D'un point de vue sociologique, nombreuses sont les causes conduisant
à la hausse dans le nombre d'agressions sexuelles rapportées
ces derniers temps. Surtout que ces crimes prennent des dimensions
de plus en plus macabres. Dans les rues, comme dans les maisons,
le phénomène a été noté. Il
touche aussi des établissements scolaires, où la
rumeur parle de quelques cas dans un univers où le silence
est une règle d'or.
Dans le milieu estudiantin, ce sont surtout les rumeurs, alimentées
par les moqueries et palabres, qui lèvent un pan du voile.
S'il ne convient pas de généraliser et de prendre
garde aux médisances et exagérations, reste que
certains cas sont hélas fondés. C'est ce qu'affirment
quelques élèves victimes de même que certains
membres du corps enseignant. Mais, peu de cas ont été
officiellement rapportés, que ce soit auprès de
la police ou de la direction des établissements scolaires.
Les victimes choisissant le silence, dans la crainte des préjugés
ou encore des éventuelles représailles. Selon les
informations obtenues dans le cadre de cette enquête, les
agressions prennent diverses formes. Les agressions sexuelles
peuvent avoir la forme d'attouchements non désirés.
Dans l'extrême, le viol est évoqué. L'alcool
étant souvent associé à ces actes perpétrés
dans des établissements mixtes ou réservés
aux garçons. Souvent, il s'agit aussi de mauvaises plaisanteries
entre bandes d'amis qui finissent par mal tourner.
Chantage. Alors qu'il s'était prédestiné
à se professionnaliser dans un métier, celui que
nous surnommons ici Paul a préféré abandonner
l'école et travaille aujourd'hui comme marchand de mines
et de boulettes. Parce que, dans son cas, ses "amis"
sont allés bien trop loin. Soumis à un odieux chantage,
il raconte avoir été régulièrement
sexuellement abusé dans les toilettes de l'établissement
scolaire qu'il fréquentait, pendant un mois. Un jour qu'il
était dans la cour, raconte-t-il, Paul fut accosté
par deux de ses camarades. L'un d'eux lui propose de visionner
les photos de nu de sa copine prises de son téléphone.
Paul confie qu'il était tout emballé à
l'idée de voir une des copines de son ami nue. Ils sont
partis dans les toilettes pour ne pas être dérangés
par des curieux. "Nous avons commencé à
voir les photos et cela a eu de l'effet sur nous. Bientôt,
nous avions baissé nos pantalons
" dit-il.
Mais, ce petit jeu pervers dérape quand les deux autres
demandent à Paul de les toucher. "J'ai refusé
et j'ai insisté pour partir, mais ils m'ont retenu et ont
menacé de m'agresser
J'ai cédé par
peur, mais je les ai suppliés de ne rien raconter."
Paul s'exécute, mais il est photographié. De
là, il fut victime d'un ignoble chantage, les deux élèves
menaçant de faire circuler sa photo s'il ne répondait
pas à leur requête. Pendant un mois, il a été
abusé sexuellement. N'en pouvant plus, il a fini par abandonner
ses études sans pour autant d'être en mesure d'expliquer
ce qui lui était arrivé.
En classe. Parmi ceux qui ont accepté de nous parler,
se trouve aussi Brian, 17 ans, étudiant dans un collège
de garçons situé à Rose-Hill. Son drame remonte
à quelques années, alors qu'il était en Forme
III. C'était, dit-il, lors d'une période libre où
les élèves étaient restés livrés
à eux-mêmes dans leur classe. "C'était
la grande pagaille. Aucun enseignant n'était là
pour nous surveiller, chacun faisait ce qui lui plaisait. Trois
des élèves avaient sur eux une bouteille de rhum
qu'ils consommaient entre eux." Rien de surprenant à
ce niveau, ces trois ayant pour réputation d'être
les gros bras et les têtes brûlées de la classe.
"L'un d'eux m'a invité à prendre un verre
avec eux", raconte Brian, qui ne boude certainement pas
l'occasion. Brian ne suspecte rien de la démarche quand,
aussitôt qu'il est installé, deux des élèves
le quittent avec le troisième. "Je ne me suis pas
trop questionné et je me suis assis. L'autre m'a passé
la bouteille et j'en ai bu quelques gorgées. Quand j'ai
voulu partir, il m'en a empêché et m'a retenu par
la main." Ce dernier précise à Brian qu'il
ne le laisserait pas partir s'il ne lui faisait pas des attouchements.
