Week-End/SCOPE

VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2007 danse


DANSE : KUTCHIPUDI

Féminité et sensualité

Gaieté, tristesse, grâce, séduction… Le Kutchipudi est originaire du sud de l'Inde, plus précisément du village de Kuchelapuram, dans l'État de l'Andhra Pradesh. Pour Premila Uppamah, lecturer qui enseigne cette danse depuis 1984 au Mahatma Gandhi Institute (MGI), il s'agit là d'un art de la féminité et de la sensualité.

Dhik tha thatiginataum, dhik tha thatiginataum… Avec précision et maîtrise, Shayanah Pential, Hemasheenee Sookdeo, Tejasvini Gopaloodoo, Nirma Malaya et Nishma Aserigadu suivent les notes de leur gourou, Premila Uppamah, en ce lundi après-midi. De par la fluidité de leurs mouvements, ces filles évoquent la joie. "Kutchipudi is all about love and happiness", lance Mme Uppamah.

Pour ces étudiantes, c'est l'amour pour cette danse qui les incite à pratiquer pendant des heures, malgré des devoirs et des leçons particulières. Shayanah Pentiah est adepte du Kutchipudi depuis l'âge de 6 ans. "C'est une de mes cousines qui m'a inspirée au début. Depuis, je n'ai jamais cessé de pratiquer cette danse. Je suis tellement heureuse quand je donne des performances", dit l'étudiante de 17 ans qui fréquente le SSS Prof Basdeo Bissoondoyal de Flacq.

Fierté. Hemasheenee Sookdeo, qui prend part aux examens du School Certificate cette année, ne compte surtout pas décrocher. "Si j'ai choisi cette danse, c'est en raison de ses mouvements très sensuels. Malgré les examens, c'est ma façon de me défouler et de me libérer de mon stress. Donc, pas question de faire une pause de deux mois", dit l'étudiante de 16 ans. Tejasvini Goopaloodoo danse le Kutchipudi depuis ses 3 ans. "Comme je pratique cette danse depuis ma tendre enfance, elle m'a inculqué discipline et précision." Si, pour cette étudiante du Mahatma Gandhi SSS, "c'est une fierté de danser le Kuchipudi", pour Nishma Aserigadu, 16 ans et du SSS Dr Manilall, "l'expérience a été enrichissante et m'a permis de combattre ma timidité. Je compte, d'ailleurs, faire mon Master en Inde." Nirma Malaya, 16 ans, nous impressionne car bien que portant une prothèse, elle danse avec beaucoup de dynamisme. "Même si j'ai un problème au niveau du pied droit, le Kutchipudi me permet de vivre normalement. Je ne me vois pas différente des autres et je peux donner aussi des performances scéniques. Cela, grâce au soutien de Mme Uppamah." Nirma Malaya, également, danse depuis l'âge de 3 ans.

Passion. Le Kutchipudi symbolise beaucoup pour Mme Uppamah. "Autrefois, cette danse se jouait dans les temples. Elle a été reconnue en 1956 grâce à un professionnel, Sri Bandha Kanagalingeshara Rao. Même si j'ai pratiqué aussi le Bharata natyam et le Kathak, le Kuchipudi m'a toujours attirée en raison de la fluidité des mouvements des danseuses. C'est vite devenu une passion, d'autant plus que la chorégraphie est basée sur la gestuelle rythmique et les mouvements du visage. Il peut y avoir des dialogues entre les danseurs, cette danse puisant son origine de la dance drama. C'est le Swami Siddindra Yogi, le fondateur, qui l'élabora d'après 3 éléments : Nratta (pure aspect), Nritya (expressional aspect) et Naatya (dialogues and drama)."

Curriculum. Le Taramgam est la partie la plus spectaculaire du Kutchipudi où la danseuse danse sur un plateau en cuivre. Elle peut également danser en tenant un pot en cuivre sur sa tête. L'enseignante du MGI a été initiée par Yellesuuaratu Surya Prakasha Sharma, Bhagavatula Sheturanu et le Dr Nataraja Ramakrishna. Mme Uppamah souhaite que l'art puisse faire partie intégrante du curriculum scolaire. "L'art aide les humains à être de meilleures personnes. Uniquement le côté académique fait trop de pression sur les étudiants. Ils ont besoin de se défouler, d'où l'importance de pratiquer la danse."

Gracieux, le Kutchipudi glorifie le corps féminin.


Parcours

23 ans de carrière, enseignante du Kutchipudi, Premila Uppamah est une lecturer comblée. "C'est en voyant mes élèves s'appliquant à leur art que cela me donne satisfaction." Elle vient d'une famille où l'art est dans le sang, ses deux sœurs étant profs de danse, comme elle. "L'art est primordial dans notre famille. J'ai commencé à danser à l'âge de 3 ans et je n'ai jamais cessé. Après les études, j'ai enseigné au Bharatiya Vidya Bhawan, de Hyderabad, d'où je suis originaire. J'ai débarqué à Maurice en 1984 après mon mariage avec le musicien et chanteur Balakrishna Uppamah, qui tient l'école Tyagara Sangeeta Nrutya Kalashala à St Pierre", raconte Mme Uppamah. Plusieurs années de suite, elle sera l'unique personne à enseigner cette danse à Maurice. "Je suis heureuse d'avoir contribué à propager cette danse à Maurice. Je suis reconnaissante envers le MGI qui a décidé d'intégrer l'enseignement de cette danse dans le curriculum à mon arrivée. Sans doute, sans le soutien de mon époux, je ne serais pas là."