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VENDREDI 10 AOUT 2007
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madagascar
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MADAGASCAR : TANANARIVE
Dans la Cité des mille
La Cité des mille guerriers dans un autre siècle
ou celle des deux mille sportifs au jour d'aujourd'hui. La capitale
malgache n'est jamais désertée. La population circulant
dans ses artères ou qui coule dans ses veines l'anime d'un
grouillant affairement. Survol.
Tana pour les intimes. Tananarive pour les autres. Ou Antananarivo,
La Cité des mille. La ville malgache fut ainsi baptisée
par le roi Andrianjaka au 17e siècle. Ce monarque en fit
une capitale gardée par mille guerriers. La cité
a pour devise Ny arivo lahy tsy maty indray andro :
où les mille hommes ne meurent pas en un jour. Bien
des saisons se sont succédé depuis. Mais, juchée
au haut de ses humides plateaux, Tana reste agitée d'une
fébrile animation. Ses rues ne se désemplissent
que quand les petites heures sont entamées par l'aube naissante.
Centre. Ville aux allures pittoresques dans certains quartiers,
bordée de belles maisons traditionnelles (en briques ocre)
qui surplombent de vastes plaines de rizières. La riziculture
avait dans le passé alimenté une grande partie de
la région, dont la petite île Maurice. Tana a connu
sa période glorieuse dans les années 30. Époque
où elle commença à se développer de
manière conséquente en un centre névralgique
abritant des ministères ainsi que le grand stade Mahamasina.
Or, le quartier d'Antaninarenina avec ses magasins et ses banques
apparaît davantage comme le véritable centre-ville.
Mutation. En même temps, Tananarive est une capitale
qui, dans certains quartiers, a conservé un charme particulier
: allées ombragées et rues pavées sur les
hauteurs des collines. La cité des mille est, cependant,
en mutation permanente depuis ces dernières années.
Jean-Baptiste Rokotoniaina est natif de Tananarive. Lui-même
concède se perdre parfois dans certaines rues où
les bâtiments poussent comme des champignons après
la pluie.
Analakoly. Jean-Baptiste évoque aussi son quartier
préféré. Celui Analakoly. Un morceau de ville
où des pousse-pousse défilent dans des rues bordées
d'échoppes proposant des brochettes en tous genres, dont
celles de zébu. "Analakoly est souvent fréquenté
jusqu'à au moins deux heures du matin les vendredis. On
se retrouve entre amis pour boire un coup et pour danser un peu
plus tard au son des baffles des autos." Une ambiance
certaine
quoique difficilement palpable avec des mots. Sans
doute, autant que la culture du mora-mora ou celle de prendre
son temps.
Artisanat. Notre guide nous entraîne aussi dans les
rues jonchées de statuettes taillées dans du beau
bois de rose. Un tube en bambou et des fils tendus composent le
vali. Instrument traditionnel malgache au même titre que
le kaboss. Une guitare pour le moins rustique. Autant de reflets
que renvoie la surface lisse des sphères de pierres semi-précieuses.
Tana est aussi vallonements. Des reliefs que serpentent des escaliers.
On trouve souvent sur ces marches des marchands ainsi que de nombreux
mendiants.
Contraste. Le bluesman Éric Triton relate avoir
été choqué par le contraste social et culturel
de Tananarive : la richesse du pays par opposition à la
misère ambiante. "On se rend vraiment compte de
ce qu'est la pauvreté dans les rues de Tana." L'artiste
ne peut s'empêcher de déplorer ce "tourisme
sexuel qui profite de la misère pour assouvir des pulsions."
Triton de poursuivre : "La prostitution est un danger
qui découle de la misère."
Des images d'enfants sortis de nulle part et qui s'agglutinent
autour d'une personne dès que celle-ci donne une pièce
à un de leurs camarades. Certes, Tananarive a bien de charmes,
mais elle est une ville rendue dangereuse par la pauvreté.
Or, le bluesman dira que le Malgache, en règle générale,
est une personne simple qui, souvent, a recours à la débrouille
pour s'en sortir. Tous n'y parviennent pas toujours.
Deux mots de culture
Quelque 80% de la population vivent en milieu rural. Aussi, le
Malgache tisse-t-il un lien fort avec la nature. Les croyances
traditionnelles confèrent à la terre un caractère
sacré. D'ordres animistes ou chamaniques, elles sont encore
pratiquées, sauf en milieu urbain, où les influences
religieuses (chrétiennes et islamiques) sont présentes.
La musique et les chants sont grandement pratiqués lors
des nombreuses cérémonies. Ainsi, l'oralité
reste une dominante dans le quotidien des autochtones. Malgré
l'existence d'écrit malgache en caractère arabe,
le développement de l'écriture date du 19e siècle.
Survol d'une présidence...
En 2002, l'élection de Marc Ravalomanana contre Didier
Ratsiraka plonge Madagascar dans plusieurs mois de troubles. L'homme
d'affaire finit par accéder au pouvoir tandis que l'ex-président
quitte le pays. Autodidacte des affaires et de la politique, Marc
Ravalomanana a été réélu au premier
tour des présidentielles de décembre 2006. Ce natif
de Tananarive appartient à l'ethnie merina. Laquelle se
distingue par la préservation apparente de caractères
ancestraux indonésiens.
Marc Ravalomanana dirigeait une petite laiterie transformée
en entreprise de dimension internationale. Il est élu maire
d'Antananarivo en 1999 et engage la réhabilitation de la
capitale. De vastes opérations d'assainissement et de grands
chantiers urbains sont lancés. Ravalomanana devint en 2001,
vice-président et principal financier de l'Église
de Jésus-Christ à Madagascar. Il a su s'appuyer
sur les courants religieux pour relayer son message politique,
en se plaçant dans un courant d'inspiration politico-religieuse.
Or, une grande partie des 15 millions de Malgaches est de foi
chrétienne et 45% des chrétiens sont des fidèles
de l'église à laquelle appartient Ravalomanana.
En décembre 2001 a lieu le premier tour des élections
présidentielles. Les résultats donnent Marc Ravalomanana
en tête de lice avec 46,44% des suffrages devant le président
sortant Didier Ratsiraka, 40,61%. Des résultats contestés
et qui provoquèrent des manifestations. Car on clame que
Ravalomanana aurait un score bien plus important.
Un second tour est alors prévu pour le mois de février
2002, mais devant l'ampleur des manifestations et le refus des
partisans de Ravalomanana, celui-ci n'a pu avoir lieu. Le 10 février,
le mandat de Ratsiraka arrive à terme. Ravalomanana est
donc proclamé président de la République
par les instances juridiques de la capitale.
Didier Ratsiraka refuse son éviction et se replie à
Tamatave, la principale ville de l'ethnie betsimisaraka. Tamatave
est proclamé nouvelle capitale d'une république
sécessionniste. De cette ville portuaire, Ratsiraka dirige
un blocus des provinces centrales en dressant des barrages routiers
tout en faisant dynamiter les ponts notamment. Ce qui provoqua
une grave pénurie sur les hautes terres et aurait entraîné
environ 10 000 décès par malnutrition ou manque
de soins.