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Santé
L'infrastructure au centre des priorités
Construction d'un bloc opératoire pour la neurochirurgie
à l'hôpital Victoria, de nouveaux blocs à
l'hôpital de Flacq, un hôpital pour les femmes, un
autre pour les enfants, un hôpital de gériatrie ainsi
qu'un autre pour les personnes atteintes de troubles mentaux,
introduction d'un centre de services pour un laboratoire national
de Santé, achèvement des travaux de l'hôpital
Jeetoo et rehaussement des infrastructures de l'hôpital
ophtalmologique de Moka
voilà, entre autres, à
quoi serviront les Rs 8 milliards alloués à la Santé
publique. Le ministre des Finances Pravind Jugnauth laisse comprendre
que l'infrastructure de ce secteur figure au centre des priorités
du gouvernement. La Santé s'attellera à optimiser
nos capacités locales pour assurer la formation des médecins
et des professionnels de santé de Maurice et de la région,
dit le Grand Argentier.
Outre l'amélioration des services de santé dans
des bâtiments appropriés, le gouvernement souhaite
optimiser l'utilisation de ces structures publiques pour la formation
des professionnels du secteur. Il compte également introduire
une période de formation flexible adaptée aux besoins
des pays où nos professionnels de Santé seront appelés
à pratiquer. Pour ce faire, un Clinical Training Framework
sera remis à jour, dit Pravind Jugnauth.
Maurice poursuit avec son objectif de devenir un Medical Hub,
a-t-il souligné. Basé sur les dernières statistiques
qui révèlent que 10 500 patients étrangers
ont été soignés à Maurice cette année,
le gouvernement souhaite doter ce secteur de l'encadrement nécessaire.
Pour ce faire, il agira sur plusieurs fronts et mise sur le domaine
de la recherche et du développement. Parmi ses projets
: l'introduction d'une législation sur les techniques de
reproduction humaine assistées en vue de faciliter le développement
d'ufs de donneurs in vitro et les traitements de dons de
sperme.
De même, dit Pravind Jugnauth, en consultation avec le ministère
de la Santé et d'autres partenaires, le Board of Investment
(BOI) développera un encadrement pour la recherche et le
traitement cellulaire à Maurice. Le gouvernement compte
aussi finaliser l'ébauche du projet de loi sur le Human
Tissue (Removal, Preservation and Transplant). Le Grand Argentier
annonce, par ailleurs, que les taxes sur les échantillons
de produits cosmétiques et pharmaceutiques pour les besoins
d'analyse seront supprimées.
Mais faire de Maurice un Medical Hub passe aussi par le
professionnalisme des acteurs du domaine, souligne Pravind Jugnauth.
D'où les amendements qui seront apportés, dit-il,
au Medical Council Act (MCA) - pour la "recertification"
des médecins - ainsi que du Dental Council Act (DCA). Le
ministre des Finances a annoncé que pour examiner les qualifications
des médecins spécialistes en vue de leur inscription,
un board pour la formation médicale post-graduate
sera mis en place. Le secteur de la Santé comptera prochainement
un nouvel organisme régulateur, le Health Professional's
Council (HPC), annonce Pravind Jugnauth. Cet organisme concernera
les professionnels de santé autres que les médecins
et les infirmiers.
Maya Hanoomanjee : "La hausse du prix des cigarettes
et des boissons alcoolisées vient renforcer nos efforts
pour préserver la santé des Mauriciens"
Pour la ministre de la Santé, Maya Hanoomanjee : "Le
présent budget est un budget de continuité de la
philosophie de Pravind Jugnauth qui est celle de faire la part
belle à ceux en difficulté". D'ailleurs,
dit-elle, la décision du Grand Argentier d'augmenter le
prix des cigarettes et des boissons alcoolisées illustre
la volonté de ce gouvernement de venir à bout des
fléaux sociaux. "Et cela vient renforcer nos efforts
pour préserver la santé des Mauriciens",
estime la ministre. Elle se dit satisfaite de la dotation budgétaire
de son ministère, soit une enveloppe de Rs 8 milliards
allouée au financement des projets de construction d'infrastructures
de Santé publique. Cela permettra, rappelle-t-elle, la
mise en uvre de gros chantiers, notamment la construction
d'hôpitaux spécialisés pour la santé
des femmes, pour les enfants et pour les personnes âgées.
Ainsi, un bloc opératoire sur 5 niveaux à l'hôpital
Victoria.
Quant aux amendements qui seront apportés au Medical Council
Act (MCA) et au Dental Council Act (DCA), la ministre indique
qu'il s'agit de changement impératifs en vue d'être
en ligne avec les développements qui sont apportés
dans le secteur de la santé. "Des développements
que nous nous efforcerons de concrétiser au plus vite",
indique Maya Hanoomanjee.
PMPA
Dr I. Jowahir : "Comme toujours, rien pour le privé"
"Tout pour le public, rien pour le privé".
C'est le sentiment de la Private Medical Practitioners Association
(PMPA) qui note, selon son président, le Dr I. Jowahir,
"les bonnes intentions pour le public, mais aucune mesure
pour le privé". Un budget Santé doit englober
le public ainsi que le privé. Mais le gouvernement n'en
a pas tenu pas compte, s'indigne notre interlocuteur qui est sceptique
quant à l'objectif du ministère de la Santé
de venir à bout de la congestion dans les centres de santé
publique. "L'augmentation du nombre de bâtiments
n'améliorera en rien le niveau de traitement dans nos hôpitaux
ou la décongestion des centres de santé. Malheureusement,
les propositions de la PMPA, telle l'introduction du Family Doctor
System, n'ont pas été prises en considération",
fait ressortir le Dr I. Jowahir. Ce dernier déplore également
qu'en termes d'incentives, les médecins généralistes
privés restent sur la touche. "Une situation décourageante
pour les nouvelles recrues d'intégrer le privé qui,
à la longue, pou népli ena docter zeneralis",
estime le Président de la PMPA. En ce qu'il s'agit des
amendements qui seront apportés au Medical Council Act
(MCA) et au Dental Council Act (DCA), la PMPA est d'avis qu'il
s'agit "uniquement d'effet d'annonces". "Qu'est
que le budget a à voir avec les amendements du MCA ?",
se demande le Dr I. Jowahir, ajoutant que l'annonce faite par
le Grand Argentier à ce sujet est "irrelevant".
MHOA
Dr Waseem Ballam : "There is room for improvement"
"Pas mauvais en soi, mais there is room for improvement",
estime le Dr Waseem Ballam, président par intérim
de la Medical Health Officers Association (MHOA). Certes,
l'accent a été mis sur les infrastructures, qui
est une bonne chose, selon la MHOA, mais les syndicalistes notent
qu'au niveau de la santé elle-même, il n'y a pas
de grands développements. "La hausse des prix de
la cigarette et des boissons alcoolisées est une très
bonne initiative. Autrement, nous notons que les manquements au
niveau de services de base, tels le manque de place, le manque
de personnel, le manque de formation des staffs spécialisés
n'ont pas été pris en compte", fait ressortir
le Dr Waseem Ballam. L'amélioration des services de santé
passe aussi par ce type de changement, estime-t-il.
