Week-End/SCOPE

VENDREDI 27 JUILLET 2007 société


SOCIÉTÉ : FAMILLE

Mamans en solo

Elles sont jeunes, dynamiques, ambitieuses et financièrement indépendantes. Par choix ou par un concours de circonstance, elles sont des mamans qui élèvent seules leurs enfants. Un rôle qu'elles assument pleinement, se battant pour que leurs enfants ne souffrent pas de grandir dans une famille monoparentale.

Depuis 10 ans, Sophie, la quarantaine, vit dans un appartement avec sa fille, Anne. Celle-ci avait à peine un an lorsque sa mère décide de se séparer de son père. "À cette époque, c'était très mal vu. Une femme quittant son mari pour aller vivre dans un appartement n'était certainement pas une personne de bien. On disait même que j'avais quelqu'un d'autre dans ma vie." Sa détermination et sa force de caractère aidant, Sophie poursuit son chemin, se disant que ce qui compte le plus, c'était le bonheur de sa fille. "Nous ne nous entendions plus, mon ex-mari et moi. On se bagarrait souvent. Je n'ai pas voulu que ma fille grandisse dans cette atmosphère."

Finance. Sophie précise, cependant, que pour prendre une telle décision, l'aspect financier joue un rôle très important. "J'avais un emploi qui me permettait d'être indépendante financièrement. Cela m'a aidé à prendre ma décision. Autrement, je serai peut-être restée. Car ma fille avait tout ce dont elle avait besoin chez son père. Je n'avais pas le droit moral de la sortir de là pour l'emmener dans une condition difficile."

L'aspect financier revient aussi, en premier lieu, dans l'histoire de Sara. Lorsqu'elle est tombée enceinte d'un homme marié, elle s'est tout de suite dit que cet enfant doit vivre. "Ce n'était pas un choix au départ. Mais quand j'ai appris que j'étais enceinte, j'ai voulu garder le bébé. Sa femme n'avait pas d'enfant et je croyais que j'allais pouvoir ainsi le garder. Mais peu de temps après la naissance du bébé, il est parti. Depuis, sa femme a eu un enfant elle aussi."

Culture. Sara dit ne pas regretter son choix pour autant. "Avec le temps, je me dis que je suis heureuse comme ça. Ma fille a cinq ans aujourd'hui et je fais tout pour la combler de bonheur. Qu'il soit présent ou pas, j'ai les moyens d'élever cette enfant toute seule." Sara dit évoluer dans un milieu professionnel plutôt libéral et ne se soucie guère du regard des autres. "En revanche, ce qui a posé problème, c'est la différence culturelle. Mes parents en avaient un peu honte."

Sophie, au contraire, a eu tout l'appui des parents. Pour Anne, l'absence du père a, en quelque sorte, été compensée par la présence des grands-parents. "Ma belle-mère avait gardé de bonnes relations avec moi et elle gardait même ma fille. Ma maman aussi, venait habiter avec moi, pour m'épauler." Sophie soutient, que dans ce genre de situation, il est important d'expliquer les choses clairement à l'enfant. "Je lui ai dit que son père et moi avions un problème, que nous ne pouvions plus vivre ensemble, mais que nous continuons à l'aimer tous les deux."

Relations. Avec le temps, le père d'Anne renoue sa relation avec elle et l'emmène passer les week-ends chez lui. "Je dois dire que j'ai été assez chanceuse sur ce point, car mon ex-mari et moi avons gardé de bonnes relations malgré notre séparation." Sophie fait aussi ressortir qu'à aucun moment, elle n'a terni l'image de son ex-mari aux yeux de sa fille. "Je ne lui ai jamais dit pourquoi j'ai quitté son père, jusqu'à maintenant. La relation entre son père et moi, c'est une chose et la relation entre elle et son père, c'est autre chose. Ce n'est pas à moi de lui dire : ton père a fait ceci ou cela. Je ne dis jamais rien de négatif sur son père."

Ce respect du père, qui est la référence masculine pour la fille est déterminant pour son équilibre social et affectif. "Ma fille m'a dit un jour que son prof lui a dit qu'elle ne ressemble pas à une enfant de divorcés. Je crois que cela est dû à la manière dont nous avons géré cette situation."

