o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 29 août 2010



  Faits et effets - Joy, Dan et Harry…
  Humeur - "Une affaire administrative interne"
  Opinion - Pas du tout un pays véritablement démocratique !
  Opinion - JUSTE UN MOT


Faits et effets...

Joy, Dan et Harry…
Josie Lebrasse


On connaissait la fameuse expression "Tom, Dick and Harry". Ben, elle est complètement dépassée. Il faut maintenant parler de Joy, Dan et Harry. Ils défrayent la chronique à un point tel que la fameuse légende en devient caduque. Commençons par Joy, le nom familier de l'ancien président de Mauritius Duty Free Paradise, arrêté et remis en liberté sous caution vendredi pour sa participation à l'affaire connue désormais comme celle du "kado lané en août". Joy Beeharry est un pur parmi les durs, les "die-hard" rouges. Il a été candidat du Labour et a été propulsé au poste très convoité de président de la boutique hors taxe et il bénéficie aussi accessoirement de contrats pour dispenser des conseils légaux aux municipalités et autres organismes publics.

Après Joy, il y a Dan, cet ancien de la bande des cinq de la période noire sur le plan de la cohésion nationale du début des années 1980. Il était ici, en 1995, au stade Sir Anerood Jugnauth, rebaptisé Anjalay par Navin Ramgoolam, avec ceux qui avaient fait des langues orientales au CPE un formidable outil de fracture communale. Puis, il a été là-bas en 2005 comme conseiller à l'image du leader du PTr. Pour services rendus, il a été propulsé directeur de la communication avant d'être installé dans le fauteuil de directeur de la MBC. On le voyait, on le voit quotidiennement dans ses œuvres, au journal télévisé de 19h30, mais il avait atteint tous les sommets durant la dernière campagne électorale.

Ce directeur est pire que tous ceux qui l'ont précédé. Qu'ils s'appellent Jean Delaître, Gaëtan Essoo, Basdeo Ramuddin, Anil Surajbali, Bijaye Madhoo. Et il n'y a aucune comparaison avec les Pierre Ah-Fat, Nando Bodha ou Torriden Chellapermal. Lorsqu'on s'arrange pour faire taire toutes les voix critiques et syndicales, c'est que l'on a un vrai problème de compréhension des enjeux de la gestion moderne et on révèle une dangereuse propension à l'intolérance. C'est comme un prolongement de ce qui se pratique au JT. Après l'épisode Pamela Patten, c'est au tour de Rehana Ameer d'être suspendue pour des lettres anonymes qui valent ce qu'elles valent et qui semblent avoir empêché Dan Callikan de dormir. Sait-il seulement que l'ICAC ou la MRA peuvent à tout moment enquêter sur ces dénonciations, fussent-elles anonymes ? Lorsqu'on a été aussi proche du prince, on en adopte les pires travers.

Quant à Harry, cet autre rouge pur sang, s'il n'avait pas la responsabilité de la CWA, sa gestion folklorique ne nous aurait inspiré que des rires. Mais il y a une grosse carence dans la politique de l'eau de Harry Boolauck et cela se vérifie tous les jours avec la somme de protestations qui fusent à travers le pays. Bien que ce soit la faute au gouvernement que les projets d'accroissement de la capacité de distribution n'aient pas eu de suite, de 2005 à 2010, celui qui s'est distingué comme l'activiste le plus féroce du PTr au N°14 lors de la dernière campagne électorale a non seulement rien fait, lui, pour empêcher que les pertes d'eau ne progressent, mais il a aussi eu l'outrecuidance, en plein soulèvement contre le manque d'eau, de venir parler d'une augmentation des tarifs. Ça, il faut le faire…

Or, rien de ce qui se passe dans les organismes publics ne doit nous surprendre. Lorsqu'on installe des agents affamés, des affairistes ici et là, qui croient qu'ils ont un droit absolu sur les terres, sur les biens de l'État et que certains vont même jusqu'à penser avoir des droits même sur les personnes comme on a pu le voir ces derniers jours à la MBC, on ne fait que récolter que ce qu'on a semé. Devant tout ce tohu-bohu qui agite les organisations d'État, comme par exemple le Central Procurement Board, une farce dont l'instance d'appel se paie continuellement la tête et qu'aucun des déboutés permanents ne songe une seconde à débarrasser le plancher, on a entendu certains parler de la décision du Premier ministre de procéder à une grande lessive dans les organismes parapublics. Nous avons toutes les raisons d'être sceptiques.

