Week-End/SCOPE

VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2007 musique


  ERIC APPAPOULAY - Faith is Trust au rythme mauricien
  LUANA PANAIN - Une voix, une présence
  BOB SINCLAR - À cheval sur le disque


ERIC APPAPOULAY

Faith is Trust au rythme mauricien

Lors de ses récentes vacances à Maurice, Eric Appapoulay, qui vit en Angleterre, en a profité pour lancer Faith is Trust, son premier album. Des paroles chaleureuses transposées dans la langue de Shakespeare sur un rythme local. Une originalité rare. Faith is Trust est disponible à partir du 19 septembre.

Après l'Angleterre, l'album Faith is Trust d'Eric Appapoulay sort ce mercredi 19 septembre sur le marché local. Issu d'une famille mauricienne, mais né en Angleterre, Eric a, à travers cet album, fusionné ces deux cultures. Sur une musique alternant séga, seggae, soca, funk et jazz, il chante l'amour en anglais.

La sortie de ce premier album en Angleterre et à Maurice est un objectif que s'était fixé cet homme de 35 ans bien des années plus tôt. Lui, qui a toujours souhaité faire connaître ses origines, lance qu'"en sus de mes copains, toute l'Angleterre pourra se familiariser avec le séga." Eric a fait de la musique le fil conducteur dans le processus d'unicité de sons entre son pays d'origine et sa terre natale, afin de suivre les traces de son père Gaby. Grand amateur de ce type de musique, ce dernier lui a appris à chanter et à jouer du séga.

Début. Lors de ses rencontres avec ses copains, ces derniers demandaient à Eric de leur jouer des morceaux mauriciens. C'est ainsi que l'idée de sortir un album lui est venue à l'esprit. "Ils étaient très réceptifs à ce type de musique, bien qu'elle leur fût inconnue", raconte-t-il. "Ils apprécient certainement le séga et le seggae, car le rythme est très proche du reggae qu'ils connaissent déjà."

Ainsi, Eric Appapoulay décida de s'enfermer dans sa chambre pendant plusieurs jours pour l'écriture de ses chansons. Étant le seul à jouer de divers instruments - tels le piano, la guitare et la basse - sur l'album, cela lui facilitait énormément la tâche. Le 4 septembre, après l'enregistrement final dans son studio à Londres, Eric décide de prendre des vacances. Il met le cap sur Maurice. Sa rencontre inattendue avec Richard Hein, producteur et responsable du Studio Kapricorn, lui est plus que bénéfique.


L'album "riche et frais"

Richard Hein trouve qu'Eric a su habilement intégrer le rythme séga, funk… à sa voix mélodieuse. Le responsable du Studio Kapricorn avoue "n'avoir pas écouté une musique aussi riche et aussi fraîche depuis plusieurs années." Celui qui agit en tant que distributeur du disque d'Eric Appapoulay à Maurice espère que "l'album, qui est à la fois simple et original, trouve son public." L'album est sur le marché à partir de ce mercredi.


LUANA PANAIN

Une voix, une présence

Classée 2e au concours Bate Séga en 2006 avec Mo pa pou reste, Luana Panain, 24 ans, continue de surfer sur les vagues du succès. Actuellement, elle cartonne au sein du groupe Cassava. Rencontre avec une jeune femme pétillante de vie.

Sa voix suffit à la densité d'une ambiance musicale. On sent que Luana Panain aime les mots. Il y a tant d'images, de saveurs dans son interprétation de Mo pa pou reste. Dès qu'elle entonne les premières notes de cette chanson, on aurait dit qu'elle essaie de panser ses blessures, tout en s'offrant des parenthèses de braise. Mais qu'on se rassure ! Luana Panain n'a pas des bleus au cœur. C'est juste une chanson composée par son oncle, Alain Marie-Jeanne, qu'elle a réussi à s'approprier, en faisant corps avec la musique : "Cette chanson avait été composée pour le concours Bate Séga. Il a ensuite repris ce même morceau sur le premier album de Cassava." On l'a compris, depuis, Luana Panain a rejoint cette formation qui comprend aussi deux autres adhérents, Aldo et Ruddy Marie-Jeanne.

