Week-End/SCOPE

VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2007 sculpture


ART : SCULPTURE SUR TÔLE

Un travail d'orfèvre

Les mains d'Idriss Mofeejuddy ne peuvent rester au repos, la création lui brûle les doigts. Cela fait 40 ans qu'il se consacre à la sculpture sur tôle. Au-delà d'une forme de langage éphémère, l'artisan cherche, en métamorphosant la tôle en animaux ou objets de décoration, à traduire l'éclat et l'émotion qui s'en dégagent. Dans son domaine, l'imagination n'a pas de limite.

L'esprit toujours en éveil, Idriss Mofeejuddy, 70 ans, manie la tôle avec précision. Confiant avec une pointe de fierté : "Je suis le seul à faire des œuvres d'art avec la tôle à Maurice."

Transformation. Dans son atelier sis à son domicile à Phœnix, cet homme à la fois artiste et artisan du métal forme des tracés sur la tôle. Il y dessine les premières esquisses des plumes d'un paon, qu'il découpera au ciseau, avant de les assembler et de souder le tout avec un chalumeau. Sous ses mains habiles, d'autres esquisses prennent du relief : dodo, paon, crabe, langouste, pétales de fleurs, hippocampe… Partant du principe que rien ne se perd, l'artisan sait que tout se transforme. Idriss Mofeejuddy recycle chaque morceau de métal. Ce que caractérise son œuvre est un formidable travail sur la matière et sur l'enveloppe de la matière. Intéressante, troublante… Chacune de ses sculptures est comme une écriture gestuelle et graphique. Avec la langouste en tôle qu'il vient d'achever, il s'attarde à y fixer des pinces, jouant avec les déclinaisons et les couleurs. Expliquant qu'il utilisera du vernis pour la couleur, afin de rendre l'œuvre plus "glamour."

Autodidacte. Le travail d'Idriss Mofeejuddy est avant tout celui d'un créateur sincère qui conçoit ses œuvres avec ce qu'il a en lui : "Ou bisin ena li dan ou. Bisin oussi ena la passion." Et de raconter qu'il n'a eu aucun mal à s'imposer dans ce créneau. "Mo ti pe travay dans mo zenes kot enn tolier. Enn zour mo fer mo lesprit travay, mo pran enn bout tole et mo commence invente enn model. C'était un coq de bataille." Cette matière, il l'a, depuis, apprivoisée. "Mo travay aussi avec boîtes conserves." Ajoutant : "Ce qu'il faut, c'est beaucoup d'imagination et un travail de précision."

Relief. Encouragé par ses proches et ses amis, l'artiste raconte avoir voulu aller plus loin dans sa quête. Jouant avec les reliefs, toujours à la recherche du moindre détail, Idriss Mofeejuddy se dit être un perfectionniste. "Guet sa hippocampe qui mone fer la ! Li pa uniquement enn objet de décoration, li aussi enn lampe de chevet. Crabe la, mone fer li vine enn boite bijoux." Plus loin, il montre des pétales de roses en tôle dont il a fait un miroir. Son inspiration, il dit la puiser de ses rêves. "Quand mo ale dormi, mo continué penser couma mo capav ranne mo travail artisanal encore plus intéressant. Le lendemain, je mets une demi-heure pour compléter l'objet que j'ai en tête."

De là à dire si la relève est assurée, l'homme répond que son fils cadet a bien voulu lui emboîter le pas. "Chaque artiste a une approche différente et sa propre technique."

Au Caudan où il a installé son stand, Idriss Mofeejuddy se dit heureux de voir l'étonnement dans les yeux des gens. "Les Mauriciens comme les touristes sont étonnés lorsqu'ils apprennent que chaque objet est façonné dans de la tôle." Et de conclure sur un ton enjoué : "C'est un métier noble qui m'apporte beaucoup de bonheur. Ma récompense se lit dans les yeux de ceux qui achètent mes sculptures."


Récompense

Idriss Mofeejuddy se dit heureux d'avoir vu ses œuvres primées. "C'était en deux occasions. J'ai eu droit à deux médailles d'argent. La première, lors d'un concours organisé par la Société pour la promotion des entreprises spécialisées (SPES), et la deuxième, par le Rotary Club de Curepipe."