Les mains d'Idriss Mofeejuddy ne peuvent rester au repos, la création
lui brûle les doigts. Cela fait 40 ans qu'il se consacre
à la sculpture sur tôle. Au-delà d'une forme
de langage éphémère, l'artisan cherche, en
métamorphosant la tôle en animaux ou objets de décoration,
à traduire l'éclat et l'émotion qui s'en
dégagent. Dans son domaine, l'imagination n'a pas de limite.
L'esprit toujours en éveil, Idriss Mofeejuddy, 70 ans,
manie la tôle avec précision. Confiant avec une pointe
de fierté : "Je suis le seul à faire des
uvres d'art avec la tôle à Maurice."
Transformation. Dans son atelier sis à son domicile
à Phnix, cet homme à la fois artiste et artisan
du métal forme des tracés sur la tôle. Il
y dessine les premières esquisses des plumes d'un paon,
qu'il découpera au ciseau, avant de les assembler et de
souder le tout avec un chalumeau. Sous ses mains habiles, d'autres
esquisses prennent du relief : dodo, paon, crabe, langouste, pétales
de fleurs, hippocampe
Partant du principe que rien ne se
perd, l'artisan sait que tout se transforme. Idriss Mofeejuddy
recycle chaque morceau de métal. Ce que caractérise
son uvre est un formidable travail sur la matière
et sur l'enveloppe de la matière. Intéressante,
troublante
Chacune de ses sculptures est comme une écriture
gestuelle et graphique. Avec la langouste en tôle qu'il
vient d'achever, il s'attarde à y fixer des pinces, jouant
avec les déclinaisons et les couleurs. Expliquant qu'il
utilisera du vernis pour la couleur, afin de rendre l'uvre
plus "glamour."
Autodidacte. Le travail d'Idriss Mofeejuddy est avant tout
celui d'un créateur sincère qui conçoit ses
uvres avec ce qu'il a en lui : "Ou bisin ena li
dan ou. Bisin oussi ena la passion." Et de raconter qu'il
n'a eu aucun mal à s'imposer dans ce créneau. "Mo
ti pe travay dans mo zenes kot enn tolier. Enn zour mo fer mo
lesprit travay, mo pran enn bout tole et mo commence invente enn
model. C'était un coq de bataille." Cette matière,
il l'a, depuis, apprivoisée. "Mo travay aussi avec
boîtes conserves." Ajoutant : "Ce qu'il
faut, c'est beaucoup d'imagination et un travail de précision."
Relief. Encouragé par ses proches et ses amis, l'artiste
raconte avoir voulu aller plus loin dans sa quête. Jouant
avec les reliefs, toujours à la recherche du moindre détail,
Idriss Mofeejuddy se dit être un perfectionniste. "Guet
sa hippocampe qui mone fer la ! Li pa uniquement enn objet de
décoration, li aussi enn lampe de chevet. Crabe la, mone
fer li vine enn boite bijoux." Plus loin, il montre des
pétales de roses en tôle dont il a fait un miroir.
Son inspiration, il dit la puiser de ses rêves. "Quand
mo ale dormi, mo continué penser couma mo capav ranne mo
travail artisanal encore plus intéressant. Le lendemain,
je mets une demi-heure pour compléter l'objet que j'ai
en tête."
De là à dire si la relève est assurée,
l'homme répond que son fils cadet a bien voulu lui emboîter
le pas. "Chaque artiste a une approche différente
et sa propre technique."
Au Caudan où il a installé son stand, Idriss Mofeejuddy
se dit heureux de voir l'étonnement dans les yeux des gens.
"Les Mauriciens comme les touristes sont étonnés
lorsqu'ils apprennent que chaque objet est façonné
dans de la tôle." Et de conclure sur un ton enjoué
: "C'est un métier noble qui m'apporte beaucoup
de bonheur. Ma récompense se lit dans les yeux de ceux
qui achètent mes sculptures."