Parcours. Luana se dévoile peu, préférant battre la mesure. Dès qu'on évoque le mot séga, ses yeux brillent et elle devient intarissable sur le sujet. "Mo senti mwa bien dan mo la po kan mo chante séga." Elle reconnaît surtout aimer les chansons à textes qui dépeignent une certaine réalité de la vie. "J'ai besoin de m'imprégner de la musique, de cette touche de couleur locale avant de chanter une chanson." Trouvant dommage qu'il n'existe pas beaucoup de voix féminines. Ses débuts dans la chanson, elle le doit à sa mère, Marie-Claude. "Ma mère a dirigé pendant près de 28 ans la chorale de Notre-Dame de Banneux à Beau-Champ." Marquant une pause, elle confie avec fierté : "C'est ma mère qu'on voit avec moi, sur le clip Mo pa ou resté, diffusé sur l'émission Bonto Klip. C'est en l'accompagnant lors des sorties avec son groupe de 3e âge que je me suis mise à la chanson."

Perfectionniste. Originaire de Grande-Rivière-Sud-Est, Luana Panain raconte avoir chanté avec Denis Azor et qu'elle a aussi été membre du groupe Zeness Ti Rivière. "Je vais là où la musique me porte. Il faut de la tension et de l'attention pour arriver à un résultat dont on soit content." Se qualifiant de perfectionniste, Luana Panain est aussi une amoureuse de la vie qui voudrait retenir le temps qui passe. "J'aime aussi des chansons qui vous prennent aux tripes et qui vous donnent des frissons comme Les trois cloches, de Tina Arena, que je chante souvent dans les mariages." Vendeuse dans un établissement hôtelier, la chanteuse raconte qu'elle a aussi beaucoup chanté autrefois dans les hôtels. "Faute de temps, j'ai dû arrêter." Par contre, elle promet de ne pas raccrocher. "Mo contan chanté. Séga l'ambiance, c'est mo préféré." Audacieuse, Luana Panain réplique, qu'à 24 ans, elle a encore du chemin à parcourir dans le domaine musical. "Il ne faut jamais se laisser décourager. Échec ou succès, c'est la patience et la persévérance qui finit par triompher", dit-elle, en conclusion.


L'album

La compilation de Cassava Mo pas pou resté comprend neuf titres de séga d'ambiance dont trois morceaux interprétés en solo, par Luana Panain. À savoir : Zalousie, Veiller Zafer et l'incontournable Mo pa pou resté. C'est Alain Marie-Jeanne qui signe toutes les chansons en tant qu'auteur-compositeur. Pour rappel, l'album est produit par Gérard Louis et distribué par Geda Music


BOB SINCLAR

À cheval sur le disque

Disc-Jockey aux succès galopants, Bob Sinclar est parmi les artistes majeurs de la scène house française. Le DJ cartonne en ce moment avec le titre What I want, extrait de son album The Soundz of Freedom. Ce tenant de la French Touch monte son tube autour de la voix du chanteur Fireball… toujours dans l'esprit de cette touche française.

Les vieux, usés et fatigués diront que Bob Saint-Clare est un personnage incarné par Belmondo dans un film tout aussi vieux : Le magnifique. Ils auront, bien sûr, confondu Saint-Clare et Sinclar. La provoc'voudrait aussi que les gardiennes de la féministé s'offusquent (dans leur cuisine ?) du dernier clip du disc-jockey. Un homme qui semble beaucoup aimer la vénusté des femmes sportives en sueur. Des images hardies font foi de cet amour dans le clip de What I want.

Seximages. Un clip sea-sex-sun montrant des formes et des rondeurs filmées de très près. C'est pour mieux vous voir mes enfants, a dû dire le réalisateur aux filles aguicheuses s'exerçant en petite tenue sur la plage. Sous la houlette d'un bouboule à la voix de castrat, Fireball. La femme objet de convoitise n'est, certes, pas une nouveauté en matière de clips. Toujours le poing levé. D'aucunes pourraient, cependant, dénoncer des scènes dégradantes pour la gent féminine. N'en disconvenons pas. Faisons l'économie d'un éventuel lynchage sur la place pudique… au nom de Bob Sinclar.

Mais, qui est donc ce Bob Sinclar ? Les mordus de musique électro savent que c'est une bête des platines, évoluant dans la jungle électronique. Grrrr ! De la même espèce que Laurent Wolf ou David Guetta et Vendetta. Des artistes friands de rendez-vous nocturnes pour répandre des sons produits par eux-mêmes. Mélanges dénichés au fond des contrées musicales ou au creux de leur cerveau. Les noctambules sont nombreux lors de ces rituels se pratiquant surtout les vendredis et samedis soirs.

