Week-End/SCOPE
VENDREDI 21 OCTOBRE 2005

dossier


PÉTROLE


Une campagne de contrôle

Suite à la montée en flèche du prix du baril de pétrole, le gouvernement lance la National Energy Saving Campaign (NESC). Une campagne nationale de préservation de l'énergie électrique qui a pour but de réduire le coût de consommation pétrolière à Rs 500 millions par an.

Depuis janvier 2005, le prix du pétrole a connu une hausse de 60%. En effet, la semaine dernière, le prix de l'essence est passé de Rs 25.25 à Rs 29.00, soit une augmentation de Rs 3.75 par litre. Alors que celui du diesel a connu une hausse de Rs 1.75, passant de Rs 17.25 à Rs 19.00 le litre. Pour éviter toute éventuelle consommation excessive de pétrole par ces temps durs, le gouvernement a lancé la NESC, une campagne anti-gaspillage.

Réduction. Le Central Electricity Board (CEB) est directement concerné par l'augmentation du prix du pétrole, 56% de sa production d'électricité dépendant de ce carburant. C'est pour cela que cette institution s'engage activement dans la NESC. Elle espère ainsi réduire de 10% la consommation d'électricité du pays. Les secteurs domestique, industriel et commercial sont visés. Des mesures drastiques sont actuellement prises par le gouvernement afin que cette augmentation du prix du pétrole ne vienne pas perturber le développement du pays. Cependant, aucune majoration au niveau des factures d'électricité n'est à l'agenda. La hausse du prix du pétrole n'aura donc pas d'impact socio-économique sur les Mauriciens pour l'instant.

Objectif. Le CEB a déjà mis en place une campagne d'économie de l'énergie. Le slogan en est : "Je le peux dès aujourd'hui." "L'objectif de cette campagne est de maintenir le développement social et économique du pays en diminuant et contrôlant la demande d'électricité. C'est au consommateur de faire des efforts. Par exemple, les gens doivent commencer à utiliser des energy saving lamps qui sont très économiques", explique un ingénieur du CEB. Il précise que d'autres mesures visant à aider les consommateurs seront bientôt instaurées. "Il se pourrait que les fournisseurs d'appareils électroménagers soient amenés à afficher le voltage de leurs produits afin d'aider le consommateur," explique-t-il.

Dépendance. À Maurice, l'électricité produite par le CEB et certaines usines sucrières est obtenue à 56% du pétrole, 21% du charbon et 23% de la bagasse. Ces chiffres indiquent que la production d'électricité de notre pays dépend à plus 50% du pétrole. Le gouvernement, qui veut sortir de cet état de dépendance, projette de réduire sa consommation de pétrole à 30 ou 35% dans l'avenir. Pour réussir dans sa tâche, il se tourne vers d'autres sources d'énergie et étudie d'autres possibilités de développement. Plusieurs projets de production en matière d'énergie renouvelable sont ainsi étudiés. Les projets les plus cités sont une Wind Farm, où l'énergie sera obtenue par des éoliennes, et l'Ocean Thermal Energy Convertion (OTEC). L'OTEC est une technologie de production d'énergie développée par les Japonais qui puise l'énergie thermale des profondeurs des océans. Cette technologie est encore au stade expérimental.



Comment réduire sa facture d'électricité ?

Éclairage. Représentant en moyenne 15% d'une facture d'électricité, l'éclairage doit être contrôlé. Afin d'économiser de l'énergie, il faut profiter au maximum de la lumière du jour et ne pas oublier d'éteindre les lumières en sortant d'une pièce. Il est conseillé de remplacer les ampoules traditionnelles par celles économiques dans des pièces telles que la cuisine.

Eau. L'eau chaude est produite grâce à une douche électrique. Pour éviter de gaspiller à la fois l'eau et l'énergie, il ne faut jamais laisser couler l'eau inutilement : fermez le robinet de la douche quand vous vous savonnez. Réglez le thermostat de la douche pour ne plus avoir une eau brûlante. Il ne faut pas laisser couler inutilement l'eau pour atteindre la température voulue.

Appareils ménagers. La plupart des appareils ménagers fonctionnent aujourd'hui à l'électricité. Ils représentent près de 40% de l'énergie électrique consommée dans une maison. Or, il est nécessaire de réduire de moitié cette consommation. Attention à la veille (stand by) des appareils électroménagers. Elle représente jusqu'à 10% de la consommation d'électricité de l'appareil. Quand vous utilisez le lave-linge, programmez-le sur la fonction éco, vous économiserez jusqu'à 40% d'électricité.



Comment économiser l'essence ?

Une conduite agressive au volant augmente automatiquement la consommation d'essence de 30 à 40%. Un mauvais réglage du moteur de votre voiture peut parfois causer une surconsommation de 10% de carburant par moments. C'est pour cela qu'il est nécessaire de réviser l'allumage et la carburation de votre voiture de façon régulière. Au lieu de voyager seul dans votre voiture, optez plutôt pour les transports en commun. Les bus consomment cinq fois moins de carburant par passager qu'une voiture ordinaire. Une autre façon d'économiser de l'essence est d'éviter les embouteillages, car à chaque fois que vous changez de vitesse, votre voiture consomme plus de carburant. Les routes à fort degré d'élévation sont aussi déconseillées.



Biocarburants : une solution d'avenir

À Maurice, la compagnie Alcodis exploite déjà le filon de l'éthanol, tandis que Chandni Oil entrera officiellement en opération en 2006. Avec la hausse du prix du pétrole, l'éthanol se positionne comme le combustible alternatif de choix. La première exportation d'éthanol produit à 100% à Maurice a eu lieu en août 2004 par la compagnie Alcodis. Trois millions et demi de litres de ce biocarburant ont été exportés. Contrairement à l'essence, l'éthanol est un produit écologique. N'émettant pas de gaz polluants, il n'est en aucune façon un danger pour l'environnement. Au début, l'éthanol sera mélangé à de l'essence dans une proportion de 10% d'éthanol et 90% d'essence. Puis, cette proportion passera à 25% d'éthanol et 75% d'essence. Les automobilistes paieront Rs 5 moins cher pour le litre d'essence mélangé à l'éthanol. De plus, aucune modification du moteur ne sera nécessaire pour ce mélange.



Chiffres: 100$

Le prix du baril de brut est actuellement à 67 $. À la même période l'année dernière, le prix du pétrole était à environ 47 $. Selon certaines estimations, le prix du baril pourrait atteindre 100 $ dans les mois à venir. Cette future hausse du pétrole effraye déjà les pays importateurs de l'or noir.



Le choc pétrolier

Des raisons structurelles et le manque de moyens expliqueraient la sensibilité des pays en développement à toute hausse des prix. De l'Afrique sub-saharienne à l'Amérique centrale et à l'Asie du Sud-Est, la flambée des cours du brut a plongé un grand nombre de pays dans un véritable état de choc pétrolier. L'alourdissement de leur facture pétrolière risque même d'annuler les effets bénéfiques de l'effacement récent de la dette multilatérale de 40 milliards de dollars (33 milliards d'euros) de dix-huit pays pauvres. Et de compromettre encore plus l'objectif du Millénaire, fixé par l'ONU, de réduire par deux, en 2015, le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour.