MUSIQUE : MARILYN MANSON
Provocateur clair-obscur
En quelques années, il est devenu la figure emblématique
de la musique métal et gothique avec des albums culte tels
Smells Like Children et Antichrist Superstar. Des
opus caractérisés par une certaine violence ainsi
qu'une fascination pour l'horreur et la mort. Après des
années à avoir joué l'artiste sombre aux
musiques saturées et métal à souhait, Marilyn
Manson se révèle sous un autre jour dans son 6e
album. Plutôt étonnant.
Il aurait pu être journaliste, mais a préféré
le métier d'artiste. Brian Hugh Warner, connu sous le pseudonyme
de Marilyn Manson, est un homme posé et sensé, qui
se permet des escapades diaboliques pour provoquer le monde. Loin
des clichés sataniques, Marilyn Manson est un être
doux
comme un loup.
Fils unique et progéniture d'un pasteur, il s'est très
vite éloigné du chemin de la religion pour épouser
celui de la provocation. Avec son nouvel opus Eat Me, Drink
Me (voir hors-texte), il se fait toutefois une nouvelle
image. Pas forcément celle attendue par ses fans. Cependant,
le fait de s'être assagi n'a en rien ébranlé
sa réputation de provocateur démoniaque. Une étiquette
qui lui reste collée à la peau du visage.
Provocant. Marilyn Manson est perçu par le grand
public comme un artiste dérangeant et provocateur. Déchaînant
souvent les passions, il semble travailler à ne pas inspirer
l'indifférence. D'aucuns, offensés par les paroles
de Manson, l'accusent de corrompre la jeunesse. Dans de nombreuses
villes nord-américaines, protestations et pétitions
l'ont empêché de se produire sur scène. Après
le massacre de Columbine, beaucoup ont affirmé que sa musique
(avec d'autres du même style gothique) avait influencé
Eric Harris et Dylan Klebold avant leurs meurtres, ceci, malgré
le fait que Harris et Klebold n'aimaient pas la musique de Manson.
Dans le film-documentaire Bowling for Columbine, Michael
Moore, le réalisateur, a donné la parole au chanteur
au sujet de cette tragédie. Lorsqu'on lui demandait ce
qu'il aurait dit aux deux tueurs avant leur crime, s'il avait
pu les rencontrer, Manson répondit calmement : "Je
n'aurais rien dit ; je les aurais écoutés, ce que
personne n'a fait."
Révérend. Très marqué dans
son enfance par une éducation religieuse très stricte,
le chanteur a construit son identité de scène dans
la contestation de l'Amérique puritaine et du dogme chrétien.
Ses premiers shows étaient d'une extrême provocation
idéologique et religieuse. Quand Manson fut nommé
Révérend de l'Église de Satan par
Anton Lavey, son fondateur, il s'est attiré les foudres
de certains croyants et puritains. "Ce titre et autres
actes indécents ont contribué à construire
sa réputation et, de surcroît, sa notoriété",
explique Gilbert, adepte de la mouvance gothique. Derrière
les actions de Marilyn Manson, il y a un plan marketing stratégiquement
pensé, observe notre interlocuteur. Il ne faut pas, poursuit-il,
croire que l'image qu'il renvoie de lui soit totalement vrai ou
sans intérêts pertinents.
Showman. Le fond de commerce de Marilyn Manson demeure
ainsi dans la provocation, qui lui assure une audience étendue,
mais l'artiste sait aussi véhiculer des idées qui
dérangent et changer constamment de forme aussi bien que
de style musical, de l'indus à l'électro-métal
en passant par le glam rock. Véritable showman,
plus performer que chanteur, Marilyn Manson se pare - dans
sa musique, ses clips et ses concerts - d'une imagerie en général
très sombre qui lui a valu régulièrement
d'être qualifié de gothique, de façon erronée.
En réalité, le talent de notre bonhomme est de savoir
s'inspirer de multiples références, la plupart du
temps, hors de la musique, pour créer des albums toujours
très ambiancés et bourrés de pistes de lecture.
Pour résumer à grands traits Marilyn Manson, c'est
un peu le fils spirituel de David Bowie et de Trent Reznor. On
a connu pires inspirations dans l'histoire de la musique rock
et métal.
Ère. Avant toute considération, il est à
noter que Marilyn Manson a toujours été très
influencé dans le début de sa carrière par
sa visite de Disneyland sous acides. On peut donc noter durant
cette "ère" artistique une forte influence du
clownesque avec une forte exacerbation des couleurs. On peut le
noter dans plusieurs de ses clips, comme Dope hat principalement,
ou dans les photos promo des années 89-95. "Il
fallait cette dose d'audacité pour susciter un réel
craze autour du personnage", note Jeff, amateur de musique
métal.