MHEU
Amarjeet Seetohul : "Déçu"
"Le portefeuille budgétaire alloué à
la Santé ne tient pas compte du recrutement du personnel",
déplore Amarjeet Seetohul, président de la Ministry
of Health Employees Union (MHEU). Ce dernier ce dit "déçu"
que les propositions des syndicats à cet effet n'aient
pas été prises en compte, d'autant que depuis des
années, il existe un manque accru de personnel hospitalier
dans tous les centres de santé, indistinctement. "Il
y a une concentration budgétaire sur les infrastructures,
la construction de bâtiments ou la hi-tech medicine, mais
rien en termes de ressources humaines", note notre interlocuteur,
rappelant, par là-même, l'urgence de palier ce manque
de personnel pour assainir la situation dans nos hôpitaux.
Indicateurs de performance
Judiciaire : 8 juges supplémentaires
Budget : Rs 506,6 millions
Salaires : Rs 252,7 millions
Le budget 2011, qui confirme la nomination prochaine de 8 nouveaux
juges à la Cour suprême - portant ainsi le nombre
à 23 -, énumère 4 principales contraintes
pour le judiciaire. Ainsi, avec la mise en place d'instances judiciaires
spécialisées, le délai réduit pour
entendre les procès transfère le goulot d'étranglement
au niveau de la Cour d'Appel. Le projet de création d'une
nouvelle Court of Appeal devra remédier à
la situation.
Les autres zones d'ombre sont le manque d'infrastructure, des
délais dans la préparation des documents pour des
exercices d'appels et pour la supervision des travaux, ainsi que
des problèmes de ressources humaines pour la mise à
exécution des décisions arrêtées.
Pour la période de 2011 à 2013, les objectifs du
judiciaire sont :
d'établir un fast track for the disposal of commercial
cases within 100 days,
de mettre en place un système de médiation pour
faciliter the early settlement of cases ;
des amendements à la loi pour favoriser le développement
l'e-filing and electronic management au plus tard en septembre
2011, et
le création d'un Judicial and Legal Training Institute
pour assurer la formation de nouveaux magistrats et de State Law
Officers aussi pour le recyclage du personnel judiciaire en place.
Le bilan de 2010 comprend la première phase de l'introduction
de l'informatique dans la gestion des dossiers de procès
au civil, la création d'instances judiciaires spécialisées
comme les Commercial, Family and Criminal Divisions avec
une instance consacrée pour s'occuper des réclamations
dans des accidents de la route, la formation de juges et des membres
du barreau en prévision de l'avènement de la Mediation
Division de la Cour suprême et une séance du
Conseil Privé à Maurice en avril dernier.
PMO : 25 357 permis de résidence octroyés
Budget : Rs 514,4 millions
Salaires : Rs 138,6 millions
Au cours de l'exercice financier 2010, le bilan chiffré
au Prime Minister's Office indique que 25 357 permis de résidence,
1 399 Occupational Permits, dont 229 à des investisseurs,
992 à des professionnels, 50 à des entrepreneurs
étrangers et 128 à des retraités, ont été
alloués. Il faut également ajouter 138 certificats
de nationalité et 272 Certificates of Registration/Naturalization
qui ont été octroyés.
10 compagnies étrangères ont obtenu l'autorisation
du Prime Minister's Office sous le Non-Citizens (Property Restruction)
Act en vue d'investir quelque Rs 1,25 milliards. 8 cas d'adoption
par des Mauriciens et 6 autres par des étrangers ont été
approuvés, alors que 11 projets d'une valeur de Rs 8,2
millions ont obtenu le feu vert sous le Women and Children's
Solidarity Programme.
La Commission Justice et Vérité a tenu 87 séances
de travail à Maurice et 27 autres à Rodrigues entre
mars et octobre de cette année. Initiation de 10 projets
de recherches portant notamment sur les Slave Trade and Indentured
Migrants, Economics of Slave Trade, le problème
foncier, la culture, l'ethnicité et l'identité,
l'éducation, la santé et la démographie,
la justice sociale et l'histoire orale.
En matière de sécurité, le PMO a organisé
en 2010 une conférence internationale sur la lutte contre
la piraterie avec l'élaboration d'un plan d'action. La
Counter Terrorism Unit, installée au PMO, travaille
sur un réseau de coopération avec tous les pays
de la région océan Indien et l'Inde, la France et
les Etats-Unis pour un partage d'Intelligence on Terrorism.
Un consultant a également été nommé
pour la formulation d'un National Human Rights Action Plan,
alors que le National Aids Secretariat a entrepris une
Mid-Term Review du National Strategic Framework 2010/2011.
Police : recrutement de 770 policiers en mars
Budget : Rs 5,6 milliards
Salaires : Rs 3,9 milliards
2011 verra un changement avec la Mauritius Police Force transformée
en Police Service et des changements dans la législation,
dans la Policing Style, Work and Culture par le truchement
de la formation et de l'éducation et un accent particulier
sur la Community Policing.
La police bénéficiera d'un autre exercice de recrutement
d'au moins 770 constables d'ici à mars de l'année
prochaine avec 707 autres jeunes recrues ayant terminé
le Foundation Course de 2 ans du Recruit Probationer's
Training.
L'année 2010 se retrouve placée sous le signe de
la réorganisation, dont la Reform Unit transformée
en Police Planning and Reform Unit, la création
d'une Force Crime Intelligence Unit, le refonte de l'Emergency
Response Service. L'entrée en opération des
caméras de surveillance à Port-Louis et à
Grand'Baie devra intervenir le mois prochain aussi bien que le
nouveau Digital Radio Communication System.
Maurice sera dotée vers la fin de cette année d'un
Coastal Radar Surveillance System avec le système
étendu à d'autres parties du territoire, dont Rodrigues
et Agaléga, subséquemment.
Les principales contraintes affectant la police sont :
un nombre élevé de départs à la retraite
;
des retards accumulés sur le plan de la technologie informatique
;
une pénurie de ressources humaines dans des domaines spécialisés,
notamment les enquêtes.
Au chapitre du Law and Order, l'objectif est de ramener
le taux de criminalité à 4,7 en 2012 contre 5,4
en 2007. Sur un Establishment de 11 425 hommes en 2010 et passant
à 12 373 l'année prochaine, 6 309 sont engagés
dans des activités de Community Safety and Security,
5 602 dans celles de Crime Control and Investigation, 2
069 dans l'Emergency, Disaster Management and Surveillance
et 3 047 dans la Security Policy and Management. La sécurité
routière et la lutte contre la prolifération de
la drogue se retrouvent avec quelque 300 policiers chacune.
