De Genesis à The Police, la tendance semble être
au retour vers les années 80. La résurrection des
légendes a tout d'une manne pour les mélomanes.
The Police reprend du service et a déjà vendu quelque
79 000 billets rien que pour son concert parisien tandis que sa
tournée passe aussi par les pays nord-américains.
La bande à Sting peut se piquer d'un retour en fanfare.
The Police s'érige en un monument des années 80.
Même si certains estiment que la musique distillée
est un peu trop propre ou pas assez trash; d'autres pensent que
ce n'est ni assez reggae, ni assez punk ou ni assez pop. Or tout
cela résume assez bien la musicalité de ce groupe
britannique. De son premier album Outlandos d'Amour qui
reste dans une ligne punk-rock à son dernier Synchronicity
vaguement electro, en passant par son sublime Reggatta
De Blanc, le trio laisse une empreinte indélébile
dans l'univers musical.
Tournée. The Police est de nouveau recomposé,
après avoir entrepris de prendre une année sabbatique
en 1984. Une pause avérée légèrement
plus longue que prévu. Finalement, Sting, Stewart Copeland
et Andy Summers ont mis un terme à leur silence long de
vingt-trois ans ! La nouvelle d'une tournée mondiale de
reformation est tombée au début de cette année.
Ils célébreront ensemble les trente ans du single
Roxanne !
Histoire. Le groupe est constitué en 1977 par le
batteur Stewart Copeland et notamment par le bassiste et chanteur
Gordon Matthew Sumner. Cet originaire de Newcastle se fera lui-même
par la suite appelé Sting ! La formation britannique avait
originellement dans l'idée de rejoindre la scène
punk qui, à ce moment, était à son apogée.
Mais le guitariste Henry Padovani, un des musiciens initiaux,
dépose sa guitare en raison de cette orientation musicale
plutôt révolutionnaire voire braillarde
Punk. Leur album assez officieux Fall out fut naturellement
un bruyant opus punk. Ils donnèrent la même énergie
dans les chansons qui allaient suivre. Aussi le groupe voulait-il
un guitariste qui puisse garder l'énergie du punk mais
jouer avec plus de technique. The Police devint un trio quand
Andy Summers posa ses accords sur la dernière chanson que
Sting était en train d'écrire. Il se chargera désormais
de toute la partie guitare. Le groupe connaîtra le succès
jusqu'à l'apogée en 1983. Année où
The Police reçoit trois Grammy Awards
mais
l'excès de tension entre ses membres les poussa à
la séparation.
Les musiciens se retrouvent néanmoins en 1986 pour tenter
d'enregistrer un nouvel album; de cette réunion, deux chansons
seulement seront enregistrées: une refonte d'un ancien
tube paru sous l'album Zenyatta Mondatta et connu sous
le nom de Don't stand so close to me ainsi que De Do
Do Do De Da Da Da. Pas forcément les meilleurs morceaux
du trio. Leur route diverge et Sting entreprend une brillante
carrière en solo.
Évolution. Reste que ce qui est accompli par la
bande à Sting entre 1977 et 1984 n'en demeure pas moins
une réalisation incontournable de l'odyssée pop-rock.
Certes aux yeux (ou aux oreilles) de beaucoup de jeunes, ce groupe
s'est fait connaître par des morceaux comme Roxanne
ou Every Breath You Take. Or, The Police peut difficilement
être réduit à ces deux chansons. Car du punk
des débuts aux titres précités, un long processus
de développement sonore a opéré pour donner
un son, voire un genre, très particulier.
Le mélomane Georgy Martial confirme ces caractéristiques
du groupe. Il s'attarde surtout sur le mélange sonore rock-roots-ska
qui dans les années 80 était une véritable
innovation. "Police était le premier groupe à
avoir réalisé une telle fusion." Il retient
notamment la voix haut perché de Sting flottant dans l'ambiance
planante de Walking on the moon ou encore Reggatta de
Blanc. Autre mélomane, Stéphane Bellerose évoque
d'emblée un groupe emblématique autant qu'un trio
qui a inventé un style inclassable: "Sur le plan
musical, il est très difficile de reprendre du Police tant
le niveau requiert de la virtuosité." Il a aussi
été marqué par les beaux clips du groupe
dont celui du titre Wrapped around your finger.
Références. La musique de The Police est
indéniablement un mélange hybride de reggae roots
à la basse affirmée, de rock et de pop rythmique
planante et bien d'autres influences. Le talent de chacun des
musiciens était pour beaucoup dans la réalisation
de ce cocktail des genres: le batteur Stewart Copeland était
le fils d'un trompettiste qui avait joué avec le Glenn
Miller Orchestra. Sting jouait de la basse dans un orchestre de
jazz avant de rejoindre le groupe, tandis qu'Andy Summers fut,
dès l'adolescence, le guitariste d'un groupe de Rythm'Blues.
De telles références ne peuvent que donner des musiciens
accomplis, se fondant sur de solides bases pour à leur
tour créer un style propre et pour le moins original.
Reste à savoir, comme se le demande Stéphane Bellerose,
si le groupe aura encore suffisamment d'énergie pour procurer
les mêmes sensations que de par le passé. Quoi qu'il
en soit, la reformation de The Police reste un événement
musical loin d'être négligeable.