Maurice tend à être en proie à une crise tant
économique que sociale. Les répercussions sont directement
ressenties par la population, observent
nos divers intervenants en explicitant la situation prévalant
dans le pays. Ils craignent que la pression exercée ne
finisse par provoquer une explosion.
Manifestations, décisions impopulaires, augmentations des
prix et baisse du pouvoir d'achat, ajoutées à une
perception de mauvaise gestion des affaires du pays, concourent
à une tension dans la société. D'aucuns parlent
de crise socio-économique et de frustration découlant
de l'incapacité de nombre de Mauriciens à faire
face à la cherté de la vie. D'autres évoquent
une mauvaise gestion des affaires du pays dans divers secteurs.
Quoi qu'il en soit, les réactions de mécontentement
se sont matérialisées notamment par des manifestations
frisant le dérapage à l'instar des marches orchestrées
devant le Parlement, suscitées par l'affaire des haut-parleurs
des mosquées. Cette manifestation et celle tenue par les
collégiens avant, démontrent clairement une volonté
de défier la loi et les forces de l'ordre; toute manifestation
devant le Parlement étant formellement interdite.
Le non-respect des autorités est perçu par le sociologue
Ibrahim Koodoruth comme émanant d'une certaine frustration.
L'ampleur qu'a eue le problème des haut-parleurs renforçant
également la perception d'une mauvaise gestion. Car ainsi
que le soulignait précédemment Khalil Elahee, président
du Islamic Circle, la question de pollution sonore était,
avant toute chose, un problème administratif qui relevait
de la municipalité de Quatre-Bornes.
Explosion. La paix sociale pourrait être tributaire
de cette perception de mauvaise gestion des affaires du pays,
laisse comprendre Ibrahim Koodoruth en soulignant qu'une éventuelle
explosion sociale "dépendra de la gestion de la
perception quant aux aspects économique et social
"
Autrement dit, comment sera gérée la perception
de la population relativement à la mauvaise gestion du
pays. Ce à quoi l'artiste et travailleur social, Jean-Jacques
Arjoon, ajoute que la réforme économique, mise en
branle par le gouvernement, ne considère pas nombre de
facteurs économiques et sociaux
sans oublier le facteur
culturel. (voir encadré)
Frustration. Jean-Jacques Arjoon explicite son propos en
ces termes: "Beaucoup de personnes continuent à
croupir dans les ghettos et deviennent la caisse de résonance
de cette réforme; les représentants de l'État
ont coupé la ligne de communication. Et quand on ne peut
pas communiquer s'enclenche une bombe à retardement."
L'artiste et travailleur social avait auparavant évoqué
la hausse des prix de produits de consommation courante en précisant:
"La bonbonne de gaz qui augmente est payée au même
prix par les riches autant que par les pauvres. Les frustrations
s'accumulent, et celles qui sont refoulées sont dangereuses."
Précarisation. Toujours au chapitre de l'économie
du pays. Il est constaté que malgré les discours
sur la baisse du chômage et la création d'emploi,
beaucoup de Mauriciens ne parviennent pas à bénéficier
du développement économique. Qui plus est, le syndicaliste
Toolsiraj Benydin ne manque pas de mentionner la suppression des
subventions notamment sur le riz. Il fustige la politique néo-libérale
prônée par le gouvernement, qui tend à rendre
l'emploi précaire. Et s'appesantit sur une tendance à
la privatisation qui, à ses dires, aura pour conséquence
davantage de hausse de prix.
Salaires. Toolsiraj Benydin s'insurge contre le fait que
le gouvernement s'aligne sur les recommandations du Fonds Monétaire
International (FMI) préconisant une réduction des
salaires pour favoriser la mobilité dans le monde de l'emploi.
Et de remarquer que "les salaires de famines" ne
cadrent pas avec les objectifs du Millenium Development Goals
dont le but est de réduire la pauvreté et de contribuer
au développement durable. "Les Mauriciens subissent
une cascade d'augmentation de prix. Et beaucoup n'ont pas un salaire
décent pour mener une vie décente."
Pression. Le syndicaliste établit une analogie entre
la pression qui monte dans une cocotte et la présente situation
sociale. Toolsiraj Benydin déplore encore que le gouvernement
ne soit pas suffisamment à l'écoute. Il est rejoint
dans son propos par Jean-Jacques Arjoon qui est d'avis que la
réforme économique aurait dû être ciblée
pour éviter que les frustrations s'accumulent. Et d'estimer
que la présente réforme "est pour l'instant
subit par certain."