Et ce, pour plusieurs raisons. C'est d'abord lui qui a nommé ces personnes et s'il y a quelqu'un à qui il faut s'en prendre pour cet échec plus qu'évident, c'est bien à lui. Malgré le bourbier du "hedging", qu'est-ce qui a changé à Air Mauritius et à la State Trading Corporation ? Il a fallu attendre deux ans pour que les directeurs respectifs soient tous les deux astreints à un régime de contrat mensuel et que l'un d'eux finisse par sauter enfin parce qu'il avait dépassé toutes les bornes et qu'il exaspérait l'opinion.

Il y a aussi le fait que le supposé nettoyage consiste à retirer les uns ici pour les mettre là-bas. On voit ce qui se passe entre le ministère du Tourisme et celui de l'Intégration sociale, où on reprend les mêmes et on recommence. Quelle est l'institution, quel est l'organisme du public qui peut revendiquer être efficiente ? Il n'y en a pas. Si elle existait, on l'aurait su. Pas étonnant que Maurice ne figure pas parmi les pays où il faut bon vivre. Et pas question de taxer d'antipatriotisme ceux qui reprennent cet article de Newsweek. Ah bon, lorsque c'est tout miel et tout éloge, cela va jusqu'au conseil des ministres mais, lorsque c'est critique, c'est bon pour la poubelle.

Que voulez-vous que les étrangers pensent d'un pays où il n'y a qu'une seule télévision, celle d'État et que son directeur ait pour priorité d'aller s'asseoir à l'assemblée nationale, prendre des notes à côté des responsables de la communication du Premier ministre ? Que penser d'un service public qui pousse la mesquinerie jusqu'à oblitérer à l'image les logos qui se trouvent sur les micros des radios privées alors que tous les soirs sur TFI, CNN et la BBC on voit ostensiblement ceux de leurs confrères. Lorsqu'on atteint, de part et d'autre, un tel degré de paranoïa et de fanatisme, il n'y a plus qu'à tirer l'échelle.




Humeur

"Une affaire administrative interne"
Jean-Claude Antoine


On écrivait dimanche dernier qu'il n'y avait aucune différence entre Bhijaye Madhou et Dan Callikan en tant que directeur général de la MBC. Je me suis trompé : l'actuel directeur général de la MBC est meilleur - ou pire, dépendant de l'angle - que son prédécesseur. Il est même le meilleur dans la catégorie des directeurs qui croient qu'ils peuvent tout faire à la télévision et DE la télévision et aurait des leçons à donner aux responsables des télévisions des républiques bananières. Il nous l'a montré en long en large en travers - et surtout en longueur - vendredi dernier dans le journal télévisé national. Son show était la conclusion, momentanée, de son affrontement avec le ministre du Travail à propos de l'interdiction de la syndicaliste Rehana Ameer. Une interdiction suivant celle de Pamela Patten qui avait donné une idée de la manière dont le directeur de la MBC pratique la gestion du personnel : par l'arbitraire. Mais alors que jusqu'à maintenant les "interdicted" acceptaient la mesure disciplinaire en silence, en bonne syndicaliste, Mme Ameer fit appel au ministre du Travail. Ce dernier, qui venait de déclarer que sa mission était de faire respecter la loi du travail à Maurice, ne pouvait pas faire moins que convoquer le HR Manager de la MBC pour lui demander des explications.

Vendredi soir, Dan Callikan a utilisé 17 minutes du journal télévisé pour donner sa version des faits dans cette affaire en faisant diffuser in toto la conférence de presse qu'il avait tenue à la mi-journée. Pendant 17 minutes, il a expliqué que la suspension de Mme Ameer était "une affaire administrative interne" de la MBC et qu'une "suspension n'est pas une sanction." Dans un deuxième volet, il a donné une leçon de savoir-faire légal au ministre du Travail parce que ce dernier avait convoqué le HR Manager de la MBC sans passer par lui. Autrement dit, rien à la MBC ne peut se faire sans l'aval du directeur général, qui semble se considérer comme le propriétaire de la corporation et de ses employés, et qui se place au-dessus de tous et même des lois du pays. Continuant son show en présence de la directrice adjointe, du responsable des relations humaines et de la Team Leader Finance venus faire de la figuration muette, Dan Callikan a expliqué que le lendemain le ministre du Travail avait enfin suivi les procédures en lui envoyant une summons on ne peut plus légale. Une convocation en bonne et due forme que le donneur de leçons légales qu'il était n'avait pas l'intention de respecter. Pendant 17 minutes vendredi, le directeur de la MBC s'est imposé aux téléspectateurs pour leur expliquer par le menu une "affaire administrative interne" de la MBC et ses conséquences !!!! Mobiliser les ressources de la MBC et dix-sept minutes du temps d'antenne de la télévision pour expliquer "une affaire administrative interne" de la corporation, voilà ce qu'a fait le directeur général de la MBC en violant toutes les lois de la MBC et de l'audiovisuel. On se serait cru en train de suivre une émission d'une télévision d'une république bananière dans les années soixante-dix. Mais il y a eu mieux dans ce registre à la MBC ce soir-là. Si abusant de ses pouvoirs Dan Callikan a fait diffuser in toto sa conférence de presse, il a également violé le MBC Act pour que la télévision ne couvre pas le point de presse du ministre du Travail sur cette affaire. Alors que l'article 4 du MBC Act insiste sur l'indépendance et l'impartialité de la MBC dans le traitement de l'information, Dan Callikan - le grand, l'ultime responsable, celui sans qui rien ne peut se faire à la corporation - n'a pas fait couvrir le point de presse du ministre du Travail répondant à sa propre conférence de presse. J'avoue que je ne suis pas mécontent que Shakeel Mohamed se retrouve dans la situation des politiciens de l'opposition, des syndicalistes ou représentants des forces vives boycottés par la MBC. Il a dû mesurer vendredi soir ce que doivent ressentir ceux que la télévision nationale boycotte quotidiennement selon le bon plaisir du prince Callikan et de ses sbires obéissants.

