Week-End/SCOPE

VENDREDI 15 JUIN 2007 rencontre


RENCONTRE : MARCLAINE ANTOINE

Un demi-siècle musical

50 ans d'histoire. Marclaine Antoine fait un retour en arrière à l'occasion de son demi-siècle de carrière dans l'univers musical. Des chapelets de souvenirs pour faire la litanie de sa vie mouvementée. Remplie de bons et de mauvais moments.

Il a presque tout fait dans sa vie de musicien, d'artiste et d'homme de culture. Guitariste, arrangeur et compositeur, Marclaine Antoine a contribué, de diverses façons, à la promotion de la culture mauricienne ainsi qu'africaine durant sa carrière de musicien.

Sa vie, il l'a consacrée aux instruments de musique. Un devoir de mémoire pour qu'ils ne disparaissent pas. Fervent défenseur des traditions musicales, il a beaucoup voyagé dans les îles de la région à la découverte de ces instruments, mais en note un certain rejet dans sa propre île. "Aujourd'hui, il y a Menwar et quelques autres artistes qui perpétuent la tradition", observe-t-il.

Philosophe. S'il a tant contribué à la culture, cela ne l'empêchera point d'être condamné, dans des conditions inexplicables encore aujourd'hui, pour possession d'armes à feu vieilles de plus de 25 ans. Il fut condamné à une peine d'une année de prison en 2004 et n'en fera que sept mois. "La prison m'a seulement privé de sept mois de musique, rien d'autre." Quand la vie suit son court, on ne garde pas un moment spécial dans sa tête. On vit tout simplement, dit le musicien.

Asta Luego. Sa carrière d'artiste début à l'âge de 11 ans. On est un 1er mai 1957 au Jardin de la Compagnie à Port-Louis : le petit Marclaine fait son baptême scénique. Il interprétera à l'occasion la chanson Asta Luego, standard latin. Depuis, il cultivera la passion de la scène et de la musique. "Je suis fier que mon fils Patrick ait suivi la même route que moi."

Bel Bato. La consécration viendra avec sa chanson Bel Bato. C'était lors du festival de la mer, au concours Amarré Matelot en 1987. Il sortira vainqueur avec une composition qui raconte les joies et peines qu'ont emmené les vagues sur cette île. De l'esclavage aux poissons. "La mer contribue à nos bons moments et à nos mauvais sorts", dit-il.

SMAC. Si beaucoup l'ignorent ou l'ont oublié, Marclaine tient à faire ressortir qu'il est le fondateur de la première société des auteurs-compositeurs à Maurice, bien avant la MASA. "Il y a eu la Société Mauricienne des Auteurs et Compositeurs (SMAC), puis la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs (SMACE)." Il fut ainsi le président de ces deux sociétés avant de laisser la barre à la MASA.

Il fut aussi Conseiller au Centre Culturel Africain durant 13 ans, avant d'en laisser le soin à son amie Micheline Virahsawmy. D'ailleurs, en parlant de cette-ci, il souligne qu'il est derrière l'arrangement de la première version de la chanson Mama papa, qui a grandement contribué au succès de la chanteuse.

Contribution. La génération d'avant, celle qui a donné un nouveau souffle au séga, Lebrasse "mon ami de toujours", en passant par le duo Clency ou le créateur du seggae Kaya, ils sont tous passés par l'école de Marclaine Antoine. Celle de la discipline et du respect de la musique. "90% des anciennes célébrités locales sont passées par ma maison avant de se faire connaître", relate le guitariste, sans une once de prétention, mais la voix gorgée de fierté.


Standard universel à la sauce locale

Pour immortaliser ces 50 ans de musique, Marclaine Antoine lancera bientôt un disque, Balier coco. Une ribambelle d'artistes ont travaillé sur cet opus, sous sa direction et celle d'Alain Remillah. "Je propose une musique instrumentale qui peut être utilisée pour diverses occasions : mariages, émissions télé, etc." Chasseur de sons qui explore les variantes de la mélodie, Marclaine Antoine a remis à la sauce mauricienne ces chansons d'antan, des oldies, qui ne prennent aucune ride et se révèlent autrement.


Musée

Aujourd'hui, 50 ans de musique au compteur, le musicien souhaite que sa passion pour les instruments de musique ne disparaisse pas avec lui. Dans sa maison ornée de ce patrimoine, il espère qu'on en fera un musée, afin de permettre à la nouvelle génération de connaître ces instruments d'antan.