Week-End/SCOPE

VENDREDI 27 JUILLET 2007 art


BODY-PAINTING

À fleur de peau

Shweta Ramrop a choisi le body-painting comme moyen d'expression. Une technique où le corps dénudé se pare de couleurs, faisant… corps avec la peinture. Par des motifs abstraits, animaliers ou ultra-colorés, Shweta Ramrop fait de la peau une œuvre d'art. Sous son fuseau, le body-painting se montre et s'expose.

Le body-painting est capable de transmettre bien des émotions, de la surprise à l'admiration. Cela, Shweta Ramrop l'a bien compris. Dans son salon de beauté, Ultimate Beauty Clinic, Anthony Joseph, le chorégraphe de REM, et la danseuse Pamela Bontemp, attendent d'être métamorphosés. Il n'y a pas de support plus merveilleux pour la peinture que le corps humain. Pendant les quatre heures que dure la séance de body-painting, les tabous s'envolent, la peinture prend vie.

Métamorphose. Ces reliefs naturels qu'Anthony Joseph et Pamela Bontemp, d'un geste ou d'un sourire, mettent en mouvement, animent les motifs multicolores qui prennent ainsi leur réelle dimension. La peinture-maquillage revêt alors toute son importance, sa raison d'exister étant d'être vue par d'autres. Car c'est aussi du mystère de la métamorphose que vient la fascination pour cet art éphémère. Chaque personne qui se fait peindre propose sa différence. Le thème floral semble correspondre à la personnalité de Pamela, alors qu'Anthony préfère l'aspect camouflage de la peinture abstraite. "La peinture corporelle passe par une démarche créatrice et artistique. C'est comme montrer la vie dans ses moindres gestes", fait ressortir Shweta Ramrop. Elle précise que cet art n'a rien de "voyeur", car, ajoute-t-elle, "la peinture sur corps a un but : celui d'être ornemental. C'est comme regarder un tableau. Le fait que le modèle peint soit ni nu ni habillé permet une exposition du corps, sans que cela choque."

Nuances. L'artiste qu'incarne l'esthéticienne saisit toutes les nuances. Pour peindre sur la peau, elle demande aux deux mannequins de se débarrasser de leurs vêtements. String pour Pamela et boxer pour Anthony. Chacun entrera à tour de rôle dans la cabine. Assistée de Mehnaz Fokeer, Shweta Ramrop travaille d'abord sur le corps de Pamela. Éponge, pinceau et palette de couleurs sont les éléments de base. "L'éponge sert à recouvrir tout le corps de peinture, le pinceau à dessiner et colorer la peau, et les couleurs à y apporter de la vie", indique Shweta Ramrop.

Technique. La première étape, pour Pamela, consiste à enduire son visage et son corps de blanc avec l'éponge. Shweta Ramrop poursuit que "c'est la base, avant de peindre directement sur le corps. C'est une sorte de trompe l'œil. Le corps de Pamela Bontemp est recouvert d'une peinture blanche puisque les motifs choisis sont des fleurs. Le blanc fait mieux ressortir les dessins. Alors que le corps d'Anthony Joseph est recouvert d'une peinture noire puisqu'il a choisi un modèle abstrait. Un mannequin peut aussi choisir le rouge, le jaune ou une autre couleur comme base. Tout dépend du motif choisi."

À travers l'épiderme, osmose entre la peinture et l'homme. Expertes de la couleur en mouvement, Shweta Ramrop et Mehnaz Fokeer éclairent les visages et le corps d'Anthony et de Pamela de leurs pinceaux multicolores. Si le procédé semble long, plus de quatre heures, la technique des deux intervenantes séduit. Graduellement, sous leur fuseau, se dessinent des fleurs tout le long du corps de Pamela.

Vives. Les couleurs sont vives, rouge, fuschia, ocre… Shweta Ramrop et son assistante Mehnaz Fokeer mettent du cœur à l'ouvrage. Le temps de laisser la peinture imprégner le corps du modèle, les deux appliquent la même technique pour Anthony. Méconnaissable, tout enduit de noir, ce dernier, en vrai pro, se prête au jeu. Son visage est curieusement maquillé d'une couleur jaune et argenté comme pour faire ressortir ses traits de félin. Sa tête est recouverte d'une écharpe dorée et noire et ses boucles d'oreilles lui confèrent un air de mauvais pirate. Les premières esquisses de son personnage prennent forme sous le fuseau des deux artistes esthéticiennes. Le corps d'Anthony sera par la suite recouvert de dessins graphiques abstraits. Face au miroir, le modèle assiste, médusé, à sa transformation. Sous notre regard, le chorégraphe se révèle dans son nouveau rôle… méthode du camouflage… Son corps s'intègre à un autre environnement. "La peinture corporelle affirme l'identité avec ses couleurs symboliques et ses motifs. C'est comme une deuxième peau", dit Shweta Ramrop.

Constat. À la question de savoir si le body-painting jouit d'un certain engouement à Maurice, Shweta Ramrop répond : "J'ai fait trois défilés de peinture sur corps récemment au Heat Nite Club, à Choisy, et les gens sont surpris, admiratifs… S'ils posent beaucoup de questions, en revanche, beaucoup appréhendent à se laisser peindre nus." Selon Shweta Ramrop, c'est une question de mentalités… "Il y a toujours le tabou et la gêne du qu'en dira-t-on." Et de reconnaître que le body-painting reste avant tout preneur dans le domaine artistique. "C'est une technique qui correspond plus à un danseur, un acteur ou lors de défilés de peinture sur corps. La demande vient plutôt de groupes hôteliers qui cherchent à agrémenter leurs soirées de défilés axés sur du body-painting."


Animalier

Shweta Ramrop confie également qu'"au niveau des maternelles, on fait appel à nous pour le face-painting. Les petits aiment bien se grimer en Spider-Man et Batman, leurs héros fantastiques." Les dessins les plus prisés, dit-elle, relèvent du thème animalier : zèbres, loup, lion. En deuxième position : camouflage, peintures abstraites et fantasmagorie. Pour l'intervenante, n'importe qui peut s'adonner à ce créneau. "Il suffit d'avoir une notion des couleurs et une vision artistique. Moi-même, j'ai appris sur le tas." De plus : "C'est un créneau qui est encore à ses balbutiements, ainsi qu'un art coûtant relativement cher, car il faut importer la peinture." Conclusion : "Ce créneau aura l'impact voulu le jour où l'on arrêtera d'avoir des préjugés. En attendant, le body-painting a sa place lors des spectacles et dans les soirées à thèmes, se révélant un vrai divertissement pour petits et grands. C'est une autre forme d'art tout simplement."


Couleurs

Quant aux peintures utilisées sur le corps, Shweta Ramrop indique : "Ces peintures sont importées de La Réunion et ont été confectionnées pour la peau. Il existe toute une gamme de couleurs : acidulées, chaudes, pastel… En maquillage, on a aussi la partie artistique, comme le grimage. Le face-painting pour les enfants est très prisé et le body-painting étant très reconnu en France, à La Réunion, en Australie…, les fabricants de cosmétiques ont travaillé sur des produits allant de pair avec tous les types de peau. Les couleurs peintes sur la peau s'en vont immédiatement une fois une douche prise." Précision : "On travaille uniquement sur les peaux qui n'ont pas d'eczéma, d'acné et qui ne sont pas allergiques."