Les animateurs du Centre de Lecture et d'Animation Culturelle
(CLAC) sillonnent l'île actuellement afin d'animer des ateliers
d'histoires dans les écoles du Pre-School Trust Fund.
Une occasion pour petits et grands, de redécouvrir les
livres et d'apprendre à mieux s'en servir.
"Il était une fois une petite poule rousse
"
Debout, au milieu d'un cercle, Aimée Chasle, responsable
du CLAC raconte une des aventures de la petite poule rousse. Joignant
le geste à la parole, jouant avec les intonations de la
voix, elle n'a aucune difficulté à captiver l'attention
des tout-petits, aussi bien que des adultes présents. Nous
sommes en plein atelier d'histoires à l'école préprimaire
de Rivière des Galets. Le CLAC a été sollicité
par le Pre-school Trust Fund pour organiser des activités
d'éveil à la lecture à travers l'île.
Parents. Les parents ont été mis dans le
coup, afin de comprendre l'importance de raconter des histoires
à leurs enfants. Une activité qui tisse des liens
entre eux, mais qui développe aussi, chez l'enfant, l'intérêt
pour les livres. "L'ordinateur ne remplace pas le livre.
Il est complémentaire, il est un support à la lecture",
précise Aimée Chasle. En choisissant ses livres,
il faut ainsi faire attention aux caractères utilisés.
"Les petits caractères découragent les enfants.
Ils ont tendance à tourner les pages", poursuit-elle.
Autre élément important : les images.
Les histoires font partie intégrante de l'éducation
de l'enfant, ajoute encore, la responsable du CLAC. Elle fait
ainsi remarquer que chaque légende, conte ou fable, contient
une morale. "Outre l'aspect imaginaire qui permet à
l'enfant de rêver, il y a toujours une leçon à
tirer. Par exemple, Le Petit Chaperon Rouge nous apprend
qu'il ne faut pas désobéir à ses parents.
Dans le Mouse's Adventure, nous apprenons qu'il ne faut pas juger
les gens selon leurs apparences. Cette leçon, il faut l'inculquer
à nos jeunes le plus tôt possible. Surtout dans un
pays multiculturel comme Maurice." Mais pour que les
enfants aient accès à l'histoire et à la
leçon, il est important qu'il comprenne la langue, soutient
Mme Chasle. Elle conseille ainsi que les histoires soient d'abord
racontées en créole, pour permettre à l'enfant
de comprendre et ensuite, en français ou en anglais, pour
lui permettre d'être exposé aux langues véhiculaires.
Exposer. Avoir toujours le livre en main lorsqu'on raconte
une histoire, un autre aspect à ne pas négliger.
Car le but premier est d'intéresser l'enfant au livre.
Même lorsque le langage utilisé est quelque peu complexe,
comme c'est le cas pour les Fables de la Fontaine, il ne faut
pas priver l'enfant d'être exposé au son de cette
langue qui résonne comme une musique. "Il suffira
de la raconter d'abord en créole, pour lui permettre de
comprendre." Ouvrons une parenthèse pour préciser
que la traduction en créole réalisée conjointement
par Marcel Poinen et Henri Favory, avec les illustrations de Danièle
Hitié, publiée il y a une dizaine d'années,
est très utile pour cela. D'ailleurs, les animateurs du
CLAC n'hésitent pas à en faire usage.
Une histoire racontée est une histoire vivante. Aimée
Chasle invite les parents à en prendre conscience. Le ton,
les intonations ont un rôle important à jouer et
permettront de captiver l'attention des enfants. "Autrement,
ils vont décrocher et s'endormir."
Les éducatrices du Pre-School Trust Fund écoutent
attentivement. Elles, qui évoluent dans l'univers de la
petite enfance, représentent un maillon important dans
l'apprentissage à la lecture. "Le but d'une telle
activité est d'apprendre à mieux se servir du livre.
La direction du PSTF a pris une bonne initiative en faisant appel
aux animateurs du CLAC. Les éducatrices se serviront de
ces conseils pour aider à mieux développer le langage
des enfants", avance Michèle Lepredour, Teacher
Educator Supervisor.
Apprécier. À l'invitation d'Aimée
Chasle pour qu'un enfant raconte une histoire à l'assistance,
Yann, petit bonhomme de 5 ans se lève : "Enn zour
dan enn pei ti ena enn tipoul rouz
" À la
fin de l'histoire, Yann aura mélangé trois aventures
de la Petite Poule Rousse en une seule histoire, mais Aimée
Chasle est émerveillée. L'enfant s'est très
bien débrouillé. Avant lui, sa mère, Mary-Joyce
en avait fait autant. Si cette dernière avoue qu'elle a
l'habitude de raconter des histoires à ses enfants, elle
dit apprécier cet atelier qui lui permettra de se perfectionner
dans cette tâche.
Meeta Gunnoo, présidente de la PTA de l'école, avoue
que c'est la première fois qu'une telle activité
est organisée à l'intention des parents. Elle estime
important pour les enfants d'être exposés aux livres
et aux parents, d'apprendre comment s'en servir.
Le petit village de Rivière des Galets ayant rarement l'occasion
de connaître une telle animation, le passage des représentants
du CLAC restera longtemps dans la mémoire des parents et
des enfants. Ici, où l'on prête désormais
une oreille plus attentive à la radio pour surveiller les
alertes au raz-de-marée, "tout se passe autour
de l'école." Ce qui explique la participation
en grand nombre des parents. Chaque enfant était représenté
par au moins un membre de la famille. À la grande surprise
et satisfaction d'Aimée Chasle.