Prison : perspective d'un nouveau départ en 2011
Budget : Rs 1,2 milliard
Salaires : Rs 363,4 millions
Le Mauritius Prison Service s'apprête à prendre
un nouveau départ l'année prochaine avec la confirmation
prochaine de la nomination de Jean Bruneau, ancien Deputy Commissioner
of Police en tant que nouveau commissaire des Prisons. L'appui
stratégique des autorités pénitentiaires
de Singapour a été sollicité en vue de projeter
une image différente de l'univers carcéral mauricien.
Sur le plan infrastructurel, le début de la construction
d'une nouvelle prison à Melrose avec une capacité
d'accueil de 797 détenus et de nouveaux dortoirs à
la Prison Centrale de Beau-Bassin devront apporter un début
de solution au problème de surpopulation carcérale.
Un consultant a été recruté en vue de procéder
à la formation des Prison Officers avec des Proper
Prison Procedures en voie de formulation pour améliorer
l'efficience de la gestion à la prison.
En guise de bilan pour 2010, le budget note que 1 075 détenus
ont été formés dans différents domaines
d'activités allant de l'agro-alimentaire à des métiers
en étroite collaboration avec l'Industrial and Vocational
Training Board (IVTB) avec également des cours d'alphbétisation.
La prison produit 80% de ses besoins laitiers et 60% de sa consommation
en légumes.
Au cours de cette année, 3 376 prisonniers sur 3 424 ont
subi des examens médicaux, alors que 100% de ceux qui sont
sur l'Anti-Retroviral Treatment reçoivent le traitement
nécessaire. Un noveau ward à la prison des
femmes a été construit à Barkly, alors qu'une
unité dentaire et médicale est opérationnelle
dans cette même prison.
Le problème de la drogue reste un des fléaux majeurs
à l'intérieur des prisons. "There is a high
prevalence of drug adducts among detainees", note le
budget, qui fait état de la mise en place de "dynamic
security, peer group educators, drug free units/ drug free yards
at Petit-Verger and Beau-Bassin Prisons". La collaboration
du ministère de la Santé a été retenue
pour des programmes de Substitute Maintenance Therapy.
Les 2 objectifs déclarés à la Prison sont
d'"improve the prisons standard for better living conditions,
custody and security of detainees with a view to rehabilitating
them" et "contributing to a safer community by
providing offenders with better physical and mental health care
and living standards".
VPM et Energies renouvelables : le défi de la Water
Authority
Budget : 5,9 millliards
Salaires : Rs 115,4 millions
Véritable défi à relever dans le secteur
de la fourniture d'eau potable pour les années à
venir. Le gouvernement prend le pari d'un merger de la
Central Water Authority, de l'Irrigation Authority,
de la Water Resources Unit et de la Wastewater Authority
en une unique Water Authority pour faire face aux défis
de demain.
Le but recherché est une fourniture adéquate d'eau
24 heures sur 24 avec un réseau d'adduction efficace tout
en réduisant le taux de perdition. Pour la période
2011 à 2013, 4 projets majeurs ont été identifiés,
soit la formulation d'un Water Resources Master Plan (2010
- 2050), la construction de Bagatelle Dam avec des dépenses
de Rs 507 millions programmées en 2011 et de Rs 840 millions
en 2012, la construction de la Rivière-des-Anguilles Dam
avec un budget de Rs 155 millions en 2011 et une envelope financière
de Rs 530 millions en 2012.
La Central Water Authority continuera à bénéficier
de l'assistance financière du gouvernement par le truchement
d'un emprunt de Rs 383 millions l'année prochaine, dont
Rs 155 millions pour le remplacement de tuyaux défectueux
sur le réseau et Rs 63 millions pour les travaux d'adduction
d'eau à la Riche-Terre Jin Fei Development Zone.
D'autre part, d'importants travaux sont prévus dans le
secteur du tout-à-l'égout avec un budget de Rs 1,1
milliard en 2011, dont Rs 793 millions pour le Plaines Wilhems
Sewerage Project, Rs 103 millions pour des travaux d'amélioration
dans les ex-cités CHA, Rs 91 millions pour les House
Service Connections et Rs 60 millions pur le tout-à-l'égout
à Grand'Baie
Réactions
Maurice aux portes du Club des pays développés
Le jeudi 18 novembre, soit la veille du premier discours du
budget de Pravind Jugnauth, Ministre des Finances de la nouvelle
législature, une escouade composée d'experts financiers
expédiée par le Fonds Monétaire International
et l'Union Européenne visitait l'Irlande pour une aide
de plusieurs milliards d'euro. La visite de cette escouade relève
sans doute de la solidarité de l'Union Européenne.
Cependant, il y a plus que cela. Le refus d'assistance d'un pays
en danger au sein de la Zone Euro en substance comporte un énorme
risque de contagion dont les effets sont potentiellement dévastateurs
face à l'existence même de l'Europe des 27 Nations.
Faire état de cette dernière fébrilité
de la crise de l'Euro dans le cadre du Budget Jugnauth est à
la fois pertinent et nécessaire. La révision à
la baisse des prévisions de notre PNB pour 2010 et 2011,
avec toutes ses répercussions, notamment par rapport à
la capacité du Ministre de satisfaire aux demandes de la
compensation salariale, est un signe de son influence sur notre
destin. Les derniers bilans et comptes de pertes et profits des
grands hôteliers ainsi que ceux des entreprises du secteur
textile, dont les chiffres viennent d'être publiés,
témoignent de l'étendue des dégâts
que peut causer la crise de l'Euro. Evoquer ce qui vient de se
passer en Irlande est nécessaire, parce que Pravind Jugnauth
a préparé son budget dans une situation de crise
dans nos principaux marchés sans grande indication sur
l'amélioration de la situation de manière durable.
Le budget choisit la stratégie de la croissance et le
développement économique tous azimuts
Face à ces grandes menaces, que pouvait faire Jugnauth?
Se replier davantage comme le fait la Grande-Bretagne et l'Irlande
en coupant toutes les dépenses budgétaires et sociales
sur leur passage, jusqu'à faire payer les étudiants
des universités? Demander à la Banque Centrale
d'imprimer des billets pour financer les dépenses publiques,
les entreprises aux performances douteuses pour doper l'économie,
comme le fait la Federal Reserve Bank des Etats-Unis? Ni l'un
ni l'autre, soutient-il. Son budget choisit la stratégie
de la croissance et le développement économique
tous azimut. Il se donne pour objectif de transformer le pays
en une économie développée dans les années
2020 pour réaliser ce qu'il qualifie de Mauritian Dream.
Tout cela en gardant le déficit budgétaire à
4,3%, soit deux petit points de moins que l'année dernière,
en se livrant en plus à une large panoplie de mesures sociales
sur les intérêts, les logements sociaux à
coup de milliards, le relèvement significatif du plancher
de l'exonération des frais d'examen dont l'impact pour
les familles nombreuses peut dépasser dans certains cas
les revendications des diverses centrales syndicales.