Contre toute attente, c'est auprès de la directrice de l'école maternelle que Sara trouvera, elle, le soutient nécessaire pour grandir sa fille dans les meilleures conditions. "Quand je lui ai dit au départ que j'étais une mère célibataire, j'ai senti qu'elle était très sensible à cette question. Nous avons passé des heures à parler. À l'école, elle a une attention particulière pour ma fille. Elle m'a expliqué comment faire pour lui donner le bon équilibre affectif. Si ma fille est aujourd'hui épanouie, c'est grâce à elle."

Vérité. Concernant l'absence du père, Sara s'est contenté de dire, pour le moment : "Ton papa et moi ne nous entendions plus. Mais ça n'a rien à faire avec toi." L'autre vérité, à savoir qu'il a déjà une famille, elle en parlera "en temps et lieu."

Donner à sa fille l'encadrement nécessaire pour qu'elle puisse aller le plus loin possible dans ses études, est devenu aujourd'hui un défi pour Sophie. Et lorsqu'elle regarde en arrière, elle se dit qu'elle est assez fière d'elle. "Si on reste coincée en pensant à ce que les gens vont dire, on ne va jamais avancer." Sara, quant à elle, dit tout faire pour donner une bonne référence masculine à sa fille. "Même si j'assume tout, de A-Z, on ne remplace jamais le père."


Eddy Veerasamy, Institut Droits de L'Enfant : "Donner à l'enfant un male role model"

Scope : Un enfant grandissant avec sa maman seulement souffrira-t-il d'un déséquilibre dans son développement social et affectif ?

Eddy Veerasamy : Tant qu'il y a l'amour, l'écoute, et surtout, un male role model, l'enfant ne risque pas de souffrir. Cela s'applique pour la fille, aussi bien que pour le garçon. Si le père est absent et que l'enfant ne le voit jamais, un oncle ou un grand-père, par exemple, peut jouer ce role model. C'est important pour son développement, autrement, la seule référence que l'enfant a est la maman. Par ailleurs, il faut aussi prendre le temps d'écouter cet enfant et le laisser exprimer ce qu'il ressent, en vivant dans une famille différente des autres. Les marques d'affection sont aussi importantes. Il ne suffit pas de dire à un enfant : "Je travaille dure pour t'élever toute seule", pour lui prouver qu'on l'aime. Il faut savoir prendre son enfant sur ses genoux, le regarder dans les yeux et lui dire : "Je t'aime, je suis contente d'être avec toi."

En cas de divorce, qu'elle est la bonne attitude à observer de la part des parents ?

Il faut avant tout que l'enfant ait l'occasion de voir les deux parents. Il ne faut en aucun cas exercer un certain contrôle ou essayer de le tirer de son côté. Il faut lui expliquer clairement, selon son niveau de développement, qu'il y a un problème, que papa et maman ne peuvent plus vivre ensemble et que ce n'est surtout pas à cause de lui. C'est important d'en parler, car l'enfant sent et voit les choses. De même, il ne faut pas ternir l'image du papa ou de la maman, car cela donne une mauvaise référence à l'enfant.

Dans le milieu scolaire, comment encadrer un enfant vivant dans une famille monoparentale ?

Le prof doit être mis au courant de la situation. Cela lui permettra d'avoir une relation privilégiée avec cet enfant. Qu'on le veuille ou non, l'enfant vit avec cette réalité et il faut arriver à l'encadrer. Dans ce cas précis, je dirai, l'encadrement humain est important, autrement, l'enfant craque. Lorsqu'on travaille sur le thème de la famille, par exemple, il faut prendre le temps d'expliquer qu'il y a différents types de familles. C'est important de lui faire comprendre qu'il n'est pas une exception à la règle.


Les papas aussi

Si les cas des mamans en solo sont plus connus, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de papas qui se retrouvent dans le même cas. Dans ce cas, également, Eddy Veerasamy soutient qu'il faut donner une référence du sexe opposé à l'enfant. "Comme les enfants vivant avec leur mère ont besoin d'un male role model, les enfants vivant avec leur père ont besoin d'un female role model pour assurer leur équilibre affectif."