Week-End/SCOPE
VENDREDI 7 OCTOBRE 2005

société (ii)


AGRESSION


Violences sexuelles dans les établissements scolaires

D'un point de vue sociologique, nombreuses sont les causes conduisant à la hausse dans le nombre d'agressions sexuelles rapportées ces derniers temps. Surtout que ces crimes prennent des dimensions de plus en plus macabres. Dans les rues, comme dans les maisons, le phénomène a été noté. Il touche aussi des établissements scolaires, où la rumeur parle de quelques cas dans un univers où le silence est une règle d'or.

Dans le milieu estudiantin, ce sont surtout les rumeurs, alimentées par les moqueries et palabres, qui lèvent un pan du voile. S'il ne convient pas de généraliser et de prendre garde aux médisances et exagérations, reste que certains cas sont hélas fondés. C'est ce qu'affirment quelques élèves victimes de même que certains membres du corps enseignant. Mais, peu de cas ont été officiellement rapportés, que ce soit auprès de la police ou de la direction des établissements scolaires. Les victimes choisissant le silence, dans la crainte des préjugés ou encore des éventuelles représailles. Selon les informations obtenues dans le cadre de cette enquête, les agressions prennent diverses formes. Les agressions sexuelles peuvent avoir la forme d'attouchements non désirés. Dans l'extrême, le viol est évoqué. L'alcool étant souvent associé à ces actes perpétrés dans des établissements mixtes ou réservés aux garçons. Souvent, il s'agit aussi de mauvaises plaisanteries entre bandes d'amis qui finissent par mal tourner.

Chantage. Alors qu'il s'était prédestiné à se professionnaliser dans un métier, celui que nous surnommons ici Paul a préféré abandonner l'école et travaille aujourd'hui comme marchand de mines et de boulettes. Parce que, dans son cas, ses "amis" sont allés bien trop loin. Soumis à un odieux chantage, il raconte avoir été régulièrement sexuellement abusé dans les toilettes de l'établissement scolaire qu'il fréquentait, pendant un mois. Un jour qu'il était dans la cour, raconte-t-il, Paul fut accosté par deux de ses camarades. L'un d'eux lui propose de visionner les photos de nu de sa copine prises de son téléphone. Paul confie qu'il était tout emballé à l'idée de voir une des copines de son ami nue. Ils sont partis dans les toilettes pour ne pas être dérangés par des curieux. "Nous avons commencé à voir les photos et cela a eu de l'effet sur nous. Bientôt, nous avions baissé nos pantalons…" dit-il. Mais, ce petit jeu pervers dérape quand les deux autres demandent à Paul de les toucher. "J'ai refusé et j'ai insisté pour partir, mais ils m'ont retenu et ont menacé de m'agresser… J'ai cédé par peur, mais je les ai suppliés de ne rien raconter." Paul s'exécute, mais il est photographié. De là, il fut victime d'un ignoble chantage, les deux élèves menaçant de faire circuler sa photo s'il ne répondait pas à leur requête. Pendant un mois, il a été abusé sexuellement. N'en pouvant plus, il a fini par abandonner ses études sans pour autant d'être en mesure d'expliquer ce qui lui était arrivé.

En classe. Parmi ceux qui ont accepté de nous parler, se trouve aussi Brian, 17 ans, étudiant dans un collège de garçons situé à Rose-Hill. Son drame remonte à quelques années, alors qu'il était en Forme III. C'était, dit-il, lors d'une période libre où les élèves étaient restés livrés à eux-mêmes dans leur classe. "C'était la grande pagaille. Aucun enseignant n'était là pour nous surveiller, chacun faisait ce qui lui plaisait. Trois des élèves avaient sur eux une bouteille de rhum qu'ils consommaient entre eux." Rien de surprenant à ce niveau, ces trois ayant pour réputation d'être les gros bras et les têtes brûlées de la classe. "L'un d'eux m'a invité à prendre un verre avec eux", raconte Brian, qui ne boude certainement pas l'occasion. Brian ne suspecte rien de la démarche quand, aussitôt qu'il est installé, deux des élèves le quittent avec le troisième. "Je ne me suis pas trop questionné et je me suis assis. L'autre m'a passé la bouteille et j'en ai bu quelques gorgées. Quand j'ai voulu partir, il m'en a empêché et m'a retenu par la main." Ce dernier précise à Brian qu'il ne le laisserait pas partir s'il ne lui faisait pas des attouchements. L'élève refuse et tente de résister, mais en vain. L'autre est plus fort et sa réputation de tapeur suffit pour impressionner davantage son camarade de classe. "Il a baissé son pantalon et j'ai dû faire ce qu'il m'avait demandé. J'avais peur d'être tabassé." Après cette épreuve traumatisante et humiliante, Brian ne fait plus confiance à personne. Il est seul dans son coin et évite l'autre. Son histoire s'est quelque peu répandue, mais lui-même a préféré ne pas aller de l'avant, de peur d'être traité d'homosexuel ou simplement de menteur.