Ce rêve mauricien, le budget Jugnauth l'identifie comme
étant une économie évaluée en trillions
de roupies et un produit national brut par tête d'habitant
dépassant 20000 dollars, propulsant éventuellement
notre pays dans les années 2020 dans le club select
des pays nouvellement industrialisés.
Pour leur emboiter le pas, les outils et les moyens à déployer
dans le budget Jugnauth ne manquent pas. Le budget propose toute
une gamme de mesures économiques dans le domaine du tourisme,
des pistes de développement d'infrastructures à
la fois physique et technologique, la refonte de fond en comble
de la manière avec laquelle l'administration des terres
est organisée et une quasi-révolution de notre secteur
des services financiers en lui permettant d'opérer aussi
sur le plan local.
Mais il convient, cependant, de s'arrêter un peu sur une
ou deux de ces grandes mesures proposées, même si
le discours budgétaire n'y fait référence
qu'avec quelques mots. Celle se rapportant au "Rapid Transit
System". Elle intervient 2 mois après l'annonce
faite par le Premier Ministre lors de sa visite à Singapour
que Maurice aurait son nouveau mode de transport de masse. Ainsi,
il faudra s'attendre à ce qu'enfin, d'ici 5 ou 6 ans, les
Mauriciens disposent d'un mode de transport révolutionnaire.
Mais l'enjeu est essentiellement d'ordre économique. Sa
mise en uvre mettra définitivement le pays dans l'orbite
de ce Mauritian Dream. L'explication en est toute simple. Le projet
ne coûtera pas moins de Rs 20 milliards, voire même
Rs 30 milliards, dépendant de sa distance. Mais le montant
ne sera pas un grand obstacle, puisqu'on s'attend à ce
que l'essentiel des capitaux nécessaires vienne de l'étranger,
notamment des fonds d'investissement spécialisés
dans les infrastructures sous la forme de BOT (Built,operate and
transfer). Mais l'enjeu économique va beaucoup plus loin.
Le Rapid Transit System va du coup ajouter au moins 2 points au
taux de croissance économique chaque année à
partir de la première année même de sa construction.
Ajoutez les effets sur les autres secteurs, comme le bâtiment,
le commerce et les emplois secondaires, on peut sans doute encore
ajouter encore deux ou trois points. Les pays asiatiques en connaissent
le secret. Cela est arrivé à Hong Kong, à
Singapour et à diverses régions de la Chine. Les
dépenses d'infrastructures en pourcentage du produit national
y ont doublé, représentant 9% du produit national.
Et le taux de croissance des secteurs à son tour rend service
à l'économie nationale, projetant le pays dans un
cercle vertueux du développement économique.
La cerise sur le gâteau: les cadres étrangers et
les touristes aiment bien le métro. Les effets induits
peuvent encore générer encore plus de valeur ajoutée.
Il faudrait ajouter que si le pays arrivait à mettre en
exécution le plan de dépenses d'infrastructures
prévues à Rs 250 milliards au cours de la décennie,
on nous mettrait au même niveau que ces pays au développement
économique rapide.
Un frein aux jeux et à l'alcool
L'autre point fort du budget est sans doute le rééquilibrage
de l'économie vers une plus grande diversification des
marchés du tourisme, ainsi que le recentrage de l'utilisation
de nos ressources telles que la main d'uvre et de la terre
au service de la croissance économique. La volonté
de doubler le nombre d'arrivée des touristes en provenance
de l'Asie au cours de ces prochaines 5 années est sans
doute réalisable. Mais notre compagnie nationale, Air Mauritius,
aura à changer de modèle de gestion en allant vers
une plus grande liberté des droits d'atterrissage des avions
concurrents, tout en se musclant pour mater les plus redoutables
adversaires.
Le Premier Ministre a sans doute voulu donner un début
de signal en ce sens en signant un nouvel accord bilatéral
avec les autorités singapouriennes pour des droits d'atterrissage
bien plus fréquents pour Singapore Airlines, lors de cette
même visite du mois de Septembre. En effet, Air Mauritius
ne peut pas, au nom de l'intérêt du pays, s'attendre
à ce que l'Etat continue à la protéger même
si elle détient pour l'instant le monopole des droits d'atterrissage,
que l'Etat peut lui retirer. Les coûts de cette protection
sont déjà très élevés, comme
l'affirment les hôteliers en proie à des difficultés
sans précédent. Si on arrive à ouvrir le
ciel aux autres compagnies d'aviation, même en y allant
lentement, il y a encore du champ pour réaliser encore
2 ou 3 points de croissance selon le même principe d'effets
induits.
Au nom de ces deux mesures d'ordre stratégique, le pays
possède inéluctablement de belles cartes à
jouer pour sa conquête du statut de pays développé.
Faut-il aussi rappeler que le Budget fait état de bien
d'autres cartes maîtresse à jouer?
Enfin, le budget Jugnauth, dans sa cohérence, se singularise
aussi par sa détermination à mettre un frein à
la prolifération évidente des jeux et à la
propension exagérée des Mauriciens à s'adonner
à l'alcool. Pour 150 habitants, il y a quelque part un
débit ou un opérateur pour en acheter. En 2009,
on a consommé 60 millions de litres de bière, de
whisky et de rhum. C'est trop pour une économie qui s'aspire
à se joindre au rang des pays développés.
Le discours budgétaire vu par les syndicalistes
Rattrapage du pouvoir d'achat : "Pravind Jugnauth a manqué
à sa parole"
Si les syndicalistes trouvent "logique" que le
ministre des Finances respecte ses engagements électoraux
en matière notamment d'abolition de la National Residential
Property Tax (NRPT) et de taxe sur les intérêts
perçus à l'épargne bancaire, ils dénoncent
en revanche le fait que Pravind Jugnauth ne soit pas revenu dans
son discours budgétaire sur le paiement d'une compensaion
"dérisoire". Lui qui, rappellent-t-ils, s'était
aussi engagé, quand il était dans l'Opposition,
de permettre aux salariés de rattraper la perte de leur
pouvoir d'achat depuis 2006. Ces syndicalistes s'insurgent d'autant
plus que, selon eux, le budget présenté, vendredi,
ne prévoit rien en termes de contrôle des prix. Surtout
celui des denrées de base. Réactions.
Tulsiraj Benydin (FSSC) : "C'est dangereux de déléguer
les pouvoirs de la PSC pour la promotion des fonctionnaires"
Tulsiraj Benydin, de la Fédération des Syndicats
du Service Civil (FSSC), trouve "logique" que
le ministre des Finances ait respecté certains des engagements
pris par l'Alliance gouvernementale dans son manifeste électoral
comme, par exemple, l'abolition de la taxe sur les intérêts
à l'épargne bancaire ou encore celle de la National
Residential Property Tax (NRPT). Encore que, dit-il, ce n'est
que jusqu'à concurrence de Rs 1.5 million que le lump
sum des fonctionnaires partant à la retraite ne sera
plus imposable alors que, d'après lui, il n'aurait pas
dû y avoir de plafond à ce niveau.
