Week-End/SCOPE

VENDREDI 18 JANVIER 2008 à la une


REPORTAGE : MANNEQUINS-HOMMES

Attitude

Les mannequins hommes ont quelques points en communs : taille d'1m82 minimum, mensurations idéales pour certains et musculature naturelle. Mais, le cocktail de charme ne repose pas uniquement sur le physique, car briller sur le catwalk se construit. C'est une attitude à avoir, un déhanchement à travailler, un maintien et… des vêtements à mettre en valeur. Terish Gungabissoon, Shameer Abdul Raman et Kit Acheemootoo, de l'agence Heat, et Samuel Sagor, de l'agence One Model, se racontent.

Ils rêvaient de devenir mannequin. Et le sont devenus. Avec, initiatialement, une envie de faire quelque chose de différent, d'être au haut de l'affiche, le temps d'un défilé ou d'une campagne publicitaire. Leur but étant de toujours se présenter sous leur meilleur profil. Seulement, le créneau a ses exigences.

Cran. Du haut de ses 1m94, Samuel Sagor, 21 ans, athlète national, dit qu'il faut d'abord se valoriser, avoir confiance en soi et travailler son expression. "Tout réside dans la personnalité et dans le caractère du mannequin. Il faut avoir du cran pour faire fi des médisances. On m'a déjà dit : " T'es mannequin, c'est pour les hommes efféminés. " D'autres s'imaginent que c'est juste le côté show et rien dans la tête. En tant qu'athlète, quand je vois David Beckham qui n'hésite pas à changer de coiffure, de se teindre les ongles, je me dis que tout est une question d'attitude. L'homme aussi possède sa gamme de produits cosmétiques qui lui permet de découvrir l'art du rasage, de se mettre de la crème sur le visage. Nous, en tant que mannequin, on est là pour faire découvrir aux autres la tendance du moment. Pour véhiculer l'image d'une marque, il faut d'abord que le mannequin soit une bonne référence."

Sacrifices. Avis que partage Shameer Adul Raman, 34 ans, 1m80 et qui défile depuis plus de 17 ans. Passé le stade euphorique de ses débuts, l'intervenant a un regard plus posé. "Etre beau ne suffit plus. On veut faire la différence et prouver qu'on est aussi le meilleur lors des défilés. Le catwalk procure une certaine sensation, une sorte de défi à relever. On se voit d'abord beau, puis beau dans le regard des autres. Pour que la magie continue à opérer, il faut beaucoup de sacrifices, comme des séances de musculation, contrôler son alimentation… Je n'ai pas honte à le dire : j'utilise des crèmes et je vais chez l'esthéticienne."

Passionné. Pour Terish Gungabissoon, 19 ans, 1m83, tout repose sur la manière d'être encadré. "Quand on débute, on est toujours hésitant. Je fais aussi attention à mon poids, qui constitue la hantise de tous les mannequins (rire). Pour le moment, je fais des défilés dans des centres commerciaux. Je sais que je n'ai pas encore la maturité voulue, mais je suis passionné. Cest l'élément qui me motive à continuer."

Interrogé sur ce point, Kit Acheemootoo, ex-mannequin et directeur de l'agence Heat, reconnaît qu'être passionné est tout aussi important que le physique. "La passion permet d'avancer. Il y a cette recherche de perfection qui doit toujours être présent. Savoir toujours rester humble, même lorsqu'on arrive au sommet, et ne pas être défaitiste quand on démarre sont les éléments qui motivent pour rester dans la course."

L'art de l'expression. Et qu'en est-il du cachet qu'ils perçoivent ? Selon Shameer Abdul Raman, tout dépend de l'agence qui recrute et de l'expérience du mannequin.

Samuel Igor, lui, dit ne pas en faire tout un plat. "Moi, je privilégie plus la créativité. Quand Émilien Jubeau, le grand gagnant du Festival de la Mode, m'a approché pour défiler dans son habit de guerrier, je l'ai fait gratuitement. Le mannequinat, c'est aussi l'art de l'expression. Il faut s'imprégner du style de chaque créateur et non chercher uniquement à gagner à tous les coups de l'argent."

De là à savoir si les mannequins hommes ont autant de succès que les femmes, Samuel Igor répond que lors du concours organisé par l'agence One Model, il a remporté le premier prix, soit un stage de mannequinat à La Réunion. "Il n'y a pas de différence entre l'homme ou la femme. La preuve, il y avait des femmes lors du concours de One Model. Les votes ont été en ma faveur. Le public aime un mannequin en fonction du magnétisme qu'il dégage. Pour se démarquer, il faut adopter une attitude zen et avoir la soif d'aller au bout de ses envies."

Idem pour Terish Gungabissoon qui trouve que c'est un créneau où la femme et l'homme s'harmonisent bien. "Il faut juste privilégier l'entente et se mettre en accord lors des défilés en tandem."

Changer le regard. Malgré leur book et leur parcours dans cette filière, les mannequins mauriciens sont obligés de se livrer à d'autres activités pour gagner leur vie et de ranger le mannequinat dans son répertoire de violon d'Ingres. Cela engendre-t-il par moments un sentiment de frustration ? Intervenant sur ce sujet, Samuel Igor dit qu'il faut "changer son regard." Et : "On a tendance à trop généraliser et à croire que seulement ceux qui viennent de l'étranger sont plus crédibles. Heureusement, Le Festival de la Mode a apporté un nouveau souffle. Voir les mannequins mauriciens et étrangers sur le même catwalk, c'était génial ! J'ai ressenti comme une fierté." Ajoutant : "Le mannequinat commence à prendre une autre tournure. Il n'y a qu'à voir ces jeunes qui s'identifient à des marques, et quand un mannequin le porte bien, cela l'aide à se positionner. C'est pourquoi, souvent lors des défilés, certains précisent qu'ils veulent voir tel ou tel mannequin dans ce vêtement. C'est un bon début."

Shameer Abdul Raman conclut que "le mannequinat est un métier de rêve, de conquête, qui requiert avant tout la bonne attitude."


Kit Acheemotoo : "Humilité et travail régulier"

Mannequin aux biceps saillants, Kit Acheemootoo s'est imposé en créant le Heat Model Agency. Ses émotions, il les décline sous une seule nuance : la mode, son oxygène. C'est le créneau dont il est le seul à maîtriser la gamme. Son agence compte à ce jour plus de 400 mannequins. Pour leur recrutement, Kit Acheemootoo dit privilégier le sérieux, la ponctualité et le travail assidu. "Le physique ne suffit plus. Dans les pubs, on voit défiler les gens de tous âges, des enfants, des vieux… Tout dépend du produit qu'on veut faire véhiculer. Lors d'un catwalk, ce que j'attends d'un mannequin qui défile est avant tout le magnétisme qu'il dégage. Il peut être ambitieux ou perfectionniste, mais ne doit à aucun moment avoir la grosse tête." Précisant : "L'humilité et le travail régulier sont les qualités requises pour durer dans ce métier."