Chaque quinzaine, une équipe du département Bois
et Forêts de Curepipe prend d'assaut la montagne du Pouce.
Dans cette formidable chasse aux trésors, ces techniciens
se lancent en quête des plantes endémiques qui y
susbistent. L'occasion aussi pour eux d'y faire un brin de nettoyage.
Jeudi dernier, nous les avons accompagnés.
Sur nos têtes, le ciel est gris. À l'horizon, de
gros nuages sombres et lourds annoncent le pire. Sur le flanc
de la montagne Le Pouce, l'air est humide, la brise glaciale.
En dépit de ces conditions peu clémentes, une vingtaine
de personnes entament l'ascension de la montagne. Une heure de
marche environ, avec de courtes pauses ici et là, et les
voilà sur la première "plaine" de la montagne,
à côté de la source, là où débute
le Nature Reserve du Pouce. "C'est la source du
Ruisseau Terre-Rouge", explique Dharma Beetun, forestier.
Entre-temps, les autres techniciens et laboureurs du département
Bois et Forêts se reposent un instant.
Désherbage. Aussitôt après, le vrai
travail commence. Se saisissant de leurs pioches et sabres, les
laboureurs se dispersent et commencent le désherbage. Ils
ciblent les endroits où gisent les plantes endémiques.
"En enlevant les mauvaises herbes et les plantes exotiques,
nous leur donnons une meilleure chance de grandir. Dans certains
cas, cela permet la survie de l'espèce. Nous le faisons
dans la plupart des réserves naturelles." Mais,
certains sites, dont ceux se trouvant sur le Corps de Garde, restent
très difficiles d'accès. "Nous comptons
remédier à celà très bientôt",
dit Vishnu Tezoo, Acting Deputy Conservator of Forests.
Déjà en hauteur, les employés du département
Bois et Forêts continuent à grimper pour atteindre
les endroits où sont les plantes endémiques. Pendant
cette autre ascension, ils répertorient de nombreuses espèces
: fougères endémiques, orchidées, bois bête,
bois chandelle, bois carotte et Black Ebony. Nombre de plantes
exotiques sont aussi présentes, dont la bergamote, ainsi
que des plantes envahissantes telles que le privet, la goyave
de Chine et la liane cerf. Cette dernière étant
"une véritable nuisance et la pire menace pour
les plantes endémiques sur Le Pouce", selon les
Forestiers. On remarque également de belles plantes ornementales,
telle la longouze, bien qu'envahissantes aussi.
Boutures. Pendant ce temps, Ashok Surroop, forestier, coupe
des boutures de plantes endémiques, dont le pilea licens,
qui ne se trouve que sur Le Pouce. "On fait cela à
chaque fois. On coupe des boutures pour tenter de les propager
dans la pépinière et les rapporter ensuite pour
que l'espèce ait une meilleure chance de survie."
On constate également les fruits des durs labeurs d'avant
a la vue des petites plantes grandissant à l'air libre,
sans être gênées par des plantes exotiques.
Le gros morceau du jour est, cependant, gardé pour la fin
: deux laboureurs ont la tâche de nettoyer un espace de
dix mètres carré, tout en faisant attention de ne
pas endommager les plantes endémiques. Le nettoyage terminé,
les forestiers encadrent l'espace d'un fil de raphia, puis attachent
un fil à chaque extrémité et à chaque
mètre de sorte à avoir finalement une grille avec
100 carrés.
Quadrant. Par la suite, chaque plante endémique
de chaque carré est répertoriée : 71 sont
ainsi trouvées. "On fait ce quadrant pour
pouvoir comparer la richesse de l'endroit par rapport aux forêts
endémiques et le nombre d'espèces de plantes endémiques
par mètre carré", indique Vishnu Tezoo.
Ce quadrant est le premier d'une série que le département
Bois et Forêts souhaite mettre en place. L'Acting Deputy
Conservator of Forests ajoute : "Le gros problème
est le temps : s'il est pluvieux, on ne peut s'y rendre ; on ne
peut y aller que par beau temps pour des raisons de sécurité."