Le syndicaliste constate, en revanche, que le ministre des Finances
a failli pour ce qui concerne la compensation salariale. Il rappelle
que Pravind Jugnauth s'était aussi engagé à
rattraper la perte du pouvoir d'achat des salariés depuis
2006. Il se dit "déçu" que cette
autre promesse n'ait pas été honorée. Tulsiraj
Benydin constate dans le discours budgétaire comme un manque
de "drive" susceptible d'apporter les changements
nécessaires dans l'administration.
Il s'inquiète particulièrement du "danger"
que représente, selon lui, la délégation
des pouvoirs de la Public Service Commission (PSC) aux
chefs administratifs en vue des futures promotions dans la Fonction
publique et prévoit, sous ce rapport, "beacoup
de travail" pour le Public Bodies Appeal Tribunal.
M. Benydin constate aussi qu'il n'y a "pas grand'chose"
pour ce qui concerne le recrutement dans le service.
Radakhrisna Sadien (GSEA) : "Le vrai problème de
l'ordre et de la paix n'a pas été abordé"
Radakhrisna Sadien, de la Government Services Employees Association
(GSEA), trouve que le discours du budget reprend dans les grandes
lignes les déclarations d'intention du gouvernement, comme
exprimées dans le discours-programme lu par le président
de la République en début de la présente
législature. Il cite spécifiquement le projet de
création du Civil Service College et regrette, à
ce propos, que le ministre n'ait pas, par exemple, chiffré
le projet. Pour ce qui concerne l'ordre et la paix, il estime
que le ministre a évité d'aborder le "vrai
problème", à savoir, les causes des fléaux
sociaux. Selon lui, elles auraient pu être identifiées
au moyen d'une véritable étude pluridisciplinaire.
Si M. Sadien considère "positif" les nouvelles
taxes imposées, notamment sur l'alcool, le tabac et les
jeux de hasard, il trouve qu'il aurait fallu parallèlement
mettre en place tout un programme agressif de prévention,
d'information et de communication. Pour lui, le seul fait de rendre
la cigarette et l'alcool plus chers ne saurait résoudre
les problèmes de tabagisme et d'alcoolisme.
Pour ce qui concerne l'augmentation du nombre de bourses d'Etat
offertes aux étudiants en fin de cycle secondaire, M. Sadien
dit attendre prendre connaissance des ressources financières
qui y seront consacrées. Par rapport aux 24 bourses qui
seront exclusivement destinées aux étudiants nécessiteux,
il insiste pour que le choix des bénéficiaires se
fasse dans la plus grande transparence et selon des critères
uniquement guidés par le mérite.
M. Sadien se réjouit que le ministre ait confirmé
la décision de l'Etat de payer l'increment dû
aux fonctionnaires annuellement en janvier plutôt qu'en
avril. Il rappelle que le PM avait déjà donné
son accord à cet effet à la suite d'une demande
de la GSEA. Il dit par ailleurs noter une contradiction entre,
d'une part, la décision du ministre d'accorder 100% de
subvention pour le financement des examens des étudiants
prenant part aux examens de SC et de HSC dont les parents touchent
jusqu'à Rs 14,500 mensuellement et le fait que seuls les
salariés touchant moins de Rs 5000 beneficieront d'une
full salary compensation de 3.2%.
Sylvio Kallee (MLC) : "On attend encore les grands projets
d'infrastructures annoncés il y a 5 ans !"
Même déception pour Sylvio Kallee, président
du Mauritius Labour Congress (MLC), par rapport à la compensation
salariale finale décidée par le gouvernement sur
laquelle le ministre des Finances n'est pas revenu lors de la
lecture de son discours du budget. Il note que la réforme
de l'industrie sucrière demeure "en panne"
et n'accorde pas grand cas aux annonces par rapport aux grands
projets d'infrastructures.
Le président du MLC souligne, à cet effet, que ceux
annoncés il y a 5 ans "attendent encore d'être
réalisés". Une satisfaction, néanmoins,
par rapport aux nouvelles taxes annoncées sur l'alcool,
le MLC soulignant que l'alcoolisme est l'un des facteurs aggravant
le problème du maintien de l'ordre et de la paix.
Deepak Benydin (FPBOEU) : "La fusion CWA/WWMA et autres
annonce une éventuelle privatisation"
Deepak Benydin, de la Federation of Parastatal Bodies and Other
Employees Unions (FPBOEU), trouve une suite dans le verbiage
de Pravind Jugnauth par rapport à celui de son prédécesseur,
Rama Sithanen. Pour lui, globalement, c'est la même politique
"néo-libérale". Il cite le recours,
de nouveau, annoncé à des projets en Private/Public
Partnership (PPP). Il s'inquiète du projet annoncé
de fusion entre la CWA, l'Irrigation Authority, la WWMA
et la Water Resources Unit et y voit, là, le prélude
à une éventuelle privatisation de ces différents
services.
M. Benydin regrette l'absence de toute mesure de contrôle
des prix. D'autant que, dit-il, la compensation salariale arrêtée
et sur laquelle le ministre des Finances n'est pas revenu, vendredi,
est "nettement inadéquat". Si les fonctionnaires
auront droit à un Civil Service College en vue de parfaire
leur formation, il regrette que rien de comparable n'est prévu
pour les employés des corps parapublics. Des institutions
où, dit-il, en substance, la maladministration et autres
"400 coups" perdurent.
Par rapport à la crise sociale et au maintien de l'ordre
et de la paix, lui aussi pense qu'il ne suffit pas de mesures
de contrôle répressives telles la mise en place de
caméras additionnelles de surveillance. Pour le syndicaliste,
il fallait parallèlement investir dans les ressources humaines
avec, notamment, l'emploi additionnel de psychologues et autres
sociologues.
Atma Shanto (CSG-Solidarité) : "Situation de quasi
gel salarial"
Comme ses collègues, Atma Shanto de la CSG-Solidarité
regrette que le ministre des Finances ne soit pas revenu sur le
taux de compensation salariale décidé. Pour lui,
les 3.2% de "full compensation" accordée
à ceux touchant moins de Rs 5000 mensuellement ne représentent
que le coût quotidien de "trois pains secs".
Selon lui, la poursuite par Pravind Jugnauth de la même
politique "dictée par le FMI et la BM"
équivaudra, de nouveau, à "des augmentations
de prix sauvages". D'autant que, dit-il, rien n'a été
prévu en matière de contrôle des prix.
Pour le syndicaliste, avec la politique annoncée de construction
de nouveaux centres de détention et autre prison, le gouvernement
donne le ton quant à la politique de répression
qu'il entend mener. Selon M. Shanto, la hausse des prix de la
cigarette et des boissons alcoolisées ne va en rien régler
les problèmes d'alcoolisme et de tabagisme et ne fera que
"tordre" davantage les petites gens. Lui aussi
pense que la lutte contre ces fléaux passe par l'éducation
sanitaire de la population.