Au cours de son premier mandat, Dan Callikan s'était illustré comme un des meilleurs directeurs de la MBC. Mais aujourd'hui, après son passage comme conseiller du Premier ministre, il est sans conteste le pire dirigeant de la télévision nationale à tous points de vue. Il semblerait qu'il aurait, lors de son passage dans l'ombre du Premier ministre, attrapé le virus d'Iznogoud et que ne pouvant être calife à la place du calife à Port-Louis, il joue au PM à Forest Side. Ce qui expliquerait sa leçon de savoir-faire légal donnée au ministre du Travail vendredi tout en répétant que la suspension de Rahana Ameer n'était qu'"une affaire administrative interne". La question est de savoir, pour les téléspectateurs, combien de temps Navin Ramgoolam et ses ministres vont-ils accepter que Dan Callikan continue à jouer au PM de la télévision. En attendant, je vous l'avoue, presque avec honte, je commence à regretter la télévision de Bhijaye Madhou…




Point de vue

Pas du tout un pays véritablement démocratique !
Henri Marimootoo


Depuis ces trois derniers mois, on enregistre dans le pays un certain nombre de licenciements brutaux de responsables syndicaux par des entreprises privées, mais également des institutions financées par l'État, mais gérées sur des principes de management privé. Pour ne pas remonter trop loin, notamment aux souffrances inutiles infligées aux présidents de syndicats chez Air Mauritius (Narvada Beenessreesingh et M. Moteelall) et chez Mauritius Telecom (Ambiga Carpanen et Raj Ragoonath), il suffit de rappeler que chez Velogic, une filiale d'un gros conglomérat et, également chez Beau Vallon Ltd, deux délégués syndicaux ont failli perdre leur emploi sous prétexte que lors de leur heure de pause déjeuner ils ont canvassed leurs collègues pour adhérer à un syndicat… Dans tous ces cas, ces dirigeants syndicaux ont été réintégrés après que leurs employeurs - mis sous pression populaire - ont, eux-mêmes, reconnu que la punition qu'ils avaient infligée était juridiquement, et surtout humainement, insoutenable.

Et pourtant, l'escalade antisyndicale, la frénésie que certains employeurs mettent à casser du syndicat ne semble pas vouloir s'arrêter. Raj Ramlugun, employé comme Customer Support Manager d'Air Mauritius, n'a pas voulu croire à ses yeux cette semaine en lisant la lettre lui signifiant sa suspension de son poste. Ainsi, d'après cette lettre, l'ensemble de ses "mails, representations and allegations which your colleagues and superiors were flooded with in the past months" serait cause de sa suspension. De plus, on lui reproche ses "conflictual relations and serious dissensions with other members of staff and superiors".