Concept. Loin d'être un déluré et à
l'instar de David Bowie, Marilyn Manson associe à la création
de chaque album un concept profond, bien que jamais clair. Ce
concept s'incarne en un personnage auquel le chanteur s'identifie
: l'Antéchrist pour l'album Antichrist Superstar
ou la pop-star décadente et extra-terrestre Omega pour
la sortie de Mechanical Animals. Quant à Holy
Wood, il renferme une sorte de trilogie inversée en
présentant un être nommé Mercury. Pour The
Golden Age of Grotesque, c'est l'arch Dandy.
Eat Me, Drink Me
La star du rock gothique Marilyn Manson revient avec un moral
d'acier. Après avoir broyé du noir suite à
son divorce avec la strip-teaseuse Dita Van Teese, Marilyn Manson
sort un 6e album Eat Me, Drink Me. Après un Best
Of en 2004, il a travaillé un disque qui risque de surprendre.
Ce 6e album risque de pas mal diviser les fans car il présente
là une face de Manson, certes tout aussi rock, mais tout
de même plus calme, voire beaucoup plus mélodieuse.
Le premier single extrait de ce nouvel opus, Heart-Shaped Glasses,
doit certainement être le morceau le plus intéressant
de l'album, surprenant sur les premières secondes qui tournent
rapidement en rond, musicalement et textuellement
Dans l'ensemble, Manson nous livre là un album beaucoup
plus personnel, écrit en quelques semaines et, surtout,
sans obligation de choquer pour choquer
Ainsi, inutile de rechercher le monstre assoiffé de sang
; ici, le chanteur se transforme en vampire incroyablement mélancolique
et tragiquement romantique. On trouve, donc, des morceaux qui
parlent d'amour, en rupture aux précédents disques.
Les titres changent radicalement d'univers pour proposer des influences
toujours aussi rock, mais moins violentes et plus mélodiques,
sur lesquelles l'artiste pousse le chant un peu plus loin. Un
disque qui surprendra les adeptes !
FÊTE DE LA MUSIQUE : ACTIVITÉS
Diversité musicale
Plusieurs concerts et expo/démonstrations sont prévus
dans le cadre de la Fête de la musique, célébrée
ce jeudi 21 juin. Les Mauriciens auront l'occasion de découvrir
la diversité musicale de l'île.
CONSERVATOIRE F.MITTERAND : Découverte de talents
Le conservatoire prévoit une série d'activités
dans différents endroits pour marquer la Fête de
la musique, cette année. Du mardi 12 au jeudi 14 juin,
une démonstration/exposition d'instruments se tiendra au
siège du conservatoire de 10h30 à 13h30 ; le vendredi
15 juin, le même événement se tiendra au conservatoire
de Curepipe, à la même heure ; les élèves
du conservatoire donneront un concert à l'intention des
employés du MES, à Réduit, le jeudi 21 juin
; le vendredi 22 juin, l'orchestre, les churs et les solistes
du conservatoire donneront, cette fois-ci, un concert à
l'Hôtel de ville de Curepipe ; le dimanche 24 juin, le conservatoire
de Quatre-Bornes tiendra son concours de jeunes compositeurs de
10h à 13h, suivi d'un concert de 15h à 17h.
Pendant toute la journée de dimanche, se tiendra aussi
un concours de peinture adressé aux étudiants de
lower VI. Le thème : la musique sous diverses facettes.
Par exemple, la peinture peut représenter un musicien jouant
d'un instrument ; un artisan réparant un instrument ; un
commerçant dans son magasin de musique ; une classe de
musique, etc. La date limite pour les envois est le mercredi 27
juin. Le dernier concert est prévu pour le mardi 26 juin,
à l'auditorium du conservatoire et sera donné par
le Quintet de cuivres. À signaler que toutes les activités
sont gratuites et ouvertes au public.
MASA/BBRH : Abaim
Pour cette année le Grup Abaim a choisi le thème
Lamizik, patrimwann e konesans : samem ki pu devlop nu byin !
pour célébrer la Fête de la musique. Le groupe
invite ainsi le public le samedi 23 juin, de 13 à 16h,
au centre d'Abaim à Beau-Bassin. De par cette thématique,
Abaim réaffirme sa position, selon laquelle "la
musique est un médium d'apprentissage, allant des codes
d'une société à la gestion de divers types
d'angoisses chez l'enfant". Le groupe proposera à
l'occasion une animation musicale ainsi que des interventions
sur "la pertinence de ces chansons
" Entrée
libre.
Alliance Française
Deux concerts en une soirée. C'est le plateau musical que
propose l'Alliance Française (AF) de Bell Village ce jeudi
21 juin, à partir de 18h. Du classique et du jazz avec
le Conservatoire Frédéric Chopin ainsi que l'atelier
Mo'zar et ensuite celui de la Classic Guitar Société.
