Après s'être assuré de la victoire finale
la veille lors du dernier contre-la-montre, Danilo Di Luca est
entré en vainqueur de la 90e édition du Giro dimanche,
à Milan, où la dernière étape est
revenue, comme prévu, à Alessandro Petacchi.
Une consécration pour le coureur de la Liquigas qui, à
31 ans, s'impose devant le prometteur Luxembourgeois Andy Schleck
et son compatriote Eddy Mazzoleni. Mais une victoire acquise sur
fond de dopage, le vainqueur n'échappant pas lui-même
aux soupçons.
C'était écrit. Leader au soir de la 2e étape
de ce 90e Giro de l'histoire, Danilo Di Luca aura exercé
une domination telle sur cette édition, avec pas moins
de treize jours passés avec le maillot rose sur les épaules,
que la victoire pouvait difficilement lui échapper. Un
Di Luca auquel il ne pouvait plus rien arriver depuis samedi et
ce dernier contre-la-montre au terme duquel le leader de la Liquigas
avait su repousser la menace Andy Schleck.
En ne concédant à Vérone, dans un exercice
pour lequel il n'est pas taillé (1,74 m, 61 kilos) et où
il n'a jamais joué les premiers rôles, que 29 secondes
au rouleur luxembourgeois de la CSC, le coureur de Spoltore avait
verrouillé sa victoire. Schleck lui-même faisait
allégeance : "Je n'ai rien à regretter",
expliquait le dauphin qui, à 21 ans, fait encore mieux
qu'Eddy Merckx qui avait dû en son temps attendre ses 22
ans pour grimper sur le podium. "Deuxième, c'est
déjà inespéré. Et puis, Danilo était
plus fort que moi, il a bien mérité sa victoire."
Dimanche, au terme d'une 21e étape dont l'arrivée
était jugée dans les rues de Milan et qui est revenue
comme attendu à un Alessandro Petacchi auteur de son cinquième
succès - le 24e sur le Giro - et qui glane au passage son
deuxième maillot cyclamen du meilleur sprinter, Di Luca
aura savouré tout au long d'une journée sans danger
une consécration qui vient récompenser une longue
attente pour celui dont le palmarès brillait jusqu'à
ce dimanche uniquement par ses performances sur les classiques.
Mais cette saison, dans le prolongement d'un printemps encore
très dense (victoire sur Liège-Bastogne-Liège
et 3e place à la Flèche Wallonne), le "Killer",
comme on le surnomme dans le peloton, entendait bien franchir
un palier à l'occasion de ce Giro.
"Ce que je ressens est indescriptible". Mission
accomplie pour le protégé de Paolo Zani, le président
de la Liquigas, qui prolonge la domination transalpine sur l'épreuve
avec une 11e victoire de rang pour les coureurs du cru. "Ce
que je ressens est indescriptible", déclarait-il
sur la RAI. "En tout cas une grande émotion.
Pour un Italien, il n'y a rien de plus beau que de gagner le Giro."
Un Di Luca qui, tout au long de ces 3 dernières semaines,
aura pu compter sur une équipe entièrement dévouée
à son leader, à l'image de Nibali, Pellizotti, Noe
ou Spezialetti, pour exercer sa domination sur la course.
Même au plus fort des attaques de ses adversaires, à
commencer par une équipe Saunier-Duval dont les Simoni
(4e), Ricco (6e) et autre Piepoli, sacré meilleur grimpeur,
n'ont eu de cesse de mener une guérilla acharnée,
il aura su repousser une à une ces velléités.
L'histoire serait belle si ce Giro, dont pas une journée
n'aura échappé à l'actualité du dopage,
avec en point d'orgue les révélations de Bjarne
Riis, reconnaissant avoir en son temps pris de l'EPO, ne présentait
pas un vainqueur 2007 dont le nom, ainsi que celui de Mazzoleni
(3e), apparaît dans le cadre d'une enquête lancée
en 2004 et nommée "Oil for drug". Un dossier
colossal qui répertorie entre autres éléments
des écoutes téléphoniques citant le médecin
de Di Luca épinglé par la Fédération
italienne pour des actes de dopage avérés chez les
amateurs. Une implication qui a poussé les inspecteurs
médicaux du Comité olympique italien à contrôler
de manière inopinée Di Luca dans son hôtel,
ainsi que Mazzoleni, Simoni et Ricco. Une ombre évidente
sur le triomphe de Di Luca même si l'intéressé
se défend : "Je ne sais pas ce que cherchaient
les inspecteurs. Tout semblait programmé. Mais peu importe.
Cela fait 3 ans que cette histoire me poursuit sans me perturber.
Mon avocat s'en occupe. Je vous l'ai déjà dit, je
suis serein et prêt à jouir pleinement de ma victoire
dans le Giro." Un doute qui n'aura pas empêché
le succès populaire de cette édition : la RAI pouvait
se féliciter d'audiences télévisées
au beau fixe