|
VENDREDI 18 JANVIER 2008
|
célébration
|
CÉLÉBRATION : CAVADEE
Ferveur et repentance
Depuis dimanche, les dévots de Muruga se préparent
à la célébration du Thaïpoosam Cavadee.
Dix jours de jeûne marquent les préparatifs avant
la fête, signe de ferveur et de repentance. Rencontre avec
la famille Vydelingum, qui nous explique comment elle vit ce moment
important du calendrier tamoul.
"C'est le moment où chacun se prépare à
faire le ménage. Nou met propre dans lacaz mais, surtout,
dans nou leker ek dan nou fami", précisent Barlen
Vydelingum et sa femme, habitant Roches-Brunes.
Ferveur. Durant ce temps de jêune, le couple consommera
uniquement des fruits et des légumes, insistant que tous
les plats doivent être préparés à la
maison. Pendant dix jours, ceux qui se préparent à
porter le cavadee jeûnent. L'heure est au repentir et à
la purification avant le Thaïpoosam Cavadee, festivité
marquant la fin du jeûne et pendant laquelle les participants
effectuent un pélerinage au temple pour y faire des offrandes.
Comme à chaque fois qu'il se prépare à porter
son cavadee, Barlen Vydelingum dit dormir pendant ces dix jours
au ras du sol. "C'est une preuve d'amour qu'on adresse
au dieu Muruga. On lui démontre ainsi toute notre ferveur
et notre attachement."
Origine. Célébré en janvier ou en
février, le Thaïpoosam Cavadee signifie le mois de
l'étoile. Selon la famille Vydelingum, il commémore
la victoire sur le mal de Muruga, le dieu protecteur représenté
avec une lance ou vel et un paon ou mayil. "Pour
remercier Muruga de les avoir libérés d'un démon,
des fidèles se rendaient sur le Pallani Malai, la montagne
où démeurait la divinité, pour lui apporter
des offrandes qu'ils accrochaient à une structure en bois
: le cavadee. Cette tradition s'est perpétuée chez
les Tamouls", raconte Barlen Vydelingum. Il fut dit que
tous ceux qui porteraient le cavadee jusqu'au temple verraient
leurs vux exaucés et, par ce geste, remercieraient
Muruga des faveurs accordées, tout en se rapprochant du
dieu, de sa sagesse et de sa bonté grâce à
leur bhakti, leur devotion.
Engagement. Le jeûne débute avec le kodi
ettam, la cérémonie du drapeau. "Le
drapeau portant les dessins du vel, la lance qui tua le démon,
est hissé à l'entrée du temple en signe d'engagement",
explique Barlen Vydelingum. Durant cette période sacrée,
le fidèle doit purifier son âme et son cur
en chassant haine, passion, orgueil et envie. Abstinence et prières
sont de rigueur pour permettre au dévôt de se préparer
physiquement et spirituellement à l'éprouvante cérémonie
du Cavadee. Durant plusieurs jours, les pénitents se rendront
au temple pour prier la divinité et chanter des hymnes.
Des offrandes seront déposées : noix de coco, fruits,
lait, eau safranée
Les fidèles s'attèlent aussi à la confection
d'un cavadee, qui symbolise le temple du dieu Muruga. Ils sont
parés de feuilles, de plumes de paons, de fleurs, de citrons
verts, de tissus chatoyants et de petites icônes rappellant
Muruga.
Cérémonie. Le jour du Cavadee, les rituels
se succèderont : prières, offrandes et bain purificateur.
Le lait versé dans deux petits pots en cuivre ou sombhoos,
recouverts d'un morceau de tissu et attachés au cavadee,
sera offert à Muruga. Certains fidèles, torse nu,
offriront leur chair aux vels argentés leur transperçant
les joues, le front et la langue, faisant ainsi vu de silence.
Il n'y aura ni cris, ni pleurs, ils resteront dignes, car la souffrance
n'est rien quand il s'agit de Dieu. La procession avancera avec
ferveur vers la maison de Muruga. La pénitence sera rude
et la chaleur intense. "Certains de ceux qui ne se perceront
pas la langue se bâillonneront d'un foulard pour observer
le silence complet, afin de ne pas être distraits dans cette
communion avec Muruga", dit Barlen Vydelingum.
Sacrifice. Les femmes porteront des cruches de lait sacré
devant Muruga au kovil. Là, trônent des statuettes
de dieux et de déesses ainsi que celle du dieu protecteur
qui affiche un sourire satisfait. Des lampions seront allumés.
La lumière symbolisant la victoire du bien sur le mal sera
offerte à Muruga. Fidèles et pénitents déposeront
leurs offrandes de fruits, camphre, encens et fleurs aux pieds
des dieux à la fois admirés et craints. Le lait
n'aura point caillé. Il sera en partie versé sur
la divinité et en partie distribué aux fidèles,
ainsi récompensés. Musique, chants et prières
accompagneront l'extraction des vels des chairs meurtries.
Aussi étonnant que cela puisse parraître, le sang
ne coulera pas, nous dit Barlen Vydelingum. "Ce sacrifice
leur a assuré la purification de l'âme."
Le lendemain, le drapeau sera descendu, signifiant la clôture
de la cérémonie. Le Cavadee aura ainsi rappellé
aux fidèles que le chemin de la foi est long et semé
d'embûches.
Légende tamoule
Il existe diverses légendes autour de la célébration
du Cavadee. On raconte que la fête serait née d'une
ancienne légende tamoule. Idumban, disciple du gourou Agattiyâr
et bandit repenti, reçut pour mission d'aller dans les
montagnes et de ramener les deux cimes à Agattiyâr.
Il devait les attacher à chaque extrémité
d'un cavadee. Idumban, obéissant et fidèle, partit
avec sa femme et attacha solidement les deux sommets à
sa palanche, puis entreprit de les ramener à Agattiyâr.
Mais, en chemin, le dieu Muruga, fils de Shiva et d'Ouma, se métamorphosa
en petit garçon et se cacha dans un des sommets pour en
alourdir la charge. Indumban le découvrit et, dans sa fureur,
ne reconnaissant pas son dieu, commença à se battre
avec lui. Muruga le transperça alors de sa lance et l'homme
mourut. Par leurs prières, le sage Agattiyâr et bon
nombre de fidèles demandèrent avec insistance la
grâce d'Idumban, si bien que leur dieu accepta de le ressusciter.
Pour le remercier de sa bonté, les dévots commencèrent
à porter le cavadee, afin d'obtenir les grâces de
la divinité.