Entrée gratuite.
Viking
La Fête de la musique sera un événement à
la Rue St Georges de Port-Louis. Le responsable des ex-studios
Viking prévoit une animation live pour l'occasion
sur le trottoir non loin de ce qui reste de la boutique qui a
pris feu il y a quelques mois. Pierrot Ravina sera de ceux qui
prendront part à cet événement musical original.
Plusieurs invités sont attendus durant la matinée.
Latanier
Le groupe Latanier vient à la rencontre des amateurs de
musique dans le Jardin de la Compagnie. Les frères Joganah
et leurs compagnons y seront de 12h à 13h le temps de reprendre
quelques-uns de leurs morceaux. L'occasion sera aussi pour eux
de rendre hommage à Bam Cuttayen. À souligner que
Latanier présentera le single Pou twa mama à
cette occasion
MUSIQUE KI NEWS
COMPIL : Lambiance nou zil
Rien que du séga et du bon. Harbour Music réunit
"les plus belles chansons de Maurice" dans une
compilation Lambiance nou zil. Avec une partition musicale
assurée par les musiciens de Zotsa, une pléiade
d'artistes défile pour mettre de l'ambiance durant plus
d'une heure de séga. On retrouve dans ce répertoire
festif des noms connus, notamment Jean-Claude Gaspard (Séga
souval), Sylvio Louis (Katiya créole), Kriton
(Maladi d'amour et Zoli ti dimoun), Ino Nakeed (Nacho
beti)
À noter la nouvelle version de Dire
moi papa, de Gérard Bacorillal, avec les voix de Jean-Frederick
Wanchan et Danillo Bacorilall. Disponible dans les bacs.
La Flamme séga
Ambiance 100% fiesta créole, La Flamme séga Vol.
1 est l'album à écouter en ce moment. 18 tubes à
faire vibrer y figurent : Kontan Sa, Zot ti Rodé,
Ravanne A Pé Baté et Mazougué
de Sylvain Kaleecharan ; Dansé Dansé et Le
Ker Content de Ruan Clarel ; Traitère, Récompense,
Baté Tambour, Guété Na Pa Touché
et Conséquance de Wilson Félix ; Trapé
Trapé et Manzel de Didier Clarel ; Dirizan
de Ras Poldo ; Morceau Bonheur, L'amour Impossible
et Nina de Tian ; Bakané et Séga
Lolo de Claudio Veeraragoo ; Martine de Tony ; Souye
To Lizié de Nou Nas Kool ; Avion La Décolé
de Désiré Victor ; Lors la Mer et Medley
de VDN, ainsi que Mabuele de Dalon. Produit par la Kabana
Music, l'album est disponible chez les disquaires à Rs
200.
NOUVEL ALBUM : Jah Vérité dans les bacs
Annoncé il y a quelques semaines de cela, l'album réédité
de Berger Agathe est disponible dans les bacs. Sorti en 1996 sous
le titre Zom Ki faim par le groupe Ovajaho, dont le leader
était Berger Agathe, cet album est dans la même lignée
musicale que celle du père du seggae, Kaya. Ami de ce dernier,
Berger Agathe est tombé sous les balles lors des émeutes
de février 1999. Il fut atteint par une cartouche de grenaille
tirée par la police sur le rond-point de Roche-Bois. Il
meurt le même jour. Avec ce disque, Berger Agathe était
considéré comme l'un des espoirs de seggae. Huit
ans après sa mort, Harbour Music fait revivre la mémoire
de l'artiste en produisant le disque hommage Jah Vérité.
BIENTÔT : Joanne Bégué chante Jamais
Jamais est le titre du premier album solo de Joanne Bégué.
Jeune chanteuse qui a côtoyé Dallon et participé
sur son album Amen nou bien, elle lancera en juillet cet
opus aux saveurs des îles. Un disque zouk-love avec le soutien
musical du groupe Zotsa ainsi que d'Elvis Héroseau à
la programmation. On note aussi la participation vocale de Caroline
Jodun et David Dupuis. La chanson-phare devrait être, selon
Dallon, Bodé Kreyol (en créole guadeloupéen).
Ce disque ce veut un lien entre toutes les îles de par la
diversité des langues proposées. L'album a été
enregistré chez Kapricorn Studio et chez Michel Nany. Produit
par Mary Joyce Grancourt.
