Week-End/SCOPE

VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2007 casinos


SOCIÉTÉ : CASINOS

Jouer: quand rien ne va plus

Ils sont nombreux ceux qui squattent littéralement les casinos de Maurice en vue d'y faire fortune. Si la possibilité de se faire des sommes conséquentes d'argent est très, le vice du jeu peut également dépouiller le joueur à un niveau extrême. Témoignant de leur amour pour le jeu, nos interlocuteurs racontent comment ils se sont rendus malheureux.

Une lumière qui clignote, une alarme qui raisonne et tous les yeux rivés sur la machine à sous faisant tout ce boucan. Jackpot ! Ceci est coutume dans les casinos de Maurice. Mais ils ne sont pas nombreux les joueurs à y faire fortune. Beaucoup caressent le rêve de toucher le gros lot, leur unique raison de fréquenter les maisons de jeu. Et ce rêve n'est souvent qu'une utopie. D'autres y accèdent mais les gains ne dépassent pas leurs investissements. Ainsi, Des gens des deux sexes et de tout âge - bien entendu au-delà de 18 ans comme le veut la loi - s'y retrouvent pour quelques parties de roulette, de poker, de machines à sous entre autres à la recherche du jackpot.

Satisfaction. Beaucoup ont le sourire aux lèvres, la mine éblouie mais derrière ce masque amusé, se cache souvent des âmes meurtries. "Je ne peux pas dire que j'ai perdu énormément d'argent dans les casinos mais j'en perd assez régulièrement ce qui me met dans quelques difficultés en milieu de mois", dit Jean-Pierre, 35 ans. Mais pourquoi continuer serait-on tenté de demander ? Et la réponse n'est pas vraiment celle qu'on attendait. "La chance va tourner un jour ou l'autre", avance-t-il. Jean-Pierre fréquente les casinos pour une seule raison, les machines à sous. Depuis que son beau-frère a touché le Jackpot et ce à trois reprises, il tente d'en faire autant. Mais en deux ans, ce n'est que très rarement qu'il a ramener des gains à la maison. "Ça peut paraître bizarre mais la satisfaction qui nous envahie quand on gagne est indescriptible et ce même si à la fin de l'année on est toujours perdant. Je suis conscients que je vais probablement perdre plus que je n'en gagne mais c'est un vrai plaisir car si vous avez de la chance -, vus pouvez vous faire énormément d'argent d'un seul coup", s'exprime-t-il.

Pertes. Jouer invétéré depuis quelques temps, Sanjay, garde de sécurité, explique qu'il ne sait pas vraiment comment il est tombé dans le vice du jeu ou plutôt qu'il ne l'a pas vu venir. "Ça a commencé à la sortie d'une fête où j'étais accompagné de quelques amis et de ma femme. Nous revenions en voiture quand un de mes copains a suggéré d'aller faire un tour au casino. Succombant aux encouragements de ma femme, qui n'avait jamais mis les pieds dans un casino jusque là, tout comme moi, on y est aller. C'est alors que ma vie a changé." La fameuse chance du débutant étant avec lui ce soir là, il gagne quelques milliers de roupies. Tout heureux d'avoir gagné, Sanjay indique que ce n'est que bien plus tard, soit cinq à six mois après, qu'il décide d'y remettre les pieds. Et là, c'est l'effondrement. Rs 1000, 2000, 3000 ainsi de suite. En à peine deux heures il perd toute sa paye. Croyant fermement se refaire une santé, il touche alors à ses économies et c'est la dégringolade. Carrément les larmes aux yeux, le joueur raconte que jusqu'à ce jour, il passe le plus clair de son temps libre au casino tentant vainement de retrouver les quelques Rs 300 000 qu'il a perdu jusqu'ici. "Mone perdi tou. Mo lacaz, mo loto ek mo fam à coz sa", relate-t-il.

Malheureux. Il y a aussi ceux qui ont de la chance, qui gagnent très souvent des sommes monumentales mais qui, de part leur vice, sont malheureux dans la vie. "J'y vais tous les jours, souvent j'oublie même de manger et de boire. Je me suis acheté une maison, une voiture et beaucoup d'autres choses avec mes gains. En plus, j'ai un bon poste mais mon seul problème c'est que je n'ai pas une compagne pour partager ma vie. Et je sais que tant que je serais accro, et ça risque de durer encore longtemps, aucune femme ne pourra accepter de vivre avec moi", relate Armand. Notre interlocuteur avance qu'il a déjà eu recours à une thérapie pour se dissocier du jeu mais qu'il l'a abandonné en cours de route. "Yen la tro for. Mone deza gagne lagerre ar mo patron a coz ti bizin travay ene samedi alor ki sa zour la mo habitié pas toute la zournée la bas", sourit-il.

Éffondrement. Par ailleurs, il n'est pas rare de voir des gens devenir pratiquement fous ayant perdu. Norbert - nom fictif -, Attendant au casino, explique qu'il en a vu beaucoup l'air perdu et carrément éffondré après avoir perdu leurs derniers sous aux jeux. "Fodé guet zot, larmes dan zot lizié. Dakor ou contan zouer mais li bizin ene loisir sa. Foder pa ou pran cas pou lacaz ou rod fer fortine avec sa", conseille-t-il.


Origine des machines à sous

Jeu traditionnel des casinos, la machine à sous a plus de cent ans. En effet, les machines à sous sont beaucoup plus anciennes qu'on pourrait le croire de prime abord. L'un des premiers modèles naquit en 1889 : il s'agissait d'un changeur automatique de monnaie modifié. La première vraie machine à sous a toutefois été créée par Sittman et Pitt, à Brooklyn (New York), en 1891. Elle contenait 5 tambours qui présentaient un total de 50 cartes à jouer et était basée sur le poker. Comme il n'y avait pas de mécanisme de paiement intégré, une paire de rois pouvait vous donner droit à une bière gratuite, alors que d'autres combinaisons vous permettaient d'obtenir un cigare ou un whisky. En 1895, Charles Fey conçut un appareil contenant 3 tambours sur lesquels on retrouvait 5 symboles : le fer à cheval, le diamant, le pique, le cœur et la cloche. Simplification qui amena Fey à mettre sur pied un système permettant le paiement automatique des gains. Cet appareil eut un grand succès et Fey, même après que son invention ait été bannie de son état de résidence, ne pouvait soutenir la demande. La machine à sous moderne était née.