Atma Shanto note, de même, que rien n'a été
annoncé pour ce qui concerne la sécurité
d'emploi des salariés largement menacée, selon lui,
par l'Employment Rights Act voté en 2008. Il cite
particulièrement le cas des nombreux employés contractuels.
Avec le paiement, cette année encore, de la "modique"
compensation salariale, il trouve que l'on se retrouve, de facto,
dans une situation de "quasi gel des salaires".
Reeaz Chuttoo (CTSP) : "Ce sont les riches qui payaient,
dans les faits, la NRPT et la taxe sur les intérêts
bancaires !"
Le budget présenté par le ministre des Finances
n'adresse aucune solution aux nombreux problèmes sociaux,
trouve aussi Reeaz Chuttoo, de la Confédération
des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP). Il cite la question
de la féminisation de la pauvreté. M. Chuttoo explique
à ce propos qu'elles sont de plus en plus nombreuses les
femmes contraintes de se faire marchands de rues. Il regrette
que le budget n'a rien prévu pour que tout ce commerce
informel sur lequel dépendent de nombreux démunis
soit structuré.
M. Chuttoo souligne la contradiction, selon lui, entre la volonté
annoncée du gouvernement de favoriser la création
de nombreuses universités et l'absence de mesures susceptibles
de permettre aux étudiants démunis d'accéder
à ces universités. Autre constat : l'absence de
politique en matière de création d'écoles
maternelles d'Etat susceptibles d'assurer une éducation
préscolaire gratuite de qualité aux enfants démunis.
Le syndicaliste rappelle que 90% des écoles maternelles
existantes sont des écoles payantes pour lesquelles les
parents doivent dépenser pas moins d'un millier de roupies
pour l'éducation de leurs enfants.
Quant au problème du gambling, il constate que rien
n'a été prévu pour la délocalisation
des maisons de jeux situées, notamment, dans les zones
résidentielles. Reeaz Chuttoo trouve, par illeurs, "immoral"
de réclamer des demandeurs une somme de Rs 100 pour acquérir
un certificat de moralité. Par rapport au projet d'acquisition
de réservoirs d'eau, il crie : gare au trafic d'influence.
La CTSP - qui est d'avis que ce sont "les riches" qui
payaient, dans les faits, la National Residential Property
Tax (NRPT) - regrette son abolition. Il en est de même,
selon cette confédération, de la taxe payable sur
les intérêts bancaires. Son abolition, selon M. Chuttoo,
profitera surtout aux "très riches". Il
regrette, en revanche, l'absence d'abattements pour ceux qui prennent
en charge les vieux de leur famille.
Regret aussi de l'absence de mesures de contrôle des prix
dans un contexte de compensation salariale "dérisoire".
La CTSP rappelle avoir demandé à ce q'un "maximum
park-up" soit imposé sur les prix des médicaments
ainsi que sur un certain nombre de denrées de base.
Jackie Kamanah (Prison Officers' Association):
"Révoltant!"
Le secrétaire de la Prison Officers' Association
(POA), Jackie Kamanah, se dit "indigné"
des dotations budgétaires relatives au système carcéral.
En effet, il est notamment question de l'abolition ou de la suppression
d'une quarantaine de postes dans ce secteur. Pour Jackie Kamanah,
"ce budget est révoltant, d'autant plus que le
système carcéral souffre d'un manque de main d'uvre,
exacerbé tout récemment par l'évasion massive
d'une trentaine de prisonniers de la prison de Grande-Rivière-Nord-Ouest".
La POA compte réclamer une réunion "urgente"
avec le ministre des Finances, afin de tenter de le convaincre
de rectifier le tir. "Malgré une rencontre avec
le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, juste après
l'évasion de GRNO, force est de constater que la situation
n'a pas changé. Elle a même empiré. Je n'arrive
pas à comprendre. Pourtant, le gouvernement a investi Rs
1,3 milliards avec la construction d'une nouvelle prison à
Melrose. Comment va-t-on faire fonctionner cette prison avec du
personnel encore réduit, alors que nous souffrons déjà
d'un acute shortage of staff?" se demande Jackie
Kamanah.
Pauvreté
"Quels critères d'attribution du CSR Fund"
Denis Grandport, Mauritius Council of Social Services:
"Le combat contre la pauvreté dans son ensemble
est une des priorités dans lesquelles le ministère
de l'Intégration Sociale doit embarquer les ONG. De plus,
désormais 50% du CSR fund seront attribués aux ONG
sur une nouvelle base. Mais, ce qu'on aimerait savoir à
partir de là, est d'après quels critères
est-ce que le gouvernement compte distribuer cet argent."
"Quelles structures à mettre en place"
Mary Jolicoeur, la Maison Cur Ecoute:
"Le ministère de l'Intégration Sociale a
été doté d'un gros budget. Je voudrais savoir
quelles sont les structures qu'il va mettre en place pour combattre
la pauvreté et j'espère que la formation n'absorbera
pas une grosse partie du budget. Quoiqu'il en soit on s'attend
à ce que le ministère indique comment il utilisera
ces Rs 1,2 md pour que les pauvres en marge du développement
en bénéficient."
"De l'argent pour les maisons des sans-abris!"
Ravi Bayraw, porte-parole des familles sans-abri de Dubreuil:
"Avec ces Rs 1.2 md, l'Intégration Sociale a désormais
la capacité financière pour éradiquer la
pauvreté à Maurice. Mais que ce budget soit utilisé
à bon escient. D'ailleurs, on attend que la construction
des maisons des familles sans-abri de Dubreuil démarre
rapidement. Maintenant que l'argent est là, on ne peut
laisser des êtres humains continuer à vivre dans
de mauvaises conditions."
"L'utilisation des fonds CSR, une bonne chose"
Rita Venkatasawmy, Centre d'Éducation et de Développement
pour les Enfants Mauriciens:
"Une attention spéciale sera accordée aux
logements sociaux, lesquels, j'en suis persuadée vont contribuer
à régler le problème de la pauvreté.
Car le logement joue un rôle très important dans
la vie de l'être humain.
L'utilisation des fonds CSR, selon une approche intégrée
et globale, sera une bonne chose. En même temps, il faut
s'assurer que ces logements soient child friendly. En parlant
d'enfants et de pauvreté, Rs 100 millions iront à
10 000 enfants vulnérables. Ce budget, en somme, donne
les moyens de combattre la pauvreté et il appartient à
tous les stakeholders de bien utiliser l'argent disponible."
Education
Vinod Seegum, Government Teachers' Union: "BEd
oublié"
"Nous sommes heureux de constater que, pour la première
fois, un ministre des Finances relève le taux d'échec
au CPE lorsqu'il présente le budget. Ceci dit, il ne faut
pas croire que l'Enhancement Programme, comme il a été
mentionné, va résoudre le problème de l'échec.