Ils sont nombreux à Maurice à gagner leur vie grâce à leurs talents artistiques. Chanteurs, musiciens ou danseurs trouvent dans l'hôtellerie un créneau, voire un tremplin pour s'exprimer et s'épanouir. Malgré les conditions d'emploi souvent décriées, le secteur hôtelier demeure l'un des rares endroits où nos artistes peuvent tout simplement vivre. Strass et paillettes éblouissent les regards, tandis que les danseurs se donnent à cur joie sur la piste. Après avoir pris l'apéritif au son des guitares ou du piano, les clients se retrouvent autour du bar ou au bord de la piscine pour apprécier le spectacle de la soirée. Un orchestre de service pour jouer les styles les plus variés ainsi que des numéros de danse en lien avec le thème de la soirée. Ainsi va la vie des artistes engagés dans l'animation hôtelière. "L'hôtellerie offre la chance de s'exprimer et de communiquer avec des gens du monde", dit Johnny Joseph, l'un des meilleurs batteurs de l'île. Cela forge la personnalité du musicien et l'aide à s'épanouir en tant qu'artiste. "Être en contact avec son instrument tous les jours est quelque chose de particulier et d'important", renchérit-il. Certes, ces choses ont changé au fil du temps. Il y a une saturation dans les registres proposés, car le système a changé. Mais, le circuit hôtelier demeure l'endroit le plus accessible pour l'expression musicale de bon nombre d'artistes à la recherche de soi. Professionnalisme. Engagé dans le secteur depuis plus de 30 ans, Allan Marimootoo est d'avis que l'hôtellerie a permis aux artistes de gagner leur vie avec leur art. De même, il avance que l'artiste a un rôle important dans la vie touristique et qu'il a contribué à son succès. "Là où le bât blesse, c'est que cette contribution n'est pas toujours reconnue. Par exemple, le salaire du musicien ne monte pas automatiquement, il faut toujours négocier." Toujours est-il que l'entertainer est aussi appelé à évoluer avec le secteur. On ne peut plus, de nos jours, compter sur son seul talent pour bien faire dans ce domaine. Il faut aller vers la professionnalisation. "Devenir professionnel veut dire apprendre à valoriser son talent. Par exemple, maîtriser la connaissance générale pour pouvoir converser avec le touriste, bien se comporter, être à l'heure sur le site du travail, etc. Ce sont toutes ces petites choses qui donnent une valeur ajoutée au talent de l'artiste." Thématique. En terme de tendance musicale dans le circuit hôtelier, il serait plus approprié d'évoquer le concept de la thématique. Des soirées spécifiques classées selon la demande, certes, mais aussi calquées sur une formule établie depuis des années. Ainsi, on retrouve dans pratiquement tous les hôtels des animations quasi similaires : du jazz, de la musique africaine, du séga typique, les standards internationaux ou, sinon, des concepts européens du genre French Cancan. "On fait plus de la démonstration qu'autre chose lors des soirées à thème", explique Yoan Leste, percussionniste de Menwar et Bwa Marron. Pour ce qui est des créations mauriciennes, Allan Marimootoo est d'avis qu'elles ont leur place dans les soirées à thème. Toutefois, il plaide pour l'authenticité. À l'exemple de Zanfan des îles, spectacle 100% mauricien monté il y a dix ans, mais qui ne se joue plus qu'au Club Med. Il plaide également pour le respect des ségatiers. "Longtemps, ils venaient avec leur troupe ; aujourd'hui, dans certains hôtels, ils sont accompagnés par l'orchestre de service." Tremplin. Le circuit hôtelier offre aussi cette possibilité de pourvoir une passerelle vers le professionnalisme et la scène musicale. Bon nombre d'artistes locaux connus aujourd'hui ont fait leurs premier pas dans les hôtels avant de fouler la scène musicale et internationale. Les exemples en sont multiples : Éric Triton, Linley Marthe, Gérard Louis "L'hôtellerie permet aux musiciens de se frotter à différents styles et à évoluer constamment afin d'avoir toujours sa place dans le milieu. Cela fait ressortir le talent endormi chez certains", explique Johnny Joseph. Défis. Les années 1990-2005 ont été les belles années de l'animation hôtelière, selon Allan Marimootoo. Aujourd'hui, la situation est quelque peu difficile avec l'érosion des talents vers Dubayy et Hong Kong, notamment, mais aussi avec l'implantation de groupes étrangers qui ne comprennent pas toujours les réalités mauriciennes. "Seules la discipline et la rigueur permettront aux artistes de sortir gagnants. Il faut être conscient de son rôle. Dans certains cas, nous sommes là pour faire marcher le bar ; dans d'autres, pour divertir les touristes. D'où l'importance de comprendre que nous jouons pour eux, pas pour nous Par ailleurs, dans le domaine de l'hôtellerie, les groupes mauriciens n'ont rien à envier aux étrangers." Un bon musicien d'hôtel, selon Allan Marimootoo, est celui qui peut s'adapter à toutes ces situations ainsi qu'à tous les styles de musique. Être appelé un jour à jouer de la variété, le lendemain de la musique exotique, ou encore de la musique zen, sans oublier le jazz, sont autant de facettes de la vie artistique de l'hôtel.
|