2 millions de touristes d'ici 2015 : c'est l'objectif fixé
par le gouvernement. Comment se prépare-t-on à relever
ce défi au niveau de la formation ? Comment respecter l'image
haut de gamme à travers nos services ? Harmon Chellen,
Centre Training Manager de l'École hôtelière
Sir Gaëtan Duval (EHSGD), et Tiburce Plissonneau-Duquène,
directeur de la Beachcomber Training Academy (BTA), s'expriment
sur la question.
"Nous recrutons en fonction de la demande sur le marché",
dit, d'emblée, Harmon Chellen. L'EHSGD, sous la responsabilité
de l'IVTB, n'a pas attendu pour prendre les devants face à
la croissance du secteur touristique. À la rentrée
2007-2008, 850 jeunes ont été recrutés sous
la formule apprentissage en entreprise. "Le stagiaire
vient aux cours un jour par semaine et, les autres jours, fait
sa formation sur place, en travaillant." Cette démarche
vise à répondre à la grande demande du secteur,
indique Harmon Chellen.
De leur côté, les groupes hôteliers ont tous
aujourd'hui leur centre de formation. Tiburce Plissonneau-Duquène,
ex-directeur de l'École hôtelière, est à
la tête de la BTA depuis 1995. Il parle de l'importance
de la formation continue pour maintenir le niveau des services
dans le secteur. "L'École hôtelière
donne la formation de base, mais n'a pas les moyens nécessaires
pour assurer la formation continue. Beachcomber a créé
l'académie pour répondre à ce besoin."
Accessibilité. Si les employés du groupe
sont concernés en priorité, BTA accueille aussi
depuis quelque temps des débutants. "Certains commencent
leur carrière avec nous selon la formule d'apprentissage.
Cela se fait en respectant les critères de l'IVTB. Il y
a un examen par le Mauritius Examination Syndicate à la
fin."
Tiburce Plissonneau-Duquène fait ressortir que l'hôtellerie
est un des secteurs qui laissent encore de la place pour ceux
ayant un niveau inférieur au SC. "Nous acceptons
la Form IV minimum et, parfois, la Form III si le candidat est
débrouillard." Le directeur de la BTA annonce
par là-même un gros exercice de recrutement pour
l'hôtel de Trou-aux-Biches très bientôt. "Il
nous faut 200 apprentis dans tous les métiers."
À l'EHSGD, le niveau Form V est nécessaire pour
un National Trade Certification 3 (NTC3). Le NTC2 se fait après
le NTC3. Pour le Higher National Diploma (HND), un minimum de
2 A-Level est nécessaire. "Un gestionnaire doit
avoir un certain bagage académique", souligne
Harmon Chellen.
Ouverture. Très bientôt, l'EHSGD, en collaboration
avec l'IVTB et l'AHRIM, débutera des short courses
de 6 mois en 2 batchs, à l'intention de ceux ayant
le niveau Form II et III, afin de répondre à la
demande du secteur. Selon les estimations, quelque 3 000 nouveaux
emplois seront créés dans l'hôtellerie cette
année. "Nous prévoyons 2 batchs de
1 500 stagiaires et serons en mesure de répondre à
la demande." Harmon Chellen précise, dans la même
foulée, que cela ne signifie pour autant que les stagiaires
seront ceux qui quittent les Form II et III actuellement. Outre
l'aspect légal de l'emploi des jeunes, il est aussi question
de maturité. Travailler avec les touristes nécessite
une certaine ligne de conduite, rappelle le directeur de l'École
hôtelière.
Pratique. Harmon Chellen insiste sur l'aspect pratique
de la formation. Si les stages en entreprise se font depuis toujours,
certains cours, comme le NTC2 en restauration/hébergement/bar
se feront désormais essentiellement dans les établissements
hôteliers. Tiburce Plissonneau-Duquène s'attarde
lui aussi sur l'aspect pratique, qui comprend non seulement une
connaissance réelle du métier, mais aussi les notions
de discipline, d'attitude, de comportement
Il attire l'attention
sur le nombre de jeunes formés à l'étranger
et n'ayant aucune notion de la réalité. "La
plupart font des études en management et veulent tout de
suite un poste de responsabilité. Très peu acceptent
un boulot à une échelle inférieure."
Le directeur de la BTA ajoute qu'il conseille à tous
les parents d'envoyer leurs enfants pour une année au moins
à l'EHSGD, avant de débourser gros. "Cela
leur donnera une idée réelle du métier et
ils décideront, par la suite, s'ils veulent continuer ou
pas."
Disponibilité. La disponibilité est une qualité
nécessaire pour réussir en hôtellerie, poursuit
Tiburce Plissonneau-Duquène. "Les débuts
sont difficiles, mais, après quelques années, on
arrive à s'organiser." Il trouve dommage que les
autres structures ne suivent pas. "À part les supermarchés,
tout est fermé en ville à 17h. Qu'y a-t-il pour
l'employé d'hôtel qui rentre après sa journée
?" Et d'ajouter qu'avec l'évolution dans ce secteur,
il est temps de penser au part-time et aux horaires à
la carte.
Harmon Chellen précise que le pays doit absolument former
des gens pour soutenir le développement de ce secteur.
Car, contrairement aux autres secteurs, "on ne peut pas
faire appel à la main d'uvre étrangère."
S'il est vrai que des étrangers travaillent à certains
postes dans l'hôtellerie, il est indispensable d'avoir des
Mauriciens dans d'autres. L'accueil mauricien fait aussi partie
du service. "Un touriste ne vient pas à Maurice
pour voir un Sri Lankais à son service", cite,
en exemple, Harmon Chellen.