D'autre part, la révision à la baisse du taux d'intérêt
de l'Employees Welfare Fund est une bonne chose pour les
enseignants. Mais, c'est dommage que le ministre des Finances
ait omis le Bachelor on Education (BEd). Cela fait trop
longtemps que nous disons ce cours prend du retard."
Suttydhudeo Tengur, Government Hindi Teachers' Union:"Répétitif"
"En ce qui concerne le secteur primaire, dans l'ensemble,
c'est un budget répétitif. Laptops ou ZEP, les mesures
annoncées ne sont pas nouvelles. En revanche, la subvention
pour les frais d'examens de SC et de HSC est une action positive.
Mais concernant la possibilité qui sera offerte aux étudiants
étrangers de travailler à temps partiel, nous ne
savons pas s'ils seront employés par le secteur public
ou privé. Dans cette optique, le gouvernement doit mettre
sur pied un cadre légal au plus vite."
Yayah Paraouty, Union of Private Secondary Education Employees:
"Subvention des frais d'examens, un pas positif"
"La subvention totale des examens de SC et de HSC pour
les salaires ne dépassant pas Rs 14 500 est un pas positif.
Ce barème est passé de Rs 7000 à Rs 14 500,
c'est une bonne chose. C'était d'ailleurs un des points
soulevés par l'UPSEE lors de ses représentations
au ministère des Finances. C'est une mesure qui va démocratiser
l'accès à l'éducation secondaire. Cependant,
nous ne savons pas si le "travelling", les overtimes
etc
seront inclus dans ce barème. Aussi, il faudrait
instituer un comité pour traiter les dossiers on a case
to case basis. Paradoxalement, il n'y a eu aucune mesure visant
à revaloriser les enseignants."
Naraindranath Gopee, Government Secondary School Teachers'
Union:
"L'éducation délaissée"
"Le budget a augmenté, mais l'éducation
a été délaissée! Aucune provision
n'a été faite pour le recrutement de Deputy
Rectors et de Senior Educators. Nous sommes déçus,
d'autant qu'aucune de nos propositions n'a été retenue."
Ashik Junglee, General Purpose Teachers' Union: "L'élitisme
pas qu'aux riches"
"C'est un budget mi-figue mi-raisin, mais qui reste quand
même prometteur. Avec l'extension de l'Enhancement Programme,
le gouvernement a démontré qu'il concilie l'épanouissement
de l'enfant et l'élitisme. Dans ce cas, il lui faudra trouver
des ressources additionnelles pour la mise en place de ce nouveau
programme. L'introduction des laptops et des projecteurs donneront
des résultats positifs. En augmentant de 21 à 50,
les bourses d'Etat, le gouvernement envoie un signal fort. L'élitisme
n'est pas réservé qu'aux riches."
Dans le commerce
L'alcool et la cigarette plus chers depuis hier matin
A la suite de l'annonce faite à ce propos vendredi à
l'Assemblée nationale lors de la lecture du discours budgétaire,
les prix des cigarettes et ceux des boissons alcoolisées
ont été révisés à la hausse
dans les commerces depuis hier matin. Pour les alcools de canne
(rum & liquor), la mesure budgétaire annonce une hausse
de Rs 37.00 ou Rs 33.00 selon le cas. Officiellement, l'objectif
visé par ces mesures fiscales visant l'alcool et le tabac
est, selon le ministre des Finances, de combattre l'alcoolisme
et le tabagisme.
Pour les autres types de boissons alcoolisées, les droits
de douane sur ces produits ont été augmentés
par 20%. Les droits de douane sur les alcools rafraîchissants
ont augmenté par 50%; passant de Rs 19.00 à Rs 28.50.
Par ailleurs, les droits de douane sur les cigarettes ont été,
eux, augmentés par 25%. A noter, là, qu'il s'agit
de hausses sur les droits de douane. Il revient, désormais,
aux entreprises qui produisent, importent ou distribuent ces divers
produits d'établir les différents prix de vente
au détail.
Par ailleurs, en vue de décourager l'utilisation des bouteilles
en plastique et autres sacs et contenants en plastique nuisibles
à l'environnement, les droits de douane sur ces produits
sont passés, depuis hier, de Rs 1.00 à Rs 2.00.
La subvention gouvernementale de Rs 10 000 pour l'acquisition
d'un chauffe-eau solaire est, d'autre part, rétablie avec
la collaboration des banques commerciales.
Révision des droits de douane des produits pétroliers
et du charbon
L'ACIM prévoit la hausse des prix de l'essence, du diesel,
du gaz et de l'électricité
Jayen Chellum de l'Association des Consommateurs de l'île
Maurice (ACIM) prévoit des hausses des prix des produits
pétroliers - essence, diesel et gaz ménager ainsi
que celle de l'électricité avec la décision
budgétaire de réviser à la hausse les droits
de douane sur les produits pétroliers et le charbon jusqu'à
concurrence de 30 sous par litre ou par kilo.
Selon M. Chellum, cette hausse sur les droits de douane aura pour
conséquence des hausses en chaîne pour lesquelles
le consommateur aura, finalement, à casquer. Aussi, d'après
lui, avec la seule hausse éventuelle des tarifs d'électricité,
par exemple, il faudra s'attendre à des hausses généralisées
de produits de consommation courante.
Ce qui lui fait dire que, tout compte fait, le ministre aura "donné
un oeuf pour prendre un boeuf". Si, pour lui, ce qui
aura été annoncé en matière de logement,
par exemple, n'est, à ce stade, que "projet d'intention".
Il souligne qu'aucune échéance n'a été
annoncée quant à la réalisation pratique
du plan proposé. Il ne voit, par ailleurs, que des "éléphants
blancs" au niveau de certains autres projets d'infrastructures
annoncés à l'image du Harbour Bridge.
18.5 milliards de roupies consacrés à 5 plans
de logements décents
Des 2000 arpents de terres obtenus de l'industrie sucrière
après des négociations dans lesquelles le PM était
intervenu personnellement en 2007, le gouvernement a prévu
d'en consacrer 1000 à la réalisation d'un programme
de logements décents pour la population. Selon le ministre
des Finances, cette mesure permettra la construction de quelque
40,000 maisons de type mixte sur une période de 10 ans.
Le coût total sera de l'ordre de 18.5 milliards de roupies
dont 2 milliards proviendront du fonds de Corporate Social Responsibility
(CSR ).
Le ministre a soutenu que le logement est un secteur qui peut
permettre des avancées profondes dans le combat pour l'éradication
de la pauvreté absolue et pour l'amélioration du
niveau de vie des familles à revenus modestes. En dépit
du taux de propriété estimé à 87%
de la population, le ministre a concédé que trop
de gens pauvres ou qui perçoivent des revenus faibles vivent
dans des logements surpeuplés. Pour nombre de ces familles,
l'effort d'acquérir un toit est anéanti par le facteur
d'accessibilité. Ce problème, a-t-il reconnu, affecte
également la classe moyenne.
