Week-End/SCOPE

VENDREDI 4 JANVIER 2008 les humeurs de chloé


LES HUMEURS DE CHLOÉ

L'aube du crépuscule

J'ai rêvé que j'étais sur la couv' du magazine. Ce serait trop cool. La lueur de l'aube infiltre mon sommeil. Tout le monde pionce à poings fermés dans le quartier. Monsieur mon voisin et madame ont convié le voisinage dans leur jardin la veille. La baraque suintait d'invités imbibés d'alcool. Des langues se liaient et d'autres se déliaient. Un vieux assis au bout d'une grande table s'est mis à zézayer que le pays fête ses 40 ans d'Indépendance cette année.

L'ancêtre dit avoir été contre l'Indépendance, avale son verre cul sec et proclame : I was born Bristish and I want to die Bristish ! La reine aurait été fière de ce fidèle sujet, assujetti au passé. Un homme des tavernes a rétorqué que le pays aurait été mieux loti sous la bannière British. Et un amateur de bichiques donne La Réunion en exemple : Un morceau de France dans l'océan Indien. Bien bon tout ça, sauf que quand le vinaigre est tiré, faut le boire. Gloups !

J'ai laissé les nostalgiques noyer leur désespoir. Ce genre de discussion finit toujours par être interminable. Ou tourne en conversation creuse ponctuée de ridicule… qui, heureusement, ne tue pas. Sinon, on aurait baigné dans un carnage. Bien qu'on en ait déjà pour notre pomme avec nos professionnels des slogans creux. Des ploucs qui adorent dire "une section de la population", sans s'apercevoir que ce terme divise déjà la Nation.

40 piges que ça dure ! Faudrait peut-être que sinistres et dépités pensent à un peu bouger leur honorable cul pour couper court au communalisme. Qu'on arrête de placer tel mec dans telle circonscription selon sa religion. Ce serait déjà un grand pas. Mais, autant se dire arrête rêvé kamarad ! En attendant que ça change, l'électorat aura toujours le choix entre la peste et le choléra.

J'émerge de mes pensées. Mon taré de voisin traverse le jardin en trimballant un seau d'eau. Il ne rate pas une occasion de se distinguer, celui-là. Un de ses potes se coltine une bouteille en plastoc sans fond. Sans doute un truc pour économiser l'eau ? Un regard insistant me brûle la peau. Je me retourne et tombe sèche sous son charme champêtre. Ça a tout de suite collé entre nous. Comme si on avait gardé les vaches ensemble dans une autre vie.

Ce garçon sorti de nulle part s'appelle Daphnis. Drôle de nom pour un mec. Il ressemble à un de ces beaux bergers un peu poète qui aurait laissé ses moutons sur la montagne. C'est dingue ! J'ai eu l'impression de l'avoir toujours connu, au fur et à mesure de notre conversation. Daphnis est super concerné par la nature. Il dit que la Terre est ronde comme une orange bleue. Une orange qui commence a ne plus avoir de jus. On l'a trop pressée !

Paraît que d'ici 2050, la Planète n'aura pas assez de ressources pour nourrir toute sa population. Le monde risque de mal tourner si rien n'est fait. Ça risque de virer au cauchemar. En premier pour les petits pays qui ne produisent pas grand-chose et qui importent presque tout, du fioul à la bouffe. On aura bientôt besoin de plus de fric pour continuer à bouffer à notre faim.

Les bouchons de champagne sautent et les pétarades se répandent comme une traînée de poudre. Je ne sais pas ce qui m'a piquée, je me suis collée à lui et on s'est roulé un patin. L'année commence bien pour moi… Mais, peut-être est-ce l'aube du crépuscule pour la Terre ?

Bizdou

Chloé