Tsunami. Concepteur de parties de rêves en boîte, Sinclar possède une culture musicale aussi large que sa sensibilité créatrice. Le disc-jockey s'entoure aussi des meilleurs pour électriser ses productions, en prise direct avec le disco et le funk. Des collaborations avec un certain Martin Solveig sont notées. Le producteur-remixeur peut se targuer d'être l'épicentre de grands tsunamis planétaires. Une vague soulevée par un florilège de talents ayant donné, entre autres productions personnelles, The Beat Goes On et Kiss my Eyes.

House. Le jockey chevauche les disques en 1988. Il chine dans les écuries à la recherche de perles rares pour alimenter ses mix en sons à être retravaillés par ses bons soins. Sinclar fonde, six ans après, le label Yellow productions en connexion avec DJ Yellow. De la Soul en passant par le hip-hop et de l'acid jazz, le label prend progressivement une coloration house music.

Frenchy. Ces disques sont des frisbies lancées énergiquement dans le ciel des musiques électroniques. Une ascension qui le conduit à écumer les clubs du monde entier. Un parcours pour le moins classique et qui ne diffère pas de celui de ses confrères. Toujours est-il que le DJ est inscrit dans l'annuaire de la French Touch. Un style qui se fonde sur un rythme house classique, mais puisant son originalité dans l'utilisation de samples provenant essentiellement du funk et de la disco.

Le Friant. Les fans savent-ils que Bob Sinclar est âgé de 40 ballets et vit en couple avec une certaine Ingrid ? De son vrai nom Christophe Le Friant, ce musicien est aussi père d'un garçon, Raphaël, et d'une petite fille, Paloma. Ce qui n'enlève rien à son charme. Fan invétérée, Sandrine cache, d'ailleurs, difficilement son appréciation. "Il ne fait pas que de la techno. Son style de musique me plaît. Je trouve Bob beau avec ses longs cheveux et son corps musclé. S'il vient à Maurice, c'est sûr que j'irai le voir !"

Star Ac. Inutile de préciser que le son Sinclar a été médiatisé à travers l'émission Star Academy. Le morceau Love Generation ayant servi de générique lors de la cinquième saison. Le disc-jockey en remet une couche avecWorld Hold On. Il cartonne à présent avec le tube What I want extrait de The Soundz of Freedom. On notera aussi sa remarquable prestation de sauvetage dans une piscine gonflable, sauvant une sirène… qui se noyait dans trente centimètres d'eau !

Sida. À un autre chapitre, les Royalistes apprécieront de savoir que le soir de la victoire de Sarko, le DJ mixa à Paris sur la Place de la Concorde pour cette occasion. Quoi qu'il en soit, Sinclar se montre aussi concerné par les ravages du sida. Conscient d'être un modèle pour les jeunes générations, le disc-jockey apporte ainsi son soutien à l'association Solidays. Comme dirait l'autre : sortez couvert !


La touche française

L'historique de la French Touch a pour point de départ une décision du Premier ministre britannique Margaret Thatcher de mettre un frein à l'hystérie provoquée par le Summer of Love de 1988. On décida d'interdire les rassemblements autour des musiques répétitives. Une mesure anti-techno qui incite les grandes raves du Royaume-Uni à s'exiler en France. Les DJ français puiseront leurs influences dans les tubes acid jazz et techno, mais aussi dans le funk, la disco, le jazz et la soul.

Ces artistes commencent à produire et à éditer des titres qui grimpent rapidement dans les charts britanniques et ne laissent pas indifférents les critiques. À cet instant, la French Touch balbutiante voit apparaître de plus en plus d'artistes tels que Air, Dimitri from Paris, La Funk Mob ou DJ Cam, produisant des sonorités très influencées par le trip-hop. Les Daft Punk commencent à travailler chez eux sur leurs premiers maxis. En France, le mouvement est encore très marginal et se concentre en quelques points névralgiques de la capitale, notamment chez les disquaires où ces mêmes artistes sont à l'affût des nouveautés.

La French Touch commence à prendre véritablement de l'élan avec la sortie de l'album Boulevard de St Germain. Un disque au son acid jazz et house minimale, encensé par la presse britannique, notamment via le New Musical Express ou encore Mixmag. Puis, en 1996, c'est au tour du duo Motorbass de connaître un succès mondial à la sortie de l'album Pansoul. À la fin de la même année, l'album Homework des Daft Punk achève d'établir ce mouvement musical sur la scène internationale.