Week-End/SCOPE

VENDREDI 8 JUIN 2007 cyclisme


Tour d'Italie 2007

Di Luca, un sacre voilé

Après s'être assuré de la victoire finale la veille lors du dernier contre-la-montre, Danilo Di Luca est entré en vainqueur de la 90e édition du Giro dimanche, à Milan, où la dernière étape est revenue, comme prévu, à Alessandro Petacchi.

Une consécration pour le coureur de la Liquigas qui, à 31 ans, s'impose devant le prometteur Luxembourgeois Andy Schleck et son compatriote Eddy Mazzoleni. Mais une victoire acquise sur fond de dopage, le vainqueur n'échappant pas lui-même aux soupçons.

C'était écrit. Leader au soir de la 2e étape de ce 90e Giro de l'histoire, Danilo Di Luca aura exercé une domination telle sur cette édition, avec pas moins de treize jours passés avec le maillot rose sur les épaules, que la victoire pouvait difficilement lui échapper. Un Di Luca auquel il ne pouvait plus rien arriver depuis samedi et ce dernier contre-la-montre au terme duquel le leader de la Liquigas avait su repousser la menace Andy Schleck.

En ne concédant à Vérone, dans un exercice pour lequel il n'est pas taillé (1,74 m, 61 kilos) et où il n'a jamais joué les premiers rôles, que 29 secondes au rouleur luxembourgeois de la CSC, le coureur de Spoltore avait verrouillé sa victoire. Schleck lui-même faisait allégeance : "Je n'ai rien à regretter", expliquait le dauphin qui, à 21 ans, fait encore mieux qu'Eddy Merckx qui avait dû en son temps attendre ses 22 ans pour grimper sur le podium. "Deuxième, c'est déjà inespéré. Et puis, Danilo était plus fort que moi, il a bien mérité sa victoire."

Dimanche, au terme d'une 21e étape dont l'arrivée était jugée dans les rues de Milan et qui est revenue comme attendu à un Alessandro Petacchi auteur de son cinquième succès - le 24e sur le Giro - et qui glane au passage son deuxième maillot cyclamen du meilleur sprinter, Di Luca aura savouré tout au long d'une journée sans danger une consécration qui vient récompenser une longue attente pour celui dont le palmarès brillait jusqu'à ce dimanche uniquement par ses performances sur les classiques. Mais cette saison, dans le prolongement d'un printemps encore très dense (victoire sur Liège-Bastogne-Liège et 3e place à la Flèche Wallonne), le "Killer", comme on le surnomme dans le peloton, entendait bien franchir un palier à l'occasion de ce Giro.

"Ce que je ressens est indescriptible". Mission accomplie pour le protégé de Paolo Zani, le président de la Liquigas, qui prolonge la domination transalpine sur l'épreuve avec une 11e victoire de rang pour les coureurs du cru. "Ce que je ressens est indescriptible", déclarait-il sur la RAI. "En tout cas une grande émotion. Pour un Italien, il n'y a rien de plus beau que de gagner le Giro." Un Di Luca qui, tout au long de ces 3 dernières semaines, aura pu compter sur une équipe entièrement dévouée à son leader, à l'image de Nibali, Pellizotti, Noe ou Spezialetti, pour exercer sa domination sur la course.

Même au plus fort des attaques de ses adversaires, à commencer par une équipe Saunier-Duval dont les Simoni (4e), Ricco (6e) et autre Piepoli, sacré meilleur grimpeur, n'ont eu de cesse de mener une guérilla acharnée, il aura su repousser une à une ces velléités.

L'histoire serait belle si ce Giro, dont pas une journée n'aura échappé à l'actualité du dopage, avec en point d'orgue les révélations de Bjarne Riis, reconnaissant avoir en son temps pris de l'EPO, ne présentait pas un vainqueur 2007 dont le nom, ainsi que celui de Mazzoleni (3e), apparaît dans le cadre d'une enquête lancée en 2004 et nommée "Oil for drug". Un dossier colossal qui répertorie entre autres éléments des écoutes téléphoniques citant le médecin de Di Luca épinglé par la Fédération italienne pour des actes de dopage avérés chez les amateurs. Une implication qui a poussé les inspecteurs médicaux du Comité olympique italien à contrôler de manière inopinée Di Luca dans son hôtel, ainsi que Mazzoleni, Simoni et Ricco. Une ombre évidente sur le triomphe de Di Luca même si l'intéressé se défend : "Je ne sais pas ce que cherchaient les inspecteurs. Tout semblait programmé. Mais peu importe. Cela fait 3 ans que cette histoire me poursuit sans me perturber. Mon avocat s'en occupe. Je vous l'ai déjà dit, je suis serein et prêt à jouir pleinement de ma victoire dans le Giro." Un doute qui n'aura pas empêché le succès populaire de cette édition : la RAI pouvait se féliciter d'audiences télévisées au beau fixe…


Fiche de Danilo Di Luca

Date de naissance : 2 janvier 1976

Lieu de naissance : Spoltore (Abruzzes, Italie)

Taille : 1,74 m

Poids : 61 kg

Principales victoires :

Courses d'un jour :

Tour de Lombardie 2001, Amstel Gold Race 2005, Flèche Wallonne 2005, Liège-Bastogne-Liège 2007

Trophée Pantalica 2000, GP de Larciano 2000, Trophée Laigueglia 2002, Tour de Vénétie 2002, Trois Vallées Varésines 2003, Coppa Placci 2003, Trophée Matteoti 2004, Milan-Turin 2007

Courses par étapes :

Tour du Pays Basque 2005 (+ 2 étapes, 1 en 2000 et 1 en 2005), Tour de Ligurie 2003 (+ 1 étape), Brixia Tour 2004

trois étapes de Tirreno-Adriatico (2 en 2002, 1 en 2003)

Grands Tours :

Giro : vainqueur en 2007. Six étapes (1 en 2000, 1 en 2001, 2 en 2005, 2 en 2007). 4e du Giro 2005. Maillot rose pendant dix-huit jours (5 en 2005, 13 en 2007)

Vuelta : vainqueur de deux étapes (1 en 2002, 1 en 2006) Maillot amarillo pendant deux jours (2006)

Equipes : Riso Scotti (1998), Cantina Tollo (1999 à 2001), Saeco (2002 à 2004), Liquigas (à partir de 2005)