Week-End/SCOPE

VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2007 enfant


ENFANT : APRENTISSAGE

Faire bon usage du livre

Les animateurs du Centre de Lecture et d'Animation Culturelle (CLAC) sillonnent l'île actuellement afin d'animer des ateliers d'histoires dans les écoles du Pre-School Trust Fund. Une occasion pour petits et grands, de redécouvrir les livres et d'apprendre à mieux s'en servir.

"Il était une fois une petite poule rousse…" Debout, au milieu d'un cercle, Aimée Chasle, responsable du CLAC raconte une des aventures de la petite poule rousse. Joignant le geste à la parole, jouant avec les intonations de la voix, elle n'a aucune difficulté à captiver l'attention des tout-petits, aussi bien que des adultes présents. Nous sommes en plein atelier d'histoires à l'école préprimaire de Rivière des Galets. Le CLAC a été sollicité par le Pre-school Trust Fund pour organiser des activités d'éveil à la lecture à travers l'île.

Parents. Les parents ont été mis dans le coup, afin de comprendre l'importance de raconter des histoires à leurs enfants. Une activité qui tisse des liens entre eux, mais qui développe aussi, chez l'enfant, l'intérêt pour les livres. "L'ordinateur ne remplace pas le livre. Il est complémentaire, il est un support à la lecture", précise Aimée Chasle. En choisissant ses livres, il faut ainsi faire attention aux caractères utilisés. "Les petits caractères découragent les enfants. Ils ont tendance à tourner les pages", poursuit-elle. Autre élément important : les images.

Les histoires font partie intégrante de l'éducation de l'enfant, ajoute encore, la responsable du CLAC. Elle fait ainsi remarquer que chaque légende, conte ou fable, contient une morale. "Outre l'aspect imaginaire qui permet à l'enfant de rêver, il y a toujours une leçon à tirer. Par exemple, Le Petit Chaperon Rouge nous apprend qu'il ne faut pas désobéir à ses parents. Dans le Mouse's Adventure, nous apprenons qu'il ne faut pas juger les gens selon leurs apparences. Cette leçon, il faut l'inculquer à nos jeunes le plus tôt possible. Surtout dans un pays multiculturel comme Maurice." Mais pour que les enfants aient accès à l'histoire et à la leçon, il est important qu'il comprenne la langue, soutient Mme Chasle. Elle conseille ainsi que les histoires soient d'abord racontées en créole, pour permettre à l'enfant de comprendre et ensuite, en français ou en anglais, pour lui permettre d'être exposé aux langues véhiculaires.

Exposer. Avoir toujours le livre en main lorsqu'on raconte une histoire, un autre aspect à ne pas négliger. Car le but premier est d'intéresser l'enfant au livre. Même lorsque le langage utilisé est quelque peu complexe, comme c'est le cas pour les Fables de la Fontaine, il ne faut pas priver l'enfant d'être exposé au son de cette langue qui résonne comme une musique. "Il suffira de la raconter d'abord en créole, pour lui permettre de comprendre." Ouvrons une parenthèse pour préciser que la traduction en créole réalisée conjointement par Marcel Poinen et Henri Favory, avec les illustrations de Danièle Hitié, publiée il y a une dizaine d'années, est très utile pour cela. D'ailleurs, les animateurs du CLAC n'hésitent pas à en faire usage.

Une histoire racontée est une histoire vivante. Aimée Chasle invite les parents à en prendre conscience. Le ton, les intonations ont un rôle important à jouer et permettront de captiver l'attention des enfants. "Autrement, ils vont décrocher et s'endormir."

Les éducatrices du Pre-School Trust Fund écoutent attentivement. Elles, qui évoluent dans l'univers de la petite enfance, représentent un maillon important dans l'apprentissage à la lecture. "Le but d'une telle activité est d'apprendre à mieux se servir du livre. La direction du PSTF a pris une bonne initiative en faisant appel aux animateurs du CLAC. Les éducatrices se serviront de ces conseils pour aider à mieux développer le langage des enfants", avance Michèle Lepredour, Teacher Educator Supervisor.

Apprécier. À l'invitation d'Aimée Chasle pour qu'un enfant raconte une histoire à l'assistance, Yann, petit bonhomme de 5 ans se lève : "Enn zour dan enn pei ti ena enn tipoul rouz…" À la fin de l'histoire, Yann aura mélangé trois aventures de la Petite Poule Rousse en une seule histoire, mais Aimée Chasle est émerveillée. L'enfant s'est très bien débrouillé. Avant lui, sa mère, Mary-Joyce en avait fait autant. Si cette dernière avoue qu'elle a l'habitude de raconter des histoires à ses enfants, elle dit apprécier cet atelier qui lui permettra de se perfectionner dans cette tâche.

Meeta Gunnoo, présidente de la PTA de l'école, avoue que c'est la première fois qu'une telle activité est organisée à l'intention des parents. Elle estime important pour les enfants d'être exposés aux livres et aux parents, d'apprendre comment s'en servir.

Le petit village de Rivière des Galets ayant rarement l'occasion de connaître une telle animation, le passage des représentants du CLAC restera longtemps dans la mémoire des parents et des enfants. Ici, où l'on prête désormais une oreille plus attentive à la radio pour surveiller les alertes au raz-de-marée, "tout se passe autour de l'école." Ce qui explique la participation en grand nombre des parents. Chaque enfant était représenté par au moins un membre de la famille. À la grande surprise et satisfaction d'Aimée Chasle.


CLAC : 12 centres à travers l'île

"Venez dans nos centres, vous trouverez des livres pour vos enfants" est l'appel d'Aimée Chasle lancé aux parents. Il y a 12 CLAC à Maurice : à Grand-Baie, Triolet, Montagne Longue, Cottage, Abercrombie, Rivière du Rempart, St Pierre, Petite Rivière, Bel-Air, Chemin Grenier, Mahébourg et Grand-Bois. Ils sont ouverts de 10h à 17h en semaine et de 10h à 13h le samedi. "L'accès aux centres est gratuit et il n'y a aucun critère de sélection. Les enfants peuvent lire et faire des jeux éducatifs sur place", précise Mme Chasle.

Chaque mois, une animation a lieu dans les CLAC. Les thèmes varient, allant de la Fête du Pain à la Fête de la Musique, en passant par SSR. Des causeries et des quiz sont organisés selon le thème de l'animation. Par ailleurs, Aimée Chasle fait ressortir que la lecture animée permet d'accéder aux langues véhiculaires. Dans le cas des CLAC, la langue française - puisqu'il s'agit d'un projet de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) géré par le ministère des Arts et de la Culture. "Selon les statistiques de l'OIF, la lecture à voix haute, animée, a donné des résultats satisfaisants", ajoute la responsable du CLAC.

Pour tout renseignement sur les CLAC, tél. 208 0230 ou 208 7681.


Rodrigues aussi

Quatre CLAC sont opérationnels à Rodrigues, le dernier en date étant celui de La Ferme. Les autres se situent à Malabar, Rivière Coco et Grande Montagne. Les CLAC rodriguais offrent le même service qu'à Maurice. "Tout se fait en collaboration avec l'assemblée régionale", précise Mme Chasle. Elle invite les Rodriguais à profiter de ce service et, ainsi, à intéresser les enfants à la lecture dès le plus jeune âge.