Les structures et les outils mis en place par l'État ont
pour but de promouvoir un avenir certain aux petites et moyennes
entreprises (PME). Toutefois, plusieurs difficultés se
dressent devant les entrepreneurs quand il s'agit de l'exécution
d'un projet. Constat auprès des entrepreneurs locaux au
Sw. Vivekananda Centre de Pailles, la semaine dernière,
lors de la foire organisée à l'initiative de la
Small Enterprises & Handicraft Development Authority (SEHDA).
Manque d'originalité. C'est un fait qui saute aux yeux,
lors d'une visite à la foire de la SEHDA à Pailles.
Un fait que reconnaît Vijay Ramgoolam, le directeur de la
SEHDA. "Dans certains cas, nous remarquons un manque d'imagination
des entrepreneurs en puissance dans l'identification des projets
d'affaires originaux et novateurs. Toutefois, si, par exemple,
à la foire de Pailles, vous avez remarqué six échoppes
proposant les achards et épices, c'est sans doute parce
qu'elles arrivent à écouler leurs produits sur le
marché. À la fin, c'est un peu ce qui importe'',
soutient M. Ramgoolam.
Essoufflé. Spicy World - dont les directrices sont
Devina Payaniandee et Priya Chinaya - met en vente des produits
tout nouveaux, comme le Haleem Mix ou le Rasson Mix. Pour en arriver
là, il a fallu surmonter des obstacles. Ashley Chinaya,
manager, témoigne : "Nous avons connu d'énormes
difficultés financières, car les banques sont très
tatillonnes et demandent toutes des securities. C'est dommage
que nous n'ayions pas des Start up loans à Maurice
! Ambitieux, nous avons tout fait de A à Z. Nous avons
même l'emballage qu'on souhaitait et, en plus, participons
à cette foire bien que cela ait été difficile
de trouver Rs 10 000 pour le stand. Nous sommes heureux de pouvoir
enfin faire valoir nos produits. Mais, on est essoufflé
!" M. Chinaya évoque les difficultés rencontrées
par rapport aux grandes surfaces. "Comment écouler
nos produits facilement si nous n'y sommes pas
? On nous
impose le bar code qui coûte cher et qui n'est pas
à notre portée. De plus, certains nous disent qu'il
y a trop de produits sur les étagères et qu'ils
doivent être réduits. En clair, ce sont les produits
importés qui sont les plus prisés par les grandes
surfaces."
Crainte. Après des cours en Footwear and Leather
Craft à IVTB, Beelkees Nameebaccus, de Creative Gift, propose
des ceintures et bracelets en cuir. "J'ai suivi une formation
en leather craft parce que j'avais des idées assez
claires sur ce que je voulais faire. Les bracelets et ceintures
trouvent preneur parce que je mise sur l'originalité",
dit la jeune femme d'affaires. Soutenue par son époux Faizal,
elle met aussi en vente des gourdes et des caddie bags,
entre autres, sur le marché. Toutefois, cette mère
de famille ne veut pas investir davantage. "J'ai peur
de me lancer à grande échelle, car je ne vois pas
vraiment le marché. J'ai quatre enfants et je ne voudrais
pas contracter des dettes. Je préfère y aller lentement."
Endettement. Mère de cinq enfants, Faiza Hosseny,
d'Agro Foods, met en vente des épices depuis 10 ans. Depuis
peu, elle propose d'autres variétés de produits,
dont le dholl petits pois, le dholl gramme et le maïs. Pour
ce faire, elle avoue avoir hypothéqué sa maison
et son usine. "À chaque étape, il faut s'endetter,
sinon on ne peut innover. De plus, il y a la taxe qu'on nous impose.
Par exemple, sur les grains que j'importe, j'en paye 30%. C'est
difficile de survivre dans ces conditions."
Une situation que déplore Nazima Peeroo, de Naz Star Trading,
qui fabrique des sacs et accessoires. "Je ne comprends
pas comment on peut encourager l'entrepreneuriat si, au préalable,
on ne nous en donne pas les moyens", dit-elle.
Kavita Mackun, qui propose des produits artisanaux, préfère
en confectionner à la demande. "Je ne peux prendre
de gros risques. Il y a un manque d'encadrement financier pour
des jeunes comme nous."
Securities
Il n'a travaillé que deux
mois comme employé de bureau et s'est retiré car
il voulait lancer sa propre entreprise. "J'ai commencé
à travailler le sucre dans la cuisine de ma mère.
Je propose des sucres en morceau, des douceurs alcoolisées
à base de mélasse, des berlingots, etc. Sans financement,
j'ai dû me tourner vers les parents pour hypothéquer
le bien familial. On demande à un jeune de se lancer dans
une entreprise, en lui demandant des securities
J'ai
des amis qui ont des idées d'affaires formidables, mais
qui, par manque de fonds, sont partis à l'étranger
pour concrétiser leurs projets en espérant un jour
revenir", dit Giovani Catherine.
Les PME sont également confrontées à un problème
de financement et d'accès au crédit. Elles ne peuvent
que rarement et marginalement compter sur le système bancaire
pour leur expansion. Le Business Facilitation Act ne suffit
pas. La mise en place d'un environnement réglementaire
juridique, comme le Competition Bill, est importante si,
toutefois, il protège les entrepreneurs locaux face à
l'arsenal de produits importés sur le marché. Aussi,
un environnement fiscal favorable constitue un gage à la
promotion des PME et à leur développement. Vijay
Ramgoolam insiste : "Il n'y a aucun pays au monde où
l'on accorde un prêt sans que l'entrepreneur investisse
en termes de biens immobiliers comme garantie ou encore un minimum
de 25% de financement. Celui qui souhaite lancer son entreprise
doit faire un minimum d'effort financier, car on ne peut financer
aveuglément."