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VENDREDI 27 JUILLET 2007
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métier
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CORDONNIER
Antoine Martin, 66 ans de passion
Connu sous le sobriquet de Potiote, il est le plus vieux cordonnier
de Mahébourg. Soixante-six ans depuis qu'il fait ce métier,
Antoine Martin est un personnage incontournable du village et
incarne un folklore qui tend à disparaître.
Des centaines de paires de chaussures jonchent le sol, d'autres
sont suspendues çà et là sur des cordes fixées
aux parois de la bicoque. Antoine Martin est le seul à
pouvoir se retrouver au milieu de ce capharnaüm où
l'odeur de colle et de cuir titille les narines. Connu sous le
sobriquet de Potiote, il est le plus vieux cordonnier de Mahébourg.
Depuis qu'il fait ce métier, voilà soixante-six
ans, Antoine a toujours occupé le même atelier. À
l'époque, se souvient-il, il payait le loyer à Rs
5. À cette même période, il s'adonnait surtout
à la fabrication de chaussures, qu'il vendait à
Rs 18 la paire. "La vie était très difficile
et je devais très souvent faire le trajet de Mahébourg
à Riche en Eau à pied pour faire la livraison chez
certains clients."
Souvenirs. Ce samedi matin, assis à sa table de
travail, le tablier noirci de taches de colle, Antoine s'attelle
depuis 7h30 à la réparation d'une paire de savates.
En même temps, il fait un brin de causette avec un de ses
vieux amis, un peu leur façon à eux de se rappeler
"l'époque longtemps." De temps en temps,
il relève la tête pour acquiescer d'un sourire les
dires de son ami. Là, on remarque les rides qui se sont
creusées aux coins de ses yeux.
À peine commence-t-il à parler de son métier
que ses grands yeux s'éclairent. Antoine Martin entraîne
illico son interlocuteur dans son univers. Il se remémore
les souvenirs et ce temps difficile où il devait travailler
dur pour subvenir aux besoins de sa famille. Il ne manque pas
de préciser, non sans une certaine fierté, que ce
métier lui a permis de "faire l'avenir mo zenfans".
Ses enfants justement, connaissent le métier, mais ils
préfèrent travailler dans d'autres domaines jugeant
ce travail trop difficile. Il est surtout très fier de
toujours exercer à son âge.
Comme il le fait depuis des décennies, chaque semaine,
il entreprend le trajet vers Port-Louis pour s'approvisionner
en matières premières. Antoine raconte Mahébourg,
village qui l'a vu naître, et qu'il ne quittera "pour
rien au monde". Au fil des années, l'homme a été
témoin privilégié des principaux développements
qui ont transformé ce village de pêcheurs en un village
moderne. Antoine Martin déplore cependant que la vie ici
comme partout ailleurs devient trop chère.
Avenir. Dans les années 30, il avait commencé
ce métier après la mort de son père. Il avait
été recruté comme apprenti dans un atelier,
mais très rapidement Potiote avait choisi de voler de ses
ailes. Le métier de cordonnier, il l'avait exercé
par amour : "Je fais ce travail par passion, je n'ai jamais
songé à faire autre chose." Il travaille
selon les mêmes méthodes qu'à l'époque.
Son enclume, son marteau et ses principaux outils datent aussi
de plusieurs années : "Népli vender aster
sa !"
Tout en faisant preuve de dextérité et patience
dans son travail, il a aussi appris à s'adapter au tempérament
de tout un chacun. Ce qui n'est pas toujours évident, laisse-t-il
comprendre.
Depuis 66 ans, dans son atelier bleu situé non loin du
bazar, il voit défiler jeunes et moins jeunes. En attendant
Potiote continue à mettre son art au service des villageois
et à partager sa passion avec son jeune collègue
qui espère bien assurer la relève.
Avenir
À la question de savoir si, selon lui, il y a toujours
de l'avenir dans le métier de cordonnier, il s'empresse
de répondre par l'affirmative tout en échangeant
un regard complice avec son employé : "Les gens
achètent des paires de chaussures qui coûtent une
fortune des fois et ils viennent toujours me voir pour les petites
réparations." Cependant, Antoine trouve regrettable
que les jeunes sont de moins en moins intéressés
par ce métier. Il raconte qu'auparavant, pendant les vacances
scolaires, beaucoup de mères venaient le voir pour qu'il
prenne leurs enfants comme apprentis. Aujourd'hui, c'est plutôt
rare parce que les jeunes selon lui passent trop de temps devant
la télévision et les jeux vidéos.