Week-End/SCOPE

VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2007 reportage


REPORTAGE : RADIER DE MACONDÉ

Ludique et périlleux

Le radier Macondé, situé au sud-ouest de l'île, est un endroit très fréquenté par les habitants des villages alentours et les touristes. Si ses fresques montagneuses offrent une vue imprenable, sa topographie met en danger les passants, plusieurs accidents ayant marqué son histoire. C'est, par ailleurs, la raison pour laquelle un appel d'offres international a été recommandé pour modifier le radier et le rendre plus sûr à la suite du blocage d'un projet en ce sens.

Il est très commun de rencontrer des groupes de personnes sur le radier de Macondé, surtout dans la journée. Il y en a pratiquement tout le temps. Ainsi, on retrouve nombre de pêcheurs amateurs ferrant le batardé, la vieille, la carangue, le poisson cordonnier ou le balao. Rien de très surprenant jusqu'ici. Sauf qu'au lieu de traverser la main courante et se placer sur les rochers et ainsi se mettre à l'abri des véhicules - qui passent en grand nombre quotidiennement -, beaucoup de ces pêcheurs se tiennent carrément sur la route. Sans vraiment s'inquiéter du danger qu'une telle pratique représente, les pêcheurs se donnent à cœur joie de lancer leur ligne, tout en gardant un œil attentif sur la circulation. "C'est vrai que c'est assez dangereux, mais on est habitué à pêcher comme ça", dit Bryan Furcy, 24 ans.

Loisirs. Bryan Furcy indique que son groupe d'amis et lui adorent venir pêcher en cet endroit assez riche en poissons, si l'on en croit ses dires. "On y vient très souvent et on n'est pas les seuls. En jour de semaine, c'est assez calme, mais, en week-end, il y a beaucoup de monde. On habite à Baie du Cap qui est à côté et c'est plus pratique de venir pêcher ici que de traverser tout le radier pour aller au village voisin pour y capturer les mêmes poissons. Il faudrait qu'on prenne un bus ou qu'on soit à bicyclette."

La pêche n'est pas la seule activité que l'on pratique dans ce lieu pittoresque. Bryan Furcy avoue que ses amis et lui sont souvent tentés d'y nager. Mais, il conseille au public de ne pas les imiter, sauf s'ils sont de vrais pros dela natation. "Bizin bien conne nager pou capav nage ici. Ena bokou courant et li mari danzere." Il reconnaît que c'est simplement le plaisir de braver les courants qui les incite à prendre un bain en un tel lieu. Mieux - ou pire -, certains jeunes, n'ayant pas froid aux yeux, se servent de la falaise comme plongeoir pour sauter dans l'eau. Il y a bien là une bonne vingtaine de mètres entre le sommet du grand rocher et l'eau.

Si le radier Macondé apporte beaucoup de bonheur à certains, il peut aussi être une vraie nuisance pour d'autres. Et là, on pense aux chauffeurs de bus ou de poids lourds qui doivent l'emprunter fréquemment. Topographiquement, l'endroit le plus dangereux du radier est le virage juste à l'entrée de Baie du Cap. Étroit et abrupt, celui-ci ne peut contenir qu'un gros véhicule à la fois et quand deux bus ou camions y arrivent en même temps, c'est la catastrophe. Les chauffeurs ne se voient que très tardivement et, souvent, l'un des deux doit reculer pour céder le passage à l'autre véhicule. C'est la raison pour laquelle la plupart des chauffeurs empruntant ce radier donnent de gros coups de klaxon avant d'aborder le virage. "Ene mari problem, sa ! Si ou bizin kiler pou laisse ene lot véhicule passer, pa grav, mais si ena quatre ou cinq véhicules derrière, ou risquer perdi ene ta letan atan lezot passer. Bien bizin change sa radier-la", dit Guy Marchal, chauffeur de bus.

Inondations. Ceci dit, le vrai problème surgit lors des grosses pluies. Macondé rime alors avec… inondé. Souvent impraticable en ces périodes, une grande partie du radier ne fait qu'un avec la mer. Et là, la seule solution pour les véhicules est d'emprunter un autre chemin, ce qui implique plus d'une heure supplémentaire pour arriver à Baie du Cap. À l'inondation, viennent s'ajouter les gros morceaux de bois, arrachés des arbres se trouvant sur la montagne. Et là, le lien entre le Nord et le Sud est coupé. "Il faut attendre plusieurs jours avant que l'on puisse emprunter le radier", disent les habitants de Baie du Cap.

Macondé est aussi connu par un incident périlleux qui a marqué son histoire. Certains gardent en mémoire la tragédie survenue voici une dizaine d'années. Un bus de la National Transport Corporation, loué pour un mariage, fit une sortie de route pour s'engouffrer dans l'eau… Résultat : la disparition d'un enfant ainsi que le décès d'un nourrisson et d'une femme.


Projet toujours en attente

Suite à un appel d'offres lancé par la Road Development Authority, en mai dernier, en vue de construire un pont sur le radier pour le rendre plus praticable, la firme General Construction avait obtenu le contrat à hauteur de Rs 241 millions et devait récemment commencer les travaux. Mais le projet fut bloqué in extremis par le ministère des Finances. Motif : un rapport des consultants estime le coût du projet à Rs 160 millions. Une source proche de la RDA révèle qu'une évaluation est actuellement en cours concernant tout éventuel projet et l'appel d'offres est toujours ouvert aux tenderers locaux ainsi qu'aux foreign tenderers dans l'éventualité d'un joint venture avec des tenderers locaux.