation de pesticides de la part de certains planteurs, acte qui ne fait pas beaucoup de bien à l'environnement marin, car suscitant la prolifération des algues dans le lagon.


Anti-delphinarium

Au courant de 2007, l'idée de créer un delphinarium fût soulevée par le gouvernement, engendrant une vague de protestation de la part des ONG concernées. Encore aujourd'hui, même s'il n'y a pas eu de développement majeur à cette idée, la perspective est toujours là, au grand dam de Jacqueline Sauzier. "C'est une idée rétrograde ! De nos jours, les gens veulent aller voir les animaux dans la nature. Ce n'est pas en allant capturer des animaux et en les mettant dans des bassins qui va aider les gens à mieux comprendre la nature. Il faut absolument que les autorités abandonnent cette idée. On a la chance d'avoir des régions à Maurice où les mammifères marins viennent régulièrement. Il y a l'alternative d'aller les voir sur place. Si c'est bien fait, cela apporte de la joie aux touristes aussi bien qu'aux Mauriciens."


Protected Areas Network Project

Le United Nations Development Programme (UNDP) ainsi que ses partenaires travaillent actuellement sur un projet qui aidera à la sauvegarde de notre biodiversité. Nommé le Protected Areas Network Project, il consiste à réunir en réseau les particuliers qui possèdent des terrains contenant des parcelles de forêt. Un représentant viendra ainsi faire un constat du terrain et évaluer les plantes qui s'y trouvent. Selon Vikash Tatayah, ce type de projet a bien marché en Amérique du Sud et en Afrique du Sud. Il a fait prendre conscience à ces propriétaires que leurs terrains ont une importance biologique et leur a indiqué comment ils peuvent les conserver tout en en optimisant l'utilisation.