En vérité, les proches et amis de Raj Ramlugun pensent plutôt que le Chief Executive Officer de la compagnie d'aviation nationale, Manoj Ujodha, dans l'attente de sa mise à pied, aurait voulu régler un compte personnel avec cet ex-syndicaliste. Raj Ramlugun fut président de l'Air Mauritius Cabin Crew Association et est actuellement le président de l'Association des Managers d'Air Mauritius, association constituée dans le sillage de la scandaleuse affaire de hedging sur l'achat de carburant pour les avions. Les managers d'Air Mauritius avaient créé cette association car ils étaient d'avis que les directions successives n'avaient pas suffisamment à cœur les intérêts à long terme de la compagnie d'aviation nationale et surtout l'avenir des employés aussi bien que des actionnaires. Ce mouvement qui s'adressait volontiers directement au conseil d'administration d'Air Mauritius en faisant constamment part de leurs préoccupations sur le mode de management récemment n'était pas pour plaire à la direction. Raj Ramlugun aurait également, dans le passé, contribué au démantèlement du système de caisse noire qui pillait les ressources financières da la compagnie…

Il a été prié de rester chez lui en attendant qu'un comité disciplinaire soit mis sur pied, à une date non spécifiée, pour le juger. Mais Raj Ramlugun doit se rassurer, tous les vrais démocrates de ce pays vont se liguer derrière lui et veiller que ses droits soient sauvegardés…

Certains, soi-disant patriotes, mais en réalité des défenseurs à tout prix de l'indéfendable se sont offusqués, cette semaine même, que le magazine américain Newsweek a exclu notre très démocratique république de l'île Maurice des 100 pays du monde où il fait bon vivre. Il faudrait tout faire pour les amener à ouvrir grand les yeux qu'ils veulent garder fermés. Le droit de se syndiquer, de s'organiser sur son lieu de travail entre collègues que ce soit pendant, avant ou après son heure de pause déjeuner est un droit fondamental qu'il faut faire respecter. Autrement, la république de Maurice ne serait vraiment pas du tout un pays véritablement démocratique !




Carnet

JUSTE UN MOT
Patrick Jean-Louis


La morosité qui régnait vendredi dernier dans la salle de réunion du gymnase de Phoenix où le ministre Devanand Ritoo avait réuni les 12 fédérations concernées par les 8es Jeux des Iles pour une discussion sur la préparation, était à fleur de peau. Hormis le président de l'Association mauricienne de Volley-Ball, qui, fidèle à son habitude, a fait son show-off non pas pour savoir comment aider sa discipline après six ans de chute libre, ni non plus pour défendre les volleyeurs en cherchant à connaître de façon précise comment le MJS s'y prendra pour améliorer les conditions de leur préparation pour ces Jeux, mais pour tenter d'embarrasser le président du comité Club Maurice, Giandev Moteea, avec de la... paperasserie. Comme dirait l'autre, chacun son niveau.

C'est dire notre déception qu'après une heure seulement de discussion, pour ne pas dire de monologue du ministre de la Jeunesse et des Sports, l'affaire JIOI 2011 était dans la boîte. En quelque sorte, l'exercice d'interaction rêvé par tout politicien au pouvoir. Est-ce à croire que les Jeux des Iles aux Seychelles n'intéressent pas les dirigeants sportifs, à un point qu'ils n'ont que faire des menus détails de cette participation?

Morosité

Probablement, certains ont l'esprit beaucoup plus occupé par leur réélection à la tête de la fédération ou par des voyages beaucoup plus lucratifs (pour qui?) ou encore par des participations dans des compétitions bidonnées en tout genre plutôt que l'enjeu sportif et politique que représente le rendez-vous seychellois dans moins d'une année. Cependant, nous prenons déjà le pari que beaucoup vont se lâcher de façon la plus anonyme, dans les jours à venir pour crier haut et fort qu'ils n'ont pas eu ceci ou cela.

Hors vendredi, c'était l'occasion de mettre les points sur les "i" sur un certain nombre important de choses. Tout comme c'était l'occasion à saisir pour dégager une stratégie commune pour trouver les moyens pour aider ces d'athlètes, dont un bon nombre s'est déjà jeté dans la bataille pour une place dans le Club Maurice. Mais à part une proposition de Raj Gaya pour lancer un appel à l'aide financière à des grosses boîtes privées, personne n'a trouvé à redire sur le comment apporter de l'argent pour la préparation des athlètes.

Pourtant, on ne s'est pas trompé de réunion; Il était bien question vendredi de la préparation des sportifs pour ces Jeux. Mais pour entendre le son de la voix de certains, il a fallu faire le tour de la table. A l'image même du tout nouveau président de la Fédération mauricienne d'Haltérophilie, Nankishore Fakun, dont les mots élogieux à l'égard du MJS sont encore au travers de la gorge. Alors que ces mêmes personnes dans les coulisses ont toujours un truc à dire ou à redire sur la manière dont les choses se passent.

Vendredi, ils étaient comme frappés par la foudre ou ont-ils été probablement éblouis par les quelques mots prononcés par Devanand Ritoo et Novin Gaya. Tant mieux alors...cependant cette morosité affichée des dirigeants à moins d'une année des Jeux est une autre perspective inquiétante pour le sport mauricien.






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 29 août 2010