Parmi les mesures annoncées, le gouvernement a donc décidé
d'enclencher un programme de logement décent (Housing
With Good Living Programme) qui comprendra 5 types de plans
:
- le premier plan (7000 maisons) concernera les familles aux revenus
ne dépassant pas 5000 roupies par mois. Les acheteurs auront
à signer un contrat social avec la National Empowerment
Fund (NEF).
- le 2e plan (quelque 1,700 unités de logement) intéressera
les familles percçevant entre 5000 et 10,000 roupies ;
elles devront faire un dépôt initial de 10% du prix
total de la maison.
- le 3e plan vise les familles touchant entre 10,000 et 15,000
roupies. Là, quelque 9000 portions de terres défrichées
et pourvues d'infrastructures seront disponibles. La Maurituis
Housing Corporation (MHC) fournira une hypothèque et l'acquéreur
devra déposer 10% de la valeur de la propriété.
Le repaiement mensuel ne dépassera pas 30% des revenus
au cours de la première année et atteindra jusqu'à
40% maximun des revenus.
- le 4e plan (15,000 serviced plots) sera destiné
à ceux perçevant entre Rs 15,000 et Rs 25, 000.
Le gouvernement paiera la moitié du coût du terrain
et le bénéficiaire fera les frais des infrastructures.
L'hypothèque, garantie par la MHC, sera fournie par les
banques commerciales.
- le 5e plan supportera quelque 6,500 first-time buyers
pour leur permettre d'acheter ou de construire une maison de leur
choix jusqu'à concurrence de 50% de plus que ne leur autorise
leurs revenus courants.
Toutes les maisons ainsi construites selon ces plans seront équipées
de réservoirs d'eau et - là où ce sera possible
- de chauffe-eau solaires.
D'autre part, le gouvernement a également augmenté
de 60,000 à 65,000 roupies l'allocation accordée
pour couler les dalles.
Education supérieure
38 boursiers de plus
Le nombre de bourses passe de 12 à 50, sous l'Additional
Scholarship Scheme. De ces 38 nouveaux boursiers, 24 seront
réservés aux étudiants venant de famille
modestes. Deux plans y seront proposés. Sous l'ancien plan,
les lauréats bénéficiaient d'une subvention
annuelle réduite, soit Rs 100 000 seulement. Le nouveau
plan consiste en une bourse pour une licence subventionnée
à hauteur de Rs 60 000 par an, accompagnée des frais
d'études. Il comprend également une deuxième
bourse d'études de troisième cycle à Maurice
ou à l'étranger et un stage de deux ans dans un
ministère. Le même principe est appliquée
pour les State of Mauritius Scholarships.
Toutefois, la subvention annuelle pour la licence à l'île
Maurice s'élève à Rs 200 000, y compris les
frais d'études. Le SSR Scholarship scheme reste
inchangé en ce qui concerne les récompenses des
lauréats. Toutefois, les récompenses seront transférées
au Sir Seewoosagur Ramgoolam Foundation. Les principaux objectifs
de la Fondation sont : de militer pour le progrès de jeunes
mauriciens, d'octroyer des bourses d'études aux nécessiteux.
Ces nouvelles mesures bénéficieront désormais
19 000 étudiants contre 8 000 étudiants à
ce jour. Les changements apportés seront financés
par les recettes de la loterie nationale. Ces mesures seront en
vigueur dès l'année scolaire 2011-2012.
Un Grant Scheme pour inciter la recherche
Un Research Grant Scheme a été instauré
en vue d'encourager la recherche dans tous les aspects de la vie
du pays. Le ministre des Finances souhaite que ces mesures d'encouragement
conduisent à de nouvelles idées et à la création
de produits innovants. Dans cette optique, un comité sera
bientôt désigné pour élaborer ce projet
de financement par le ministère de l'Education Tertiaire.
Les jeunes à la recherche de soutien pour financer leurs
études pourront, par ailleurs, obtenir de l'Employees
Welfare Fund des prêts-études allant jusqu'à
Rs 500 000, et remboursable maintenant à un taux d'intérêt
de 5%, au lieu de 7,5%. Pour des prêts supérieurs
à Rs 500 000, le taux d'intérêt passe de 10%
à 5% également. La même formule est appliquée
pour la formation des cours vocationnels.
Loto - 55e tirage
Les six bons numéros chez Brigitte à Ste-Croix
Ambiance quelque peu particulière au restaurant Brigitte,
situé à Sainte-Croix en début de soirée
d'hier. Les habitués des lieux, qui se la coulaient douce,
furent les premiers surpris d'apprendre que le ticket gagnant
avec les six bons numéros, décrochant le Jackpot
de Rs 5 millions, avait été validé par le
terminal se trouvant en face d'eux. La première personne
à se montrer sceptique ne fut autre que le fils de la gérante
de ce restaurant, Brigitte Héloïse. Exceptionnellement,
hier, la retransmission à la télévision du
tirage du Loto avait été retardée en raison
des exigences d'une émission en direct.
"Ma garson pale kwar Jackpot ine sorti kotte nous",
déclare Brigitte Héloïse, qui appelle son fils,
Jean-Pierre Ducasse. Ce dernier, qui travaille avec sa mère
au restaurant, a pour principale activité de gérer
le terminal du Loto. "D'habitude, quand il y a un gagnant,
la Loterie de Maurice fait parvenir un message sur le terminal.
Mais pour la soirée d'hier, il n'y avait point d'annonce
officielle. Je ne crois pas. Il n'y a aucun message",
maintient Jean-Pierre Ducasse, qui se laissera convaincre par
la suite que Dame Chance est passée par là.
Et pour cause, quelques secondes après, une coupure dans
la fourniture d'énergie électrique fera que la possibilité
de retransmission de ce message fut nulle. "Mo bien kontan
nou ine réussi enregistré tiket Jackpot. Impossib
pou dire si ène dimoune dan Sainte-Croix ou ailleurs ki
ine gagn sa", fait comprendre Brigitte Héloïse,
mère de trois enfants, dont une fille de 30 ans et deux
fils de 25 et 26 ans. Elle gère ce restaurant depuis 15
ans déjà.
Les numéros gagnants de ce 55e tirage sont : 02 - 08 -
09 - 17 - 25 - 30. Le tirage a fait 49 901 gagnants se partageant
la somme de Rs 11, 6 millions.
Six bons numéros : Un gagnant de Rs 5 millions.
Cinq bons numéros : 80 gagnants qui remportent la somme
de Rs 7 487 chacun, soit Rs 589 960.
Quatre bons numéros : 3 196 gagnants qui remportent la
somme de Rs 386 chacun, soit Rs 1,2 millions et
trois bons numéros : 46 624 gagnants qui remportent la
somme de Rs 100 chacun, soit Rs 4,7 millions.
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