Ils sont nombreux ceux qui squattent littéralement les
casinos de Maurice en vue d'y faire fortune. Si la possibilité
de se faire des sommes conséquentes d'argent est très,
le vice du jeu peut également dépouiller le joueur
à un niveau extrême. Témoignant de leur amour
pour le jeu, nos interlocuteurs racontent comment ils se sont
rendus malheureux.
Une lumière qui clignote, une alarme qui raisonne et tous
les yeux rivés sur la machine à sous faisant tout
ce boucan. Jackpot ! Ceci est coutume dans les casinos de Maurice.
Mais ils ne sont pas nombreux les joueurs à y faire fortune.
Beaucoup caressent le rêve de toucher le gros lot, leur
unique raison de fréquenter les maisons de jeu. Et ce rêve
n'est souvent qu'une utopie. D'autres y accèdent mais les
gains ne dépassent pas leurs investissements. Ainsi, Des
gens des deux sexes et de tout âge - bien entendu au-delà
de 18 ans comme le veut la loi - s'y retrouvent pour quelques
parties de roulette, de poker, de machines à sous entre
autres à la recherche du jackpot.
Satisfaction. Beaucoup ont le sourire aux lèvres,
la mine éblouie mais derrière ce masque amusé,
se cache souvent des âmes meurtries. "Je ne peux
pas dire que j'ai perdu énormément d'argent dans
les casinos mais j'en perd assez régulièrement ce
qui me met dans quelques difficultés en milieu de mois",
dit Jean-Pierre, 35 ans. Mais pourquoi continuer serait-on tenté
de demander ? Et la réponse n'est pas vraiment celle qu'on
attendait. "La chance va tourner un jour ou l'autre",
avance-t-il. Jean-Pierre fréquente les casinos pour une
seule raison, les machines à sous. Depuis que son beau-frère
a touché le Jackpot et ce à trois reprises, il tente
d'en faire autant. Mais en deux ans, ce n'est que très
rarement qu'il a ramener des gains à la maison. "Ça
peut paraître bizarre mais la satisfaction qui nous envahie
quand on gagne est indescriptible et ce même si à
la fin de l'année on est toujours perdant. Je suis conscients
que je vais probablement perdre plus que je n'en gagne mais c'est
un vrai plaisir car si vous avez de la chance -, vus pouvez vous
faire énormément d'argent d'un seul coup",
s'exprime-t-il.
Pertes. Jouer invétéré depuis quelques
temps, Sanjay, garde de sécurité, explique qu'il
ne sait pas vraiment comment il est tombé dans le vice
du jeu ou plutôt qu'il ne l'a pas vu venir. "Ça
a commencé à la sortie d'une fête où
j'étais accompagné de quelques amis et de ma femme.
Nous revenions en voiture quand un de mes copains a suggéré
d'aller faire un tour au casino. Succombant aux encouragements
de ma femme, qui n'avait jamais mis les pieds dans un casino jusque
là, tout comme moi, on y est aller. C'est alors que ma
vie a changé." La fameuse chance du débutant
étant avec lui ce soir là, il gagne quelques milliers
de roupies. Tout heureux d'avoir gagné, Sanjay indique
que ce n'est que bien plus tard, soit cinq à six mois après,
qu'il décide d'y remettre les pieds. Et là, c'est
l'effondrement. Rs 1000, 2000, 3000 ainsi de suite. En à
peine deux heures il perd toute sa paye. Croyant fermement se
refaire une santé, il touche alors à ses économies
et c'est la dégringolade. Carrément les larmes aux
yeux, le joueur raconte que jusqu'à ce jour, il passe le
plus clair de son temps libre au casino tentant vainement de retrouver
les quelques Rs 300 000 qu'il a perdu jusqu'ici. "Mone
perdi tou. Mo lacaz, mo loto ek mo fam à coz sa",
relate-t-il.
Malheureux. Il y a aussi ceux qui ont de la chance, qui
gagnent très souvent des sommes monumentales mais qui,
de part leur vice, sont malheureux dans la vie. "J'y vais
tous les jours, souvent j'oublie même de manger et de boire.
Je me suis acheté une maison, une voiture et beaucoup d'autres
choses avec mes gains. En plus, j'ai un bon poste mais mon seul
problème c'est que je n'ai pas une compagne pour partager
ma vie. Et je sais que tant que je serais accro, et ça
risque de durer encore longtemps, aucune femme ne pourra accepter
de vivre avec moi", relate Armand. Notre interlocuteur
avance qu'il a déjà eu recours à une thérapie
pour se dissocier du jeu mais qu'il l'a abandonné en cours
de route. "Yen la tro for. Mone deza gagne lagerre ar
mo patron a coz ti bizin travay ene samedi alor ki sa zour la
mo habitié pas toute la zournée la bas",
sourit-il.
Éffondrement. Par ailleurs, il n'est pas rare de
voir des gens devenir pratiquement fous ayant perdu. Norbert -
nom fictif -, Attendant au casino, explique qu'il en a vu beaucoup
l'air perdu et carrément éffondré après
avoir perdu leurs derniers sous aux jeux. "Fodé
guet zot, larmes dan zot lizié. Dakor ou contan zouer mais
li bizin ene loisir sa. Foder pa ou pran cas pou lacaz ou rod
fer fortine avec sa", conseille-t-il.