Week-End/SCOPE

VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2007 communalisme


SOCIÉTÉ : COMMUNALISME

À qui profite le racisme ?

Le racisme ethnique intervient à des moments ponctuels de la vie politique du pays. Certains de nos intervenants suggèrent une démarche tendant à cacher des intérêts économiques entre les bourgeoisies. D'autres penchent pour une stratégie de diversion. Pour détourner l'attention du public des problèmes, également d'ordre économique, touchant le pays.

La population mauricienne a su éviter le piège communal des événements entourant l'exploitation d'Îlot Gabriel. Une observation de Georges Ah-Yan qui indique aussi que le principal promoteur du projet de développement sur cet îlot est un sino-mauricien. Ah-Yan se demande comment peut-on raisonnablement le taxer de prôner le communalisme dans ce cas. La réponse pourrait bien se trouver ailleurs. À un plus haut niveau.

Le travailleur social estime regrettable qu'une question de protection du patrimoine a été autant ethnitisée. Et de faire ressortir qu'invoquer le racisme est trop facile quand on est à court d'arguments. Aussi est-il d'avis que "c'est une façon déguisée de détourner l'attention de la population des vrais problèmes du pays." Notre interlocuteur ne mâche pas ses mots : "Le communalisme profite surtout aux politiciens qui se succèdent au pouvoir."

Diversion. Commentant cette éventuelle tentative de détourner l'attention des problèmes du pays, Vina Ballgobin avance, pour sa part, que ce genre de procédé est une tactique courante dans les pays en développement. Celle qui est une des porte-paroles du Front Commun Pou Sov Nou Laplaz donne en exemple un récent cas en Ouganda où un problème de déforestation a tourné en manifestation contre les Indiens du pays. "On a ainsi détourné l'attention des enjeux politiques et économiques du pays." La même stratégie serait-elle utilisée à Maurice ?

Économie. Le citoyen Lindley Couronne remarque la chose suivante : "L'hydre du communalisme ressurgit surtout quand apparaissent les problèmes économiques." Rejoint dans son propos par Ian Jacob. Ce membre de Rezistans ek Alternativ se livre cependant à une analyse politique. Selon cet intervenant, le Parti Travailliste (PTr) incarne une "bourgeoisie d'État" qui est en elle-même un pouvoir économique. Elle a émergé en parallèle à la "bourgeoisie historique."

Intérêts. Ian Jacob avance ainsi que l'Alliance sociale soutient davantage la "bourgeoisie d'État", contrairement au régime précédent qui s'est montré plus en faveur de la "bourgeoisie historique." L'IRS pour l'un et le projet de production d'énergie pour l'autre, sont cités en exemple. "La démocratisation de l'économie selon le PTr équivaut à favoriser la bourgeoisie d'État. Le communalisme et le racisme cachent des intérêts économiques."

"L'ethnitisation d'un problème est une façon dangereuse de masquer ces intérêts et peut déboucher sur des crises. Cela crée déjà des tensions entre les deux bourgeoisies." Il est aussi précisé que des consensus servant leurs intérêts communs sont parfois trouvés entre les deux blocs économiques. Ian Jacob illustre cet état de choses en citant la loi du travail. Une loi qui, dit-il, n'est pas dans l'intérêt de la classe travailleur.

Attente. Vina Ballgobin expose que la question d'îlot Gabriel devrait davantage porter sur ce qui restera aux Mauriciens et non pas de savoir qui gérera cet îlot. Elle suggère que les structures de l'État auraient dû être suffisamment solides pour s'acquitter de cette gestion afin que les éventuelles rentrées d'argent tombent dans les caisses de l'État. "Il ne faut pas oublier que les Mauriciens ont voté une fois pour Anou redresse nou pays et une deuxième fois pour Bizin sanzman. Il existe une attente très forte. Or, les politiciens ne sont pas suffisamment conscients de cette attente." Elle a aussi fait ressortir que "la population comprend pourquoi et comment on instrumentalise le communalisme."

Fonds. Notre intervenante rappelle l'existence de beaucoup de rancœur entre différents groupes. Cela se manifeste par une franchise souvent violente. Elle déplore ainsi la conférence de presse d'une organisation socioculturelle disant son intention de manifester violemment. "Cela ne doit pas être toléré et est condamnable." Vina Ballgobin suggère par là même que le financement des partis politiques constitue un problème de fond. À cela s'ajoutent les nominations dans les organismes para-publics.

Crainte. Lindley Couronne rappelle que Maurice a ratifié une convention internationale contre les discriminations. Il note que le gouvernement mauricien a le devoir de respecter cette ratification. Et non pas d'exacerber les tensions. "Si on prend position par rapport à la couleur de peau ou à la tribu à laquelle on appartient, ce pays deviendra bientôt invivable."


Le PMSD quitte l'AS

Les sorties du Premier ministre contre une communauté particulière du pays n'ont pas été sans conséquences. Le Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD) a claqué la porte de l'Alliance sociale (AS) pour désormais se retrouver de l'autre côté de l'hémicycle. Sans toutefois se joindre à un autre parti d'opposition jusqu'ici. Ce retrait intervient après force pression surtout du député Eric Guimbeau. Celui-ci a été irrité par une attitude du leader rouge. Pour rappel, ces événements découlent des allocutions du PM évoquant la mentalité dominer et rasis. Lors de son virulent discours de Union Park, dimanche 9 septembre, le chef de l'État semblait vouloir faire appel à l'histoire du pays et à des rancœurs liées à l'esclavage que le peuple n'a pas encore exorcisées. Le PM lançait ainsi: "Sa mentalite ki ti ena 100 lane avan, ankor existe dan Maurice, e kot ankor ena dimoun ki pa kontan ou dan sa pei-la." Le PM avait réagi ainsi parce que, selon lui, l'épouse d'un ministre avait dû patienter devant les portes d'un hôtel parce qu'elle portait un saree. Il avait aussi affirmé qu'un club avait refusé l'accès au fils de Sithanen pour des raisons racistes. Le propriétaire du club s'est défendu apportant une version opposée et met en cause le fils du ministre. Eric Guimbeau avait aussitôt réagi critiquant la manière de faire du PM. Son leader, Maurice Allet est resté solidaire au député et pensait avoir une rencontre avec le PM. Dans le passé, c'est par le dialogue que le PMSD avait réglé ses différends avec son leader. Mais cette fois, Navin Ramgoolam s'est montré encore plus virulent vis-à-vis de Guimbeau, alors que les phrases à double sens du PM ont inquiété. Lundi, le PMSD a, une fois de plus, décidé de changer de camp…


Îlot Gabriel

Georges Ah-Yan rappelle que le combat mené est celui du respect des droits des citoyens mauriciens et a pour but de protéger le patrimoine. Îlot Gabriel n'est d'ailleurs pas le seul site dont l'accès serait payant. Le Jardin de Pamplepousses risque aussi de devenir payant. Et Georges Ah-Yan de déplorer qu'un droit d'entrée de Rs 200 soit demandé aux Mauriciens pour visiter l'Île aux Aigrettes. Lequel est géré, indique-t-il, par la Mauritius Wildlife Foundation (MWF). Notre intervenant se dit favorable à un droit d'entrée plus accessible à ces patrimoines mauriciens. Yan Jacob renchérit que font partie du patrimoine national et écologique. Il est d'avis que la vision de la démocratisation de l'économie selon le Premier ministre tend à s'arrêter à qui gère ce patrimoine. Ce membre de Rezistans ek Alternativ dit la désapprobation de toutes formes de privatisation des îlots ainsi que des espaces publiques autant que toutes formes de développements économiques qui entravent l'écologie.