L'élève refuse et tente de résister, mais
en vain. L'autre est plus fort et sa réputation de tapeur
suffit pour impressionner davantage son camarade de classe.
"Il a baissé son pantalon et j'ai dû faire
ce qu'il m'avait demandé. J'avais peur d'être tabassé."
Après cette épreuve traumatisante et humiliante,
Brian ne fait plus confiance à personne. Il est seul dans
son coin et évite l'autre. Son histoire s'est quelque peu
répandue, mais lui-même a préféré
ne pas aller de l'avant, de peur d'être traité d'homosexuel
ou simplement de menteur.
Potache. Ailleurs, c'est toujours l'alcool qui aura valu
une bien fâcheuse mésaventure à un adolescent
étudiant dans un autre collège des Plaines-Wilhems.
Ayant pour habitude de consommer des boissons fortes, à
la sauvette, dans l'enceinte même de l'établissement,
ce jeune homme se retrouva un jour dans une inconfortable position.
Ayant commencé à boire pendant les heures de classes,
ses camarades et lui entreprirent d'aller poursuivre leur soûlerie
au bord d'une rivière limitrophe du collège, une
fois l'école terminée. C'est sur la berge que ses
comparses le saisirent et le pénétraient à
l'aide de la bouteille qu'ils avaient descendue plus tôt.
Mauvaise plaisanterie potache ou jeu pervers, dans les deux cas,
la raison invoquée est, selon les témoins de la
scène, que : "Li ti pe tro fer lagel ! Li'nn lite,
li'nn donn kut'pwin." Les faits remontent au mois dernier,
affirme-t-on. L'affaire n'aurait pas eu de suite.
Fille. Dans un autre collège des Plaines-Wilhems
le bruit court qu'une étudiante se serait fait abusée
collectivement par ses camarades de classe à la suite d'une
beuverie. Ce méfait aurait été perpétré
en période d'examens. Si ce viol allégué
date de quelque temps déjà, il vient, cependant,
tout récemment de remonter aux oreilles du personnel enseignant
de l'établissement concerné. Répercuté
par des élèves de l'institution, cet écho
s'est amplifié et laisse désormais entendre que
l'étudiante en question, étant quelque peu frivole,
se livrerait, à l'occasion, à certaines "gâteries"
à l'égard de ses camarades du sexe opposé.
Au vu de ces informations circulant à son sujet, la présumée
victime a été contactée pour obtenir sa version
des faits. Celle-ci niera tout en bloc, soutenant n'avoir jamais
subi quoi que ce soit de la part de ses camarades qu'elle considère
d'ailleurs comme "des frères". Selon elle,
la relation rapprochée entretenue avec eux aurait été
mal interprétée par les autres étudiants,
ce qui, d'autre part, a donné lieu à une mauvaise
perception de la nature de sa relation avec ces garçons.
Ce, bien qu'il soit avéré que ceux-là avaient
les mains baladeuses. Mais elle ne se laissait jamais faire, soutient-elle.
Silence. Toutefois, elle concède, à un moment,
s'être effectivement retrouvée en proie à
une très grande ivresse suite à une beuverie avec
ces mêmes jeunes hommes. C'était à l'occasion
d'un anniversaire qu'ils ont fêté dans un bar, après
avoir pris part à un examen. Dans le débit de boisson,
les cinq garçons et deux filles, dont elle, établissaient
un pari. Le vainqueur serait celui ou celle qui aura bu le plus
d'alcool. L'adolescente concède avoir ingurgité
près d'un litre d'alcool fort
à elle seule
! Étant dans un état que l'on devine, elle a dû
être hospitalisée, par les soins d'un agent de police
croisé en chemin. Autant qu'elle s'en souvienne, assure-t-elle,
ses amis n'ont aucunement abusé de la situation.
D'autres histoires circulent avec persistance au point d'avoir
interpellé certains enseignants ou responsables de collèges.
Si la loi du silence pèse lourd, le phénomène
semble lentement prendre de l'ampleur et fait appel à des
interventions urgentes avant qu'il ne devienne incontrôlable.