Potache. Ailleurs, c'est toujours l'alcool qui aura valu une bien fâcheuse mésaventure à un adolescent étudiant dans un autre collège des Plaines-Wilhems. Ayant pour habitude de consommer des boissons fortes, à la sauvette, dans l'enceinte même de l'établissement, ce jeune homme se retrouva un jour dans une inconfortable position. Ayant commencé à boire pendant les heures de classes, ses camarades et lui entreprirent d'aller poursuivre leur soûlerie au bord d'une rivière limitrophe du collège, une fois l'école terminée. C'est sur la berge que ses comparses le saisirent et le pénétraient à l'aide de la bouteille qu'ils avaient descendue plus tôt. Mauvaise plaisanterie potache ou jeu pervers, dans les deux cas, la raison invoquée est, selon les témoins de la scène, que : "Li ti pe tro fer lagel ! Li'nn lite, li'nn donn kut'pwin." Les faits remontent au mois dernier, affirme-t-on. L'affaire n'aurait pas eu de suite.

Fille. Dans un autre collège des Plaines-Wilhems le bruit court qu'une étudiante se serait fait abusée collectivement par ses camarades de classe à la suite d'une beuverie. Ce méfait aurait été perpétré en période d'examens. Si ce viol allégué date de quelque temps déjà, il vient, cependant, tout récemment de remonter aux oreilles du personnel enseignant de l'établissement concerné. Répercuté par des élèves de l'institution, cet écho s'est amplifié et laisse désormais entendre que l'étudiante en question, étant quelque peu frivole, se livrerait, à l'occasion, à certaines "gâteries" à l'égard de ses camarades du sexe opposé.

Au vu de ces informations circulant à son sujet, la présumée victime a été contactée pour obtenir sa version des faits. Celle-ci niera tout en bloc, soutenant n'avoir jamais subi quoi que ce soit de la part de ses camarades qu'elle considère d'ailleurs comme "des frères". Selon elle, la relation rapprochée entretenue avec eux aurait été mal interprétée par les autres étudiants, ce qui, d'autre part, a donné lieu à une mauvaise perception de la nature de sa relation avec ces garçons. Ce, bien qu'il soit avéré que ceux-là avaient les mains baladeuses. Mais elle ne se laissait jamais faire, soutient-elle.

Silence. Toutefois, elle concède, à un moment, s'être effectivement retrouvée en proie à une très grande ivresse suite à une beuverie avec ces mêmes jeunes hommes. C'était à l'occasion d'un anniversaire qu'ils ont fêté dans un bar, après avoir pris part à un examen. Dans le débit de boisson, les cinq garçons et deux filles, dont elle, établissaient un pari. Le vainqueur serait celui ou celle qui aura bu le plus d'alcool. L'adolescente concède avoir ingurgité près d'un litre d'alcool fort… à elle seule ! Étant dans un état que l'on devine, elle a dû être hospitalisée, par les soins d'un agent de police croisé en chemin. Autant qu'elle s'en souvienne, assure-t-elle, ses amis n'ont aucunement abusé de la situation.

D'autres histoires circulent avec persistance au point d'avoir interpellé certains enseignants ou responsables de collèges. Si la loi du silence pèse lourd, le phénomène semble lentement prendre de l'ampleur et fait appel à des interventions urgentes avant qu'il ne devienne incontrôlable.



Autorités concernées…

Du côté du ministère de l'Éducation, l'on fait ressortir que quand un cas d'agression sexuelle est rapporté, il est référé aux autorités chargées de la protection des enfants qui, à ce moment, prend le relais. Si besoin est, le cas d'agression est soumis à la police.

Pour ce qui est du Child Development Unit (CDU), trois aspects importants sont pris en considération dans de tels cas : médical, légal et bien-être de la victime. Les agressions sont traitées cas par cas, selon les besoins.

De source proche de l'IVTB House, on laisse entendre que des projets d'éducation sexuelle ont dû être abandonnés, quelques années de cela, au niveau du primaire. La teneur des informations disséminées dérangeant certains parents.

Les étudiants n'étant pas bien informés, un appel est fait pour un changement de mentalité. L'on s'interroge, d'autre part, sur la pertinence de l'éducation sexuelle quand elle est dispensée. Un problème délicat qui, pour l'heure, reste entier.



Avis de psychologue

Selon Christiane Fok Tong, psychologue clinicienne, les jeux sexuels plus ou moins violents - où il est question de soumettre l'autre à des pratiques diverses - peuvent être classés dans le même registre que les abus sexuels et répondent aux mêmes critères que dans l'abus sexuel. Car, d'une part, la victime est dans une position où elle devient l'objet sexuel, et d'autre part, "l'agresseur" utilise son pouvoir de persuasion pour faire croire à la victime que le problème vient d'elle (qu'elle n'est pas normale, que c'est elle qui a un problème).

Entre amis, lorsqu'il n'y a pas eu pratiques sexuelles forcées et humiliation, il n'y a, en general, pas de grande incidence. Ce qui pousse certains jeunes, cependant, à s'engouffrer davantage dans des pratiques sexuels violents, c'est l'incapacité à reconnaître et à accepter les limites de l'autre vis-à-vis de sa propre sexualité. Devant le refus de l'autre, ces jeunes ont recours à encore plus de violence, sous toutes ses formes, pour faire capituler la victime, d'où les contraintes physiques accompagnées de menaces et d'intimidations en tous genres.

Souvent, la victime se sent coupable et a honte d'elle-même. La situation est d'autant plus difficile et humiliante si "l'agresseur" fait partie de son environnement quotidien. Souvent, la victime se sent déprimée et incapable d'arrêter cela. Certaines victimes n'arrivent plus à se concentrer sur les études, les résultats baissent, l'estime de soi diminue. Les tendances suicidaires peuvent alors émerger.