Week-End/SCOPE

VENDREDI 6 JUILLET 2007 musique


JOAN BÉGUÉ - Rythmes des îles
RAP - Chapitre 7 selon MC Solaar


JOAN BÉGUÉ

Rythmes des îles

Elle a voulu pour son premier disque, Jamais, faire quelque chose de particulier. Comme une sorte de défi, Elle lance un album de zouk antillais.

Jamais, c'est le titre du premier album solo de Joanne Bégué. Jeune chanteuse qui a côtoyé Dallon et participé sur son album Amen nou bien. Avec son album solo, Joan Bégué veut "mettre l'emphase sur les pays qui parlent le créole". Sur le disque, elle chante en créole mauricien, antillais et guadeloupéen. Pour ce faire, elle a eu l'aide de Dallon et a dû pratiquer ces langues afin d'avoir l'accent qu'il faut.

Début. Joan Bégué a longtemps côtoyé les musiciens en tant que secrétaire au studio Scorpio à Petite-Rivière. Durant son passage au studio, elle a eu l'occasion de prêter sa voix sur divers albums, notamment celui de Snyper (Snyper Revolution), Mario Justin (Bouk emiser), Dancehall Crew et Lataniers. Ces expériences lui ont permis d'avoir plus de confiance en elle et lui ont donné le courage voulu pour se lancer en solo avec Jamais.

Ballades. Cet album, elle le qualifie comme une compilation de style et de genre autour de la créolité. Avec des ballades romantiques ainsi que du zouk d'ambiance. Pour cet opus, elle a laissé le soin à d'autres auteurs, étant trop timide, dit-elle, pour interpréter ses compos. "Je compose des textes depuis l'âge de 12 ans, mais je n'ai jamais eu le courage de les interpréter", dit-elle.

Technique. La jeune chanteuse bénéficie du soutien musical du groupe Zotsa ainsi que d'Elvis Héroseau à la programmation. On note aussi la participation vocale de Caroline Jodun et David Dupuis. La chanson phare devrait être, selon Dallon, Bodé Kreyol (en créole gaudeloupéen). Ce disque se veut un lien entre toutes les îles de par la diversité des langues proposées. L'album a été enregistré chez Kapricorn Studio et chez Michel Nany. Un disque produit par Mary Joyce Grancourt.


Pu toi mama

Un CD de deux titres qui réunit deux grandes voix de la musique mauricienne. C'est ainsi que l'on peut présenter Pu toi mama, qui voit la participation de Ram Joganah et de Pramen Armoogum. Ce dernier est le compositeur et interprète du titre éponyme qui rend hommage à toutes les mères. "Ena buku lespwar dan l'Afrik, ena buku boner dan l'Afrik, Dan l'Afrik ena lavenir labamem sime lalimier", chante Ram Joganah sur RaamAfrika. La poésie et la musique de l'album séduisent, le produit se voulant avant tout mauricien. Production et distribution sont assurées par Tambour des îles.


RAP

Chapitre 7 selon MC Solaar

On l'attendait depuis 4 ans, après Mach 6, MC Solaar revient avec Chapitre 7, son nouvel album. Annoncé par le single Da vinci Claude, depuis quelques semaines, cet album atteste de l'écriture particulière de Claude M'Barali, dit MC Solaar.

Depuis 2001, les chiffres comptent beaucoup dans les différentes appellations des albums de MC Solaar: Cinquième As, Mach 6 et désormais Chapitre 7. Claude M'Barali aurait-il peur de perdre le fil concernant le nombre de ses albums ? Probablement pas. Tout ce qui semble important pour lui aujourd'hui est de continuer à diffuser le rap textuel qui est devenu sa véritable marque de fabrique depuis ses débuts dans les années 90. Après quatre ans d'absence, il fait la lecture du Chapitre 7 de sa vie. "J'ai fait une pause, histoire de vivre. J'ai revu des gens de l'école, j'ai écouté d'autres artistes en studio, j'ai voyagé, donné des concerts en Afrique, en Angleterre, ou encore au Brésil… Je n'ai jamais fait de clichés sur la banlieue… Moi, j'ai eu la chance qu'on me pousse à faire de la musique et on ne m'a jamais reproché d'avoir réussi."

Tchad. Nourrie depuis les troubadours de la richesse des mots et des rimes, la chanson française ne pouvait que s'emparer de ce rap a priori si lointain. Encore fallait-il que l'homme inspiré arrive. Et, ô ironie de l'histoire, il vint du Tchad, via le Sénégal. Une bonne petite claque aux esprits étroits qui, trop nombreux dans l'Hexagone, feignent de croire que la culture française s'est toujours nourrie d'elle-même. Dans chaque morceau, c'est une leçon de français que nous donne MC Solaar l'Africain.

M'Barali. Né à Dakar de parents tchadiens le 5 mars 1969, Claude M'Barali alias MC Solaar est arrivé à l'âge de 6 mois à Saint-Denis en banlieue parisienne. Son père retourne au Tchad après ses études. C'est à sa mère, aide-soignante, que revient la charge de l'élever. À Villeneuve Saint-Georges, autre ville de banlieue où sa famille s'est installée, le futur rappeur grandit. On le dit doué pour le football. Au collège, il ne s'attarde pas sur ses devoirs, son excellente mémoire faisant une bonne partie du travail. À l'âge de 12 ans, il se rend chez un de ses oncles, établi au Caire en Egypte. Il est inscrit à l'école française où il reste neuf mois. Lui-même dit que ce séjour lui a ouvert l'esprit surtout lors de son retour en France. Il passe le baccalauréat et commence des études d'anglais, d'espagnol et de russe.

SOAR. Depuis longtemps, il écoute de la musique et surtout du rap. Quant à son nom, il le tient de cette époque où avec de gros feutres ou des bombes de peinture, il signait SOAR puis SOLAAR sur les murs. Il "taggait." Durant l'été 1990, avec son acolyte Jimmy Jay, il commence à enregistrer des maquettes dont le fameux Bouge de là. Le disque sorti, il décroche la cinquième place au Top 50 français et remporte une Victoire de la Musique. En septembre 1991, MC Solaar passe en première partie du groupe rap américain De La Soul à l'Olympia de Paris.

Caroline. L'homme au double A, le rappeur français MC Solaar suit des études de Lettres puis s'implique, au travers de ses chansons, dans les problèmes d'exclusion. Il fait son apparition en 1990 avec Bouge de là puis avec Caroline, compté parmi les tubes de son premier album Qui sème le vent récolte le tempo, en 1991. Ses chansons à textes, pas toujours reconnues par le milieu du rap français, plus proches de Léo Ferré ou de Serge Gainsbourg que des rappeurs Noirs américains pro-violence, marquent les années 90. Qu'il travaille avec Jimmy Jay, Bom Bass, Urban Species ou qu'il s'engage contre le racisme, il enchaîne les succès avec des albums aux sonorités toujours inattendues: 1994 Prose combat, 1997 Paradisiaque et MC Solaar en 1998 suivis d'un double album live Le tour de la question. Des albums, il en vend plus de deux millions en sept ans avec pour seule arme: les mots. En 2001, il réalise les ventes les plus importantes de sa carrière avec Cinquième as et reprend le chemin des studios pour sortir Mach 6 fin 2003.

Jeux de mots. Le rap qu'il pratique est mélodieux, ses textes sont finement ciselés, emprunts de poésie, et truffés de jeux de mots. On connaît MC Solaar comme grand amateur de littérature, insatiable lecteur de journaux et collectionneur de dictionnaires.

En décembre 1991, il participe à la grande opération d'Amnesty International, 30 films contre l'oubli à l'occasion des 30 ans de l'organisation. Il est filmé avec le groupe de raggamuffin français Saï Saï, par le cinéaste Costa Gavras pour la libération de Kim Song Man, prisonnier politique sud-coréen.


La 7e merveille

Quand on pense à MC Solaar, le mot "parolier" nous vient tout de suite à l'esprit. Depuis Qui sème le vent récolte le tempo, il a en effet toujours été fidèle à des textes bien écrits, recherchés, formant parfois de très beaux poèmes.

Solaar nous la joue Amérique du Sud et samba avec le morceau surprenant Paris-Samba, qui emporte immédiatement l'auditeur sous d'autres latitudes. Son disque est d'ailleurs une invitation au voyage; il nous emmène aussi bien à Paris qu'à New York, avec des passages irréels par le paradis et par l'enfer. Avec un flow constant et des textes bourrés de références géographiques, historiques et sociologiques, le rappeur ne fait pas mentir sa réputation d'artiste créatif toujours à l'affût d'idées. Ce Chapitre 7 est bien un passage incontournable dans l'histoire de la carrière de Solaar. "Je ne dis pas que je fais de la chanson ou du rap, je dis que je fais du Solaar… À mes débuts, c'était (le rap) un univers underground, avec IAM, NTM et les autres, on se connaissait tous. Ce "mouvement" a perdu son aspect brut, son côté famille, mais le rap n'est pas plus violent qu'avant."

MC Solaar est avant tout quelqu'un qui sait manier les mots de manière très habile, et qui sait s'adapter à son époque. Chapitre 7 est composé de textes aux rimes variées, au vocabulaire à la fois nostalgique et moderne (Carpe Diem). Le thème de la nostalgie est d'ailleurs très largement abordé à travers des récits inspirés de la vie de l'auteur (L'Auberge du Bouleau Blanc, Non merci). Da Vinci Claude s'inscrit dans ce thème, bien sûr, mais Solaar s'amuse plus avec des mots qu'il ne fait passer de message dans ce titre, et il s'avère trop formaté et répétitif. Malheureusement, nous sommes parfois un peu déstabilisés dans les trips lyriques du bonhomme. On retrouve aussi ce que Solaar décrit comme du "cinéma pour aveugles" dans Coup d'œil dans le métro, par exemple.

L'album marque surtout une grande diversité dans les ambiances et les sujets traités. De l'atmosphère chaude de Paris-Samba à celle western de L'Auberge du Bouleau Blanc, en passant par le style reggae de Clic clic et l'oriental Mollah Solaar, on ne reste pas sur une impression de monotonie. Cette variété ponctue un album tout de même très personnel et intime. Solaar a généralement sur Chapitre 7 une écriture très efficace, émouvante et empreinte de références. Sur certaines chansons, on reste admiratif devant une telle plume - celle-ci mise en relief par des instrus très doux et feutrés